Chronique n° 279 parue dans France Catholique-Ecclesia – N° 1582 – 8 Avril 1977

L’EFFRACTION GÉNÉTIQUE

Avec l’effraction de son hérédité, l’homme va sortir de l’histoire

lundi 22 février 2016

LE BON VIN RÉJOUIT LE CŒUR DE L’HOMME, dit la Sagesse [1].

Joyeux slogan qui, trois mille ans plus tard, en 1977, ouvre des abîmes de réflexion. L’alcool, c’est une combinaison, selon une certaine architecture, des trois atomes de carbone, d’oxygène, d’hydrogène. Bon. Mais la « joie » (dispensée par cette architecture moléculaire), n’est-ce pas un sentiment ? N’est-ce pas l’âme, en son plus profond, qui l’éprouve ? On peut donc modifier l’âme par la chimie ? J’ai déjà évoqué ces idées à propos de la drogue [2]. Il y a infiniment plus grave, comme on va voir.

À la fin de ce mois de mars, la National Science Foundation (américaine) a organisé un congrès de généticiens en vue « d’explorer les moyens de modifier génétiquement les plantes pour leur permettre de puiser directement leur azote dans l’air ». Certaines plantes le font (la luzerne, par exemple). Mais la plupart en sont incapables. Il faut d’abord, pour que celles-là vivent, que des micro-organismes fixent l’azote atmosphérique dans le sol. Passons : tout cela est expliqué dans les dictionnaires au mot « azote ». L’important dans ce congrès, ce n’est pas la fixation de l’azote [3]. C’est que les biologistes commencent à savoir comment s’y prendre pour modifier l’hérédité génétique des êtres.

L’hérédité, le patrimoine génétique, c’est l’essence même de l’être. C’est de ce patrimoine que vous tenez la forme de votre corps, la couleur de vos yeux, de vos cheveux, de votre peau, l’essentiel de votre humeur, de votre caractère, de votre intelligence, de vos ressemblances et dissemblances familiales. C’est lui qui fait que vous êtes un homme, et non un chien ou une laitue.

C’est la lente modification des patrimoines génétiques à travers les trois ou quatre milliards d’années d’histoire de la vie terrestre qui a donné la profusion actuelle de la nature vivante.

C’est cette lente modification, sous l’effet d’une action que Darwin et ses successeurs ont vainement essayé d’expliquer par des lois aveugles, qui a fait sortir l’homme « du limon de la terre ».

L’hérédité, déposée dans les gènes, ne s’est jusqu’ici modifiée pour créer tout ce qui vit que sous l’action de la Grande Loi inconnue [4].

Cela dure, je le répète, depuis la naissance de la Terre.

Eh bien, c’est fini.

*

J’ai quelquefois pensé par calembour que l’arbre du bien et du mal, auquel il était interdit de toucher [5], c’était l’arbre généalogique. Mesurez en esprit l’étendue de ses branches : elles forment tout ce qui palpite sous le soleil et au fond des abîmes, tout ce qui sent, tout ce qui pense. C’est l’organe de l’âme.

Et c’est sur le secret de cet arbre que la génétique a mis la main. Elle est en train de le dévoiler, de le démonter comme un mécanicien démonte son moteur, pièce par pièce ; elle apprend à le remonter, et à la différence du mécanicien elle peut à son gré en changer le plan. Pour l’instant, son ambition se borne à de petites performances utilitaires : le professeur Stanley Falkow, de l’Université de Seattle, vient d’annoncer dans une interview qu’il était en train de « remonter » à sa façon, après l’avoir démonté, un microorganisme de la flore intestinale du cochon, de telle façon qu’il continue de jouer son rôle ancien, sans pouvoir jamais plus provoquer de diarrhées [6].

Mais les découvertes se succèdent de plus en plus vite. Il y a un an, les spécialistes disaient qu’il faudrait encore vingt ans de recherches pour en venir aux applications. Aujourd’hui, ils disent cinq, peut-être trois ans. On peut parier pour moins de trois. Sur le seul territoire des États-Unis, quelque trois cents laboratoires y travaillent, dont ceux des quatre-vingt-six plus importantes universités, et dans le monde toutes les grandes firmes pharmaceutiques : Hoffman-La Roche, Merck, Upjohn, Miles, etc [7].

