Iran : la grande inconnue - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Iran : la grande inconnue

En déclenchant le 28 février des bombardements massifs sur l’Iran, les États-Unis et Israël ont ouvert une phase de grande incertitude au Proche-Orient. Les coups fatals qui ont été portés – dont l’élimination d’Ali Khamenei – peuvent-ils vraiment changer la donne ?
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© Adobe Stock / Robert

Admettons-le d’emblée, le choix de Donald Trump d’aller frapper au cœur le régime des mollahs peut susciter de légitimes réserves : en décidant unilatéralement cette attaque, sans en informer le Congrès, le locataire de la Maison-Blanche prend le risque d’accentuer encore la déstabilisation du Proche et du Moyen-Orient, tout en faisant peser un nouveau risque sur l’économie mondiale avec la possibilité d’un choc pétrolier. Le bilan des interventions américaines dans la région depuis les années 1990 et la première guerre du Golfe ne peut en effet que laisser sceptique quant à l’efficacité de ces opérations qui, bien souvent, ont débouché sur le chaos politique (Irak) ou le retour au pouvoir des ennemis les plus honnis (les Talibans, en Afghanistan).

Néanmoins, cette mise en perspective ne doit pas empêcher de prendre en considération trois singularités qui pourraient – cette fois-ci – légitimer cette offensive. Tout d’abord, l’implication de Téhéran dans le terrorisme international, directement ou via ses marionnettes que sont le Hamas et le Hezbollah, est avérée depuis de longues années. Ensuite, en dépit de négociations apparentes, le régime n’a jamais renoncé à son programme nucléaire militaire ou au développement de missiles toujours plus performants, à la portée toujours plus longue. Enfin, les manifestations de décembre dernier, réprimées dans le sang – plusieurs dizaines de milliers de morts –, ont indiqué le désir irrépressible d’une partie de la population de faire advenir un nouveau régime.

En début de semaine, il était impossible de dresser un quelconque scénario sur l’évolution des événements, les plus grandes incertitudes demeurant sur la capacité de résistance du régime iranien, certes très affaibli, mais disposant potentiellement de dangereuses ressources contrôlées par les Gardiens de la Révolution. « Le régime sera sans doute tenté par une extension de l’hybridation de la riposte (économique et énergétique par le blocage du détroit d’Ormuz, terroriste par le biais de ses proxys, balistique par des frappes sur ses voisins). En aura-t-il les moyens ? », analyse ainsi Arnaud Benedetti dans La Nouvelle Revue Politique (01/03).

Risque d’extension

L’islamologue Gilles Kepel (01/03) invite aussi à attendre la décantation des événements, dans Le Figaro : « Il est trop tôt […] pour spéculer si le décès du despote religieux va faire advenir en Iran un État démocratique et libéral : les précédents de la chute et de la liquidation de Saddam Hussein dans l’Irak voisin, de Kadhafi en Libye et de la désillusion qui a suivi les espoirs nés des “printemps arabes”, commandent la prudence. » Prudence d’autant plus nécessaire que cet embrasement est porteur de risques nouveaux, comme une extension du conflit à l’ensemble de la région – le Liban a été frappé le 2 mars par l’aviation israélienne –, le déclenchement d’une guerre civile, ou encore la dissémination clandestine du stock de combustible nucléaire en cours d’enrichissement.

Face à cette nouvelle donne, l’Europe – tenue à l’écart des préparatifs de l’attaque américano-israélienne – est interpellée dans son identité même : soit elle consent à n’être plus qu’une puissance de seconde zone, soit elle en profite pour penser les bases d’une nouvelle politique de sécurité et de défense.