« La Passion du Christ », de Mel Gibson

Chemin de croix

par Marie-Christine Renaud d’André

samedi 4 avril 2020

C’est le bon moment pour revoir ce film qui retrace les douze dernières heures de la vie de Jésus. Saje Distribution organise plusieurs séances en E-Cinéma entre le dimanche des Rameaux (dimanche prochain 5 avril) et dimanche de Pâques (12 avril).

Après avoir partagé le dernier repas avec ses apôtres, Jésus, en compagnie de Pierre, Jacques et Jean, se rend au pied du mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani...

♥️♥️♥️♠️ Toute œuvre d’art est l’expression de la sensibilité d’un artiste, et nul n’a le droit de lui reprocher d’avoir adopté tel ou tel point de vue artistique. Comme nul n’est obligé de se reconnaître dans sa manière d’aborder la réalité, surtout lorsque celle-ci est de nature spirituelle. D’autant que chaque chrétien s’est probablement fait sa propre représentation du Christ et de sa Passion. Cependant, ce qui frappe avec ce très beau film, c’est qu’il est le fruit d’une profonde méditation de son réalisateur sur les souffrances du Christ, souffrances occasionnées par nos péchés et, en particulier, par ceux du réalisateur – c’est ce qu’il n’a cessé de répéter et c’est ce qui l’a conduit à utiliser sa propre main pour enfoncer les clous dans les mains du Christ. Quant aux accusations d’antisémitisme, elles sont purement gratuites. Le réalisateur a d’ailleurs répondu franchement en affirmant qu’il considérait l’antisémitisme comme un péché. De plus, force est de constater que, dans l’entourage du Christ, tout le monde est juif, les bons comme les méchants. On aurait tort également de s’arrêter aux scènes d’extrême violence – même si le fait d’être prévenu en atténue quelque peu l’impact. Mel Gibson ne se contente pas de mettre en scène les souffrances du Seigneur, il va plus loin, reliant certaines images à d’autres de Sa vie et de Sa prédication. C’est ainsi qu’on voit le Christ enfant, avec la Vierge, qu’on assiste à la Cène, au lavement des pieds, à l’épisode de la femme adultère, etc. Comme on peut s’en douter, il y a des aspects très hollywoodiens et inutiles, ainsi qu’une musique parfois envahissante, mais il y a aussi quelques trouvailles bienvenues. Dès le jardin des Oliviers, le Christ est harcelé par le Diable, une sorte d’être androgyne, aussi séduisant qu’inquiétant, qui va Le suivre pendant toute sa Passion. C’est ce dernier qui est le véritable ennemi du Christ, auquel il dispute l’humanité. Bien sûr, c’est assez elliptique – surtout la scène finale de la Résurrection – pour qui n’est pas chrétien ou n’a pas une grande connaissance des Évangiles, mais la force – et la grande beauté – des images est telle qu’elle provoque une profonde émotion et invite le spectateur à la prière.

♥ ♥ ♥ ♠️♠️ Dans cette débauche de violences – mais n’est-ce pas ainsi que cela s’est passé ? –, on retient la très belle figure de Marie – magnifiquement interprétée par Maia Morgenstern –, accompagnant son Fils dans son supplice, et le regard plein de douceur et de miséricorde de Celui-ci, chaque fois qu’il se pose sur quelqu’un. Voir de manière aussi réaliste que ce sont nos péchés qui se sont transformés en crachats, en coups de fouet ou de pieds, est un puissant moyen de méditer et de prier, en cette montée vers Pâques. Cependant, il est vraisemblable que certains spectateurs ne pourront pas entrer dans cette œuvre si personnelle et si brutale, mais magnifique, qui rappelle aux croyants à quel prix ils ont été rachetés et de quel amour ils sont passionnément aimés. Pourtant, si l’on ne voit pas cette dimension théologique ou philosophique du film, il risque de ne rester que la violence du drame.