Je me rappelle avoir écrit un article sur ce sujet il y a quelque quinze ans [8]. Un journaliste avait fait une enquête auprès d’une dizaine d’éminences de la biologie (des éminences d’alors), leur demandant si, à leur avis, la manipulation du code génétique était scientifiquement envisageable. « Ridicule ! absurde ! rêverie de science-fiction ! » avaient-elles répondu en chœur. J’avais avancé l’idée contraire en me fondant, Dieu m’en garde, non sur la biologie que ces éminences connaissaient et moi pas, mais sur l’histoire des sciences : quand, dans une science donnée, le bruit commence à courir avec insistance que telle chose est impossible et absurde c’est le signe certain qu’on est sur le point de la découvrir ou de la réaliser.

Ces savants soulignaient en outre que, même si l’on arrivait un jour à quelques improbables résultats sur des organismes très primitifs, en tout cas, cela n’irait jamais jusqu’à l’homme.

Et voilà qu’aujourd’hui un chercheur de l’Université de Californie annonce des travaux de génétique sur l’insuline (a).

Quelques-uns de ces savants déclaraient aussi qu’on ne pouvait imaginer aucune raison valable de toucher au code génétique humain. Pourquoi faire ? Et quoi changer en l’homme ? Peut-on raisonnablement le concevoir mieux organisé ?

Pourtant, objectais-je dans cet article, que les biologistes ou que la loi, ou que la morale, ou que le respect dû à l’image de Dieu y répugnent ou non, cela se fera parce que telle sera la force des choses. Rien ne retiendra les hommes, dès qu’ils le pourront, de modifier leur hérédité, par exemple pour acquérir une immunité, ou même pour modeler leurs rejetons selon les canons en vogue. Mais surtout, d’abord, pour se débarrasser de certaines maladies, pour avoir un corps plus résistant, etc. Pourquoi Soljenitsyne a-t-il guéri de son cancer ? Si la cause en est génétique, qui refusera à ses enfants la petite modification salvatrice ?

Et attention ! il n’est aucune modification du corps qui n’ait ses conséquences sur l’âme. Et la modification génétique est irréversible.

Avec l’effraction de son hérédité, l’homme va donc sortir de l’histoire, qui ne change que le spirituel et le technique (le technique extérieur). Il va devenir réellement autre. Autre non seulement par la culture, mais dans son essence. L’espèce humaine va se mettre à changer.

Voilà pourquoi je crois que nous vivons réellement une fin des temps. Sans doute toute époque est-elle la fin d’un temps. Mais si dans plusieurs générations nos descendants commencent à ne plus reconnaître leurs ancêtres, si même l’âme de Bach, de Pascal, de Sophocle leur devient étrangère... Comment le concevoir ? Mais disons-nous aussi que cette science qui nous échappe et que rien n’arrête obéit comme le reste à la Grande Loi inconnue [9].

Aimé MICHEL

(a) Sans doute des lecteurs diabétiques et des médecins seraient-ils intéressés par ces recherches. Mais pour l’instant je n’en sais pas plus. Il faut attendre que les travaux de ce chercheur soient publiés. Il n’est d’ailleurs sûrement pas le seul.

Chronique n° 279 parue dans France Catholique-Ecclesia – N° 1582 – 8 Avril 1977


Notes de Jean-Pierre ROSPARS du 22 février 2016


[1Je n’ai pas retrouvé cette parole dans le Livre de la Sagesse. Par contre elle se trouve dans le Psaume 104, 15 : « Le vin qui réjouit le cœur de l’homme, Et fait plus que l’huile resplendir son visage ». Et on en retrouve l’écho dans l’Ecclésiaste 9, 7 : « Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. »

[2Cette modification de « l’âme par la chimie » est discutée dans la chronique n° 127, Le café, le lactate et l’âme – Qu’est-ce qu’un état d’âme, sujet à des manipulations chimiques ?, 11.06.2012. En note de la chronique n° 273, Le choc de la drogue – Sous ce choc l’âme endormie se réveille mais se découvre en enfer, 22.06.2015, je donne les liens vers les autres chroniques où Aimé Michel traite de la drogue. Mais les drogues, la chimie, ne sont que des exemples particuliers d’actions matérielles sur le cerveau. D’où la question difficile « Comment la conscience est-elle liée au cerveau ? » que posait le neuropsychologue Richard Gregory dans la chronique de la semaine dernière.

[3Voilà plus de quarante ans que les biologistes moléculaires se sont attaqués à ce problème classique de fixation de l’azote mais il n’est toujours pas résolu !

