Le Carême est la grande montée de Notre Seigneur vers la Croix en vue de la Résurrection. Jésus dit à l’adresse de chacun d’entre nous : « Quiconque ne porte pas sa croix ne peut être mon disciple. » J’avoue avoir longtemps buté sur cette « science de la Croix », et je suppose qu’il en est de même pour mon cher lecteur. Comment comprendre cette sagesse de la Croix qui appartient à l’identité même du disciple du Christ ?
Si nous sommes écrasés par la souffrance et la Croix, cela provient pour une grande part du fait que nous voulons la porter tout seuls. Avec le mystère pascal, il n’y a plus aucune souffrance qui ne soit pas habitée par la présence et la victoire du Ressuscité. Jacques Maritain écrivait : « Nous ne sommes plus seuls à souffrir nos souffrances. Jésus les a souffertes avant nous, et il a mis en elles une vertu salvatrice et le germe de la transfiguration. » Si le Christ habite nos peines, alors la science de la Croix consiste en la science de l’abandon à Jésus. En effet, Jésus ne dit pas, « quand vous souffrez, débrouillez-vous tout seuls ! », il dit plutôt : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai ».
Un autre motif a le pouvoir de transfigurer notre manière de vivre la Croix. De même que le Christ a offert sa Croix pour le salut du monde, dans son sillage, je peux aussi offrir dans l’amour mes souffrances, et par la puissance du Ressuscité, elles deviendront fécondes pour moi, pour d’autres qui souffrent ou pour la régénération de l’Église.
La mort peut faire de la vie
La souffrance est en elle-même insensée : « Je ne me plains pas de souffrir mais de souffrir pour rien », disait le physiologiste Claude Bernard. Mais depuis la mort et la Résurrection du Christ, toute croix est revêtue d’un sens extrêmement puissant, révolutionnaire : la mort peut faire de la vie ! Voici le témoignage bouleversant d’un jeune handicapé après un accident de la route : « Désormais je m’accepte comme je suis, sans jambes avec un bras valide, parce que j’ai le Christ avec moi et que je chemine avec lui. Je sais que toutes mes souffrances ne sont pas inutiles, mais qu’unies à celles du Christ, elles continuent la Rédemption. Quand on a souffert comme je l’ai fait, on comprend mieux les autres, c’est comme une nouvelle naissance : on sait mieux prier, on se sent plus près du Christ. Jésus a connu la Passion, mais suivie de la Résurrection. C’est Jésus qui m’a sauvé. Désormais, il est toute ma force. Et si la vie ne m’a pas souri, désormais je souris à la vie. »
