« Nous voilà repartis pour un nouveau Carême ! » Le ton avec lequel chacun prononce cette répartie traduit – ou trahit – l’état d’esprit dans lequel il va vivre ce Carême 2026. Si ces mots sont prononcés avec un brin de lassitude habituée, il y a de fortes chances que le Carême sera perçu comme le « pensum » à « subir » chaque année, le « prix à payer » pour enfin prétendre à la joie de la Résurrection de Notre Seigneur.
À l’inverse, si le Carême est envisagé comme cet enfant qui, patiemment, travaille dans le secret à confectionner un magnifique cadeau pour l’offrir à ses parents qu’il aime, alors ce Carême 2026, sera d’une tout autre teneur – c’est le beau mot de Mère Teresa qui voulait offrir « something beautiful for God » : quelque chose de beau pour Dieu. Avec un tel état d’esprit, ce Carême ne sera plus subi mais choisi, désiré, il ne sera plus observé de manière formelle, mais habité de l’intérieur. En somme, pour entrer dans l’esprit du Carême, ce ne sont pas de diplômes dont nous manquons, mais d’amour – « donne-moi un amoureux, il comprendra ce que je veux dire ! » dit saint Augustin. Ce n’est pas de force à toute épreuve dont nous manquons mais de détermination aimante : si celle-ci nous manque, demandons-la, l’Esprit ne refuse jamais de donner « l’envie d’avoir envie » !
« Le jeûne, un acte libérateur »
Pour notre montée vers Pâques, temps de conversion, de délestage, de plus grande intimité avec Dieu et le prochain, l’Église propose trois piliers : la prière, l’aumône et le jeûne.
En ce qui concerne ce dernier, Benoît XVI disait que « le jeûne chrétien doit être un acte libérateur ». La pénitence ne consiste pas à souffrir pour souffrir mais à se délester pour mieux s’unir à Dieu, à se détacher du superflu pour mieux s’attacher à Dieu notre essentiel : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », dit l’Évangile. Pendant des décades, pour éviter la pratique formaliste, on n’a cessé de nous dire que l’important était le « jeûne intérieur », du cœur. Mais c’est oublier que l’homme est une unité de corps et d’esprit : le « jeûne extérieur » – quand il n’y a pas de contre-indication médicale – est au service de la qualité du « jeûne intérieur ». Différentes formes de jeûne s’offrent à nous pour le mercredi des Cendres qui inaugure le Carême : jeûne de nourriture bien sûr, mais aussi de jugements, sans oublier le « jeûne digital » – réseaux sociaux, « scroller » sur le portable… Alors, on embarque pour ce Carême 2026 ?