L’azote est un élément essentiel à la vie puisqu’il est présent tant dans les acides aminés (qui forment les protéines) que dans les nucléotides (qui entrent dans la composition de l’ADN et de l’ARN). Cet azote des êtres vivants provient ultimement de l’atmosphère, mais l’air n’est utilisé directement ni par les animaux (dits hétérotrophes car ils trouvent l’azote dans les molécules organiques azotées de leurs aliments) ni par les plantes (dites autotrophes car elles utilisent l’azote de molécules minérales telles que les nitrates NO3 et les sels d’ammonium NH4+). Les seuls êtres vivants à fixer l’azote de l’air (appelé diazote N2) sous forme de composés aminés sont des bactéries qui vivent dans le sol. Certaines d’entre elles peuvent vivre en symbiose avec les plantes : les bactéries fournissent à la plante certains des nutriments dont elle a besoin tandis que la plante fournit aux bactéries certaines molécules organiques, c’est-à-dire à base de carbone.

Cette symbiose est particulièrement remarquable dans la famille des Légumineuses (pois, lentille, luzerne, etc.) dont les racines possèdent des nodosités qui hébergent des bactéries du genre Rhizobium. Cette fixation est aussi importante que la photosynthèse pour le maintien de la vie sur Terre. À titre indicatif (car les chiffres varient selon les sources), on évalue à 120 millions de tonnes par an la quantité d’azote fixée par les micro-organismes (dont plus des 2/3 par les légumineuses) et à 55 millions celle fixée par d’autres voies à hautes températures, que ce soit spontanément dans les combustions et les éclairs d’orage ou à dessein dans l’industrie des engrais. Cette dernière industrie est capitale puisqu’elle assure la moitié des besoins en protéines de l’humanité, au prix toutefois d’une grande quantité d’énergie (de l’ordre de 1 à 2 % de la consommation mondiale d’énergie) et d’une pollution de l’environnement… Dans ces conditions on comprend que des chercheurs se soient dit : pourquoi ne pas tenter d’étendre cette remarquable symbiose à d’autres plantes que les légumineuses, par exemple le blé, le maïs ou le riz ?

Pour cela, la première chose à faire était de bien comprendre les mécanismes impliqués dans cette symbiose. Au cœur de celle-ci se trouve une enzyme, la nitrogénase, qui catalyse la réduction du diazote en ammonium. Le site actif de cette enzyme est un ensemble de 6 atomes de fer liés à des atomes de soufre et, le plus souvent, à un atome de molybdène. On sait qu’il fonctionne en l’absence d’oxygène en consommant l’énergie fournie par des molécules d’ATP mais le détail de la catalyse n’est pas encore bien connu. La protection contre l’oxygène est assurée par une hémoglobine, semblable à l’hémoglobine de notre sang, formée d’une protéine, la globine, et d’une molécule appelée hème qui possède en son centre un atome de fer capable de fixer l’oxygène et ainsi de protéger le site actif de la nitrogénase. Fait remarquable, l’hème est synthétisé par la bactérie et la globine par la plante, ce qui révèle la complexité des relations entre la bactérie et la plante. Mais ce n’est pas tout car avant d’en arriver là, il a fallu que les nodosités se forment. Une jeune légumineuse n’a pas de nodosités, mais ses racines rejettent des molécules, les flavonoïdes, qui attirent les Rhizobia présentes dans le sol. Ces bactéries sécrètent en retour diverses molécules appelées facteurs de nodulation ou facteurs Nod. Ce sont des signaux auxquels les poils absorbants de la racine répondent en se courbant et en autorisant les bactéries à y pénétrer. Ainsi commence la formation d’une nodosité qui se poursuit par la division des cellules internes de la racine et la transformation des bactéries initialement libres en bactéroïdes.