Réserver la séance de son choix.

(un seul billet au tarif unique de 8 € pour tout le foyer)

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Chaque séance sera suivie par une intervention, le plus souvent en live, d’un invité.

Voici la liste des séances programmées à ce jour avec le nom des intervenants :

Dimanche des Rameaux 5 avril à 15h (avec l’abbé Grosjean du Padreblog)
Dimanche des Rameaux 5 avril à 20h (avec l’abbé Grosjean du Padreblog)
Mercredi 8 avril à 20h (avec Abel Jafri, seul comédien français dans La Passion du Christ - il interprète le chef des gardiens du Temple)
Jeudi 9 avril à 20h (avec le pasteur Bruno Picard, auteur de Un Miracle Chaque Jour)
Vendredi Saint 10 avril à 15h (avec l’abbé Amar du Padreblog)
Vendredi Saint 10 avril à 20h (avec l’abbé Amar du Padreblog)
Samedi 11 avril à 15h (avec Cospiel, prédicateur sur Cospiel TV)

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Gibson, avec Jim Caviezel (Jésus), Maia Morgenstern (Marie), Monica Bellucci
(Marie-Madeleine), Hristo Jivkov (Jean), Francesco de Vito (Pierre), Mattia Sbragia (Caïphe), Hristo Naumov Shopov (2 h 07).
Grands adolescents

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Messages

  • Un moment très opportun en effet pour évoquer ce film, alors que le Ciel nous presse de nous mettre en retraite. De mes souvenirs, j’ai gardé du très bon mais aussi du moins bon, comme vous le dites avec vos trois cœurs et deux piques.
    J’ai beaucoup aimé (vous aussi, je vois) la justesse de traitement du passage de Jésus au jardin des oliviers. La résistance à la tentation, ce premier thème de tous nos Carêmes, explose ici de manière splendide avec ce coup de pied de Jésus écrasant le serpent. Pas de demi-mesures, on ne négocie pas avec le diable, il faut trancher dans le vif — comme avec le coronavirus, lui aussi le meilleur stratège.
    Mais pourquoi Mel Gibson s’est-il ensuite longuement complu à nous montrer le spectacle du mal à l’œuvre pendant la flagellation ? Celui qui tient le fouet nous et présenté comme un sadique, jouissant de faire souffrir, alors qu’il s’agit d’un serviteur de Rome qui accomplit son devoir, sans dépasser les trente-neuf coups. Je voyais ça venir, en regardant le film, et quand je me suis arrêté de compter, il en était déjà à quarante-deux… Pourtant, le juste se bouche les yeux pour ne pas voir le mal (Isaïe 33, 15), quand d’autres prennent des jumelles ; voire trichent ou mentent pour y parvenir (Lanzmann dans Shoah). Mais il est vrai aussi que si le juste pèche sept fois par jour, c’est bien ainsi que j’ai appris à mes dépens, qu’à négocier avec le diable je suis toujours perdant. Je ne jette donc pas la pierre à M. Gibson, mais je n’irai pas revoir son film.
    Je vous remercie Madame pour vos belles analyses.
    J. Michelet

  • Surprise quand j’ai vu le film pour la première fois : au jardin des oliviers l’Evangile dépeint NS consolé par un ange. Et quand est apparu le personnage qui s’adressait à Jésus : "drôle d’ange", me suis je dit !... et bien sur on comprend tout de suite qu’il s’agit d’une diablesse. Alors pourquoi avoir ainsi modifié et changé l’esprit du récit de l’Evangile ?
    Deuxième remarque : ce n’est pas le travail des soldats de flageller mais des bourreaux qui bien sur doivent faire consciencieusement leur métier sans haine ni passion ...ils ont l’habitude et sont payés pour .
    Et quand ce serait les soldats, auraient ils gardé leur lourde cuirasse pour opérer ? Vu les efforts qu’ils font, j’en doute !

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