La théorie du genre appliquée

par Gérard Leclerc

mardi 11 juin 2019

La Congrégation romaine pour les écoles et universités catholiques a publié hier un document intitulé « Homme et femme il les créa. Pour une voie de dialogue sur la question du genre dans l’éducation ». Je n’ai pas encore lu ce document dans son intégralité, mais la présentation qu’en fait le service de communication du Saint-Siège me paraît tout à fait en phase avec les problèmes que rencontre aujourd’hui les éducateurs et surtout les jeunes gens marqués par la déconstruction de ce qu’on appelle les stéréotypes de genre. Dans Le Monde daté du même jour, toute une page était consacrée aux jeunes gens qui se définissent en dehors de la dichotomie fille/garçon, celle-ci demeurant majoritaire dans la société. Visiblement, le quotidien est en symbiose avec la valorisation du mode transgenre, où il s’agit « de brouiller les pistes, de se jouer des normes », en s’opposant à une opinion figée dans ses préjugés. Pour les adolescents, nous explique-t-on, aujourd’hui tout est possible. Ce n’est plus aussi évident qu’on soit garçon ou fille.

Si l’affaire n’était pas aussi sérieuse pour ses conséquences dans l’ordre de la construction personnelle, on pourrait trouver comique qu’un journal, qui n’a cessé d’affirmer qu’il n’existait pas de théorie du genre, vous assène maintenant précisément que grâce aux études de genre, une évolution psychologique déterminante est en train de se produire. Oui, de nouvelles normes sont apparues en opposition frontale avec les catégories anthropologiques d’autrefois. Et le quotidien, qui se veut de référence, les avalise et s’interroge gravement sur l’usage d’un pronom neutre échappant au binôme masculin-féminin. Il s’était précédemment interrogé sur l’usage de l’écriture inclusive, qui avait été finalement écarté, ce qui, entre nous, aura au moins épargné au lecteur une épreuve des plus pénibles.

Ce qui nous est présenté à l’aune d’une libération pourrait se révéler à l’usage comme un carcan idéologique redoutable. Car cette conception du genre a ses militant déterminés à chasser de la tête des enfants qu’ils sont garçon ou fille. Ce qui nous amène à un style éducatif particulièrement brutal, parce qu’il contredit les propriétés intrinsèques du corps humain. Nous nous trouvons, en fait, face à un néo-gnosticisme qui dévalorise notre condition sexuée et nous met sur la voie d’un totalitarisme de type orwellien.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 juin 2019.

Messages

  • C’est effrayant de semer le doute dans les têtes enfantines, au lieu de les guider vers la simple vérité de leur sexe reçu à la conception...Qu’il y ait des personnes qui ne ressentent pas cette évidence est une tragédie...Et voilà que le Satan s’amuse a embrouiller et légiferer pour semer l’illusion, la panique, le MAL , comme sa condition l’y entraine !!

  • Sur la théorie du genre (évolutionisme et créationisme dos à dos)

    Comme vous, je n’ai pas encore lu le document de la Congrégation pour l’Éducation Catholique. Mais si je partage pleinement votre réflexion sur le sujet, c’est le titre de ce document qui me choque. Car il cite en lettres majuscules une traduction de l’hébreu biblique — « IL LES CRÉA HOMME ET FEMME » — qui n’est pas conforme à l’Écriture. Il convient de lire ce qui est écrit, à savoir : Il les créa mâle et femelle.

    Ce n’est pas une simple question littéraire. Il ne s’agit pas non plus de la dignité humaine qui s’offenserait d’être assimilée à l’animal. Il s’agit simplement d’observer ce qui se passe, au verset précédent, et par la suite.

    Ce n’est qu’après avoir dit « Nous FERONS des adam à notre image… » que « Dieu les CRÉE mâle et femelle ». L’action divine attendue (le verbe faire) ne commencera qu’avec le second récit de la Création. Comment Dieu aura-t-il fait ? « Dieu a pétri l’adam de l’argile adamah, il a soufflé la vie dans ses narines ; et l’adam est devenu un être vivant ». Ces actions divines ne sont pas décrites au moyen du verbe créer ; mais Dieu obtient ce qu’il veut par son action sur le créé.

    Cet adam n’est pour l’instant qu’un animal, un hominidé, mais le processus va continuer. Dieu agira encore en apportant son aide à l’être vivant « adam », jusqu’à ce qu’un fils d’Adam devienne pleinement « homme » selon le cœur de Dieu. Jusqu’à l’ « Ecce Homo » de Pilate. Et ce processus est justifié en conclusion du premier récit de la Création, par une brève incise qui termine les trois versets consacrés au septième jour : « Dieu crée pour agir ».

    Dieu agit. Mais aussi Dieu s’abstient de tout son œuvre, au septième jour. C’est l’espace de liberté pour l’adam et pour les fils d’Adam en chemin vers Dieu. Ainsi Noé est-il devenu cet « homme juste, qui marche avec Dieu », alors qu’il vit au milieu d’une génération pervertie. Et dans une création nouvelle, Dieu va sauver Noé, avec sa maisonnée, et avec eux une partie du monde animal. Alors Dieu demande à Noé de prendre avec lui, dans sa maison, sept couples d’animaux, « sept fois un homme et sa femme ». Oui, vous avez bien lu. Alors que pour les oiseaux il est demandé à Noé de prendre « un mâle et une femelle », quels sont donc ces animaux qui vivent en couple si fidèle qu’ils sont regardés par Dieu — et donc aussi vus par Noé — comme « UN HOMME ET SA FEMME » ? Le mot hébreu désigne ici un animal muet, un animal domestique dont nous disons parfois qu’il ne lui manque que la parole. Parole qu’il reçoit de nous, de notre mission de domination sur lui. Lui, qui nous montre ainsi par son comportement que le peuple de Dieu s’étend au monde animal, à la Création tout entière qui patiente en silence, parce qu’elle aspire avec un désir ardent à la révélation des fils de Dieu.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.