La mise en place de la symbiose implique donc un dialogue moléculaire très spécifique entre les deux partenaires et la mise en jeu de multiples gènes de la plante et de la bactérie. C’est là que le bât blesse et que les meilleures intentions se heurtent aux dures réalités. L’idée initiale était d’isoler le gène qui permet la fixation de l’azote et de l’introduire dans un plant de blé ou de maïs. On sait aujourd’hui transférer un gène d’un organisme dans un autre, qui devient ainsi un organisme génétiquement modifié, un OGM, mais transférer tout un ensemble de gènes – qui plus est en interaction – cela on ne sait pas le faire. Robert Horsch, un chercheur de Monsanto, pionnier du génie génétique, aujourd’hui membre de la Fondation Bill et Melinda Gates, résume bien la situation : « Quand le génie génétique est devenu opérationnel, dans les années 1970, on a réfléchi à ce qu’on pourrait faire de réellement important avec les plantes. Et la réponse était : la fixation de l’azote. Mais personne ne croyait réellement à l’époque que l’on saurait comment s’y prendre, sans même parler d’y parvenir effectivement. Et même aujourd’hui, trente ans plus tard, il reste toujours au-delà de tout espoir d’imaginer améliorer la fixation d’azote par le maïs, par exemple. Cela mobilise tellement de gènes que nous n’avons simplement pas la possibilité de faire quoi que ce soit. » (Cité par Hervé Kempf, La Guerre secrète des OGM, coll. Points Sciences, Seuil, Paris, 2007). Pendant ces trente années, beaucoup d’argent a afflué dans les laboratoires de biologie moléculaire des plantes et des micro-organismes pour tenter d’avancer sur ces questions mais, si ces recherches ont fait considérablement avancer les connaissances, elles n’ont pas permis d’aboutir à des applications pratiques. Ces réflexions désabusées sur la maîtrise de la fixation symbiotique de l’azote en rejoignent d’autres sur les promesses non encore tenues des thérapies géniques en médecine…

Mais problème irrésolu ne signifie pas problème insoluble. Les chercheurs ne se découragent pas et la fixation symbiotique de l’azote par les légumineuses demeure un sujet de recherche actif (voir par exemple http://www.cvc.u-psud.fr/spip.php?article172 sur les recherches effectuées au CNRS de Gif-sur-Yvette). Peut-être sera-t-on un jour capable de comprendre ces systèmes dans leur complexité et d’agir sur eux de manière beaucoup plus subtile qu’aujourd’hui ? Ou encore, si cette voie est compromise par les réticences à l’égard des cultures d’OGM, de faire fonctionner la nitrogénase au sein d’un système artificiel économe en énergie et de dimension industrielle ?

[4Aimé Michel oppose ici la loi aveugle de Darwin à la « Grande loi inconnue » qui l’englobe et qui reste encore à découvrir. Il y faisait déjà allusion dans une précédente chronique : « la Loi inconnue qui gouverne le monde a longuement élaboré l’homme, par des voies complexes et que l’on découvre peu à peu » (n° 284, Les origines de l’homme ou des légendes qui s’écroulent – L’évolution buissonnante des Primates depuis 75 millions d’années, 13.07.2015). C’est une façon d’exprimer son insatisfaction à l’égard des théories actuelles visant à expliquer l’évolution.

[5Il s’agit bien sûr de l’arbre évoqué dans le livre de la Genèse : « Yahweh Dieu fit pousser du sol toute sorte d’arbres beaux à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (2, 9) « Yahweh Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder. Et Yahweh Dieu donna à l’homme cet ordre : “Tu peux manger de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas, car le jour où tu en mangerais, tu encourrais la mortˮ. » (2, 15-17)

Sur ce célèbre jardin, voir la chronique n° 288, Le jardin de la genèse a existé – À propos d’un livre « téméraire et génial » de Jean-Jacques Walter, 27.07.2015. Rappelons au passage que « manger le fruit de » est un hébraïsme qui signifie « faire l’expérience de ».

[6Stanley Falkow, né en 1934, est un microbiologiste qui a travaillé notamment à l’École de Médecine de l’Université Stanford. Il est l’un des pionniers de l’étude des processus infectieux, c’est-à-dire de la manière dont les microbes et les cellules-hôtes interagissent au niveau moléculaire pour provoquer une maladie, ce qu’on appelle leur pouvoir pathogène. Il a montré que lors de l’infection certains gènes du microbe étaient activés uniquement à l’intérieur de la cellule-hôte, ce qui montre que cette dernière collabore en quelque sorte avec l’envahisseur.

[7Les dix plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales en 2009 classées selon leur chiffre d’affaire étaient Johnson & Johnson (USA, 62 milliards de dollars), Pfizer (USA), Roche (Suisse), GlaxoSmithkline (Royaume-Uni), Novartis (Suisse), Sanofi (France), AstraZeneca (Royaume-Uni et Suède), Abbott (USA), Merck (USA), Bayer (Allemagne, 22 milliards de dollars). On reconnaît, sous un nom quelquefois un peu différent, certaines entreprises citées par Aimé Michel mais d’autres ont disparu : ce qui reste de Upjohn (fondé en 1875) a été repris par Johnson & Johnson et Pfizer, tandis que Miles (fondé en 1884) a été racheté par Bayer en 1979.

Les grandes firmes pharmaceutiques ont pris de plus en plus d’importance à partir des années 1980 en rachetant les petits laboratoires. Ceci c’est traduit par une diminution du nombre d’entreprises, une augmentation de leur taille et une dispersion de leurs activités de par le monde. Ainsi de 1970 à 2010 le nombre d’entreprises pharmaceutiques en France est tombé de 422 à 257, tandis que leur chiffre d’affaire réalisé en France chutait de 87 % à 53 % (http://www.irdes.fr/EspaceEnseignement/ChiffresGraphiques/Cadrage/SecteurPharma/IndustriePharma.htm).

L’une des raisons de cette augmentation de taille est que l’industrie pharmaceutique est plus que d’autres confrontée à des risques que la taille permet en principe de compenser. Par exemple, on estime que sur 10 000 molécules étudiées, 10 seulement donneront un médicament dont un seul sera autorisé à la vente. Entre le dépôt de brevet et la mise sur le marché d’un médicament il s’écoule entre 10 et 15 ans. Son amortissement prend ensuite entre 7 et 10 ans. Sur vingt médicaments commercialisés, trois seulement remboursent leurs frais de recherche et développement (R & D) et un seul des trois permet d’amortir les frais occasionnés par les 17 autres ainsi que les non-commercialisés. Les entreprises pharmaceutiques ne peuvent donc survivre qu’en mettant régulièrement sur le marché un médicament à succès. Et quand elles y parviennent elles cherchent à en tirer le plus de revenus possible en engageant des frais de marketing importants mais moins risqués que la mise au point de nouveaux médicaments (http://www.medicinenet.com/script/main/art.asp?articlekey=18892). Les médicaments dont le brevet a expiré et qui sont tombés dans le domaine public, dits génériques, coûtent moins cher justement parce que leur frais de R & D sont déjà amortis.

[8Il y a « quelque quinze ans », c’est-à-dire vers 1962, Aimé Michel écrivait notamment dans le mensuel Science & Vie, mais je n’y ai pas retrouvé l’article auquel il fait allusion ici.

[9« Nous vivons réellement une fin des temps » est un thème souvent évoqué par Aimé Michel avec ce mélange unique de pessimisme humain et d’optimisme cosmique qui le caractérise. Voici trois citations complémentaires qui illustrent sa vision d’un « avenir impensable » où l’homme va disparaître pour devenir autre :

« L’homme est irrémédiablement l’être qui participe à la création. Il doit s’habituer à cette pensée. Il doit apprendre à regarder en face l’apocalypse molle lentement libérée par ses mains et d’où il sortira transformé physiquement et mentalement pour le meilleur ou pour le pire. Selon son choix. ». (Chronique n° 2, L’eugénisme ou l’Apocalypse molle, 27.07.2009).

« Je m’étonne (…) que l’on pense si peu et qu’on ne parle jamais de cette dernière conquête en train de mûrir doucement entre nos mains, à savoir la complète maîtrise de notre code génétique, qui nous fera capables, si nous en décidons ainsi, de nous changer corps et âme, en plus qu’humains, ou en porcs. Car c’est devant ce choix qu’en définitive nous nous acheminons, conformément au plan mystérieux de la vie qui, depuis trois ou quatre milliards d’années qu’elle existe, ne cesse de créer des êtres de plus en plus libres : nous serons bientôt les maîtres, non plus seulement de nos actes, ce qui est la condition de l’homme, mais bien de notre substance, de notre nature. Pour en faire quoi ? Qui donc y pense ? » (Chronique n° 89, Le joueur et ses trois écus – À propos de René Dubos : sommes-nous malades d’abondance ?, 12.11.2011).

« [T]out indique que bientôt c’est l’homme lui-même qui aura cessé d’exister, transformé en autre chose par l’action de ses propres mains. (…) Si personne ne pense à cet avenir si proche, c’est qu’il est impensable. Nous pouvons facilement imaginer la disparition de l’homme, son extermination, son effacement. Mais qu’il soit remplacé, que nos arrière-petits-enfants ne soient plus des hommes et que, s’il en subsiste encore dans un siècle ou deux, les hommes soient parqués dans des réserves où d’autres êtres iront les regarder avec curiosité, cela, c’est de la science-fiction. » (Chronique n° 91, La fin de la nature humaine ? – Un avenir impensable : l’homme va changer de nature et devenir un autre être, 26.09.2011).

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