Jouer la montre en misant sur une extension du conflit, telle est peut-être la stratégie adoptée par le régime de Téhéran pour survivre à l’attaque massive dont il est la cible, ce qui expliquerait les tirs auxquels il a procédé, ciblant Israël, la Jordanie, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, l’Arabie Saoudite ou encore les Émirats arabes unis, et même Chypre. « Alors que Donald Trump assure que la “grande vague” de l’offensive américaine est encore à venir, Téhéran parie sur la dispersion du conflit à l’échelle du Moyen-Orient, dans une logique d’usure face à des États-Unis pressés d’en finir », analyse ainsi Frédéric Autran dans Libération (02/03).
Engluer les États-Unis dans un conflit de longue durée, pour mettre en porte-à-faux Donald Trump avec sa base électorale, alors que se rapprochent les élections de mi-mandat (mid-terms) prévues en novembre, peut en effet expliquer la fuite en avant du régime des mollahs. Dans une même logique, cette escalade vise peut-être aussi à provoquer une violente déstabilisation économique, intenable à terme. « Téhéran cherch[erait] à perturber les marchés pétroliers et gaziers pour créer une pression économique ou bien à pousser “les capitales arabes à intervenir auprès de Washington en faveur d’une désescalade” », souligne le quotidien québécois Le Devoir (02/03), citant Pierre Pahlavi, professeur et directeur du département de la Sécurité et des Affaires internationales au Collège des Forces canadiennes de Toronto.
L’Iran peut-il tenir dans la durée ?
À supposer que tel soit vraiment son objectif – conférer au conflit un tel coût qu’il en devient insupportable – l’Iran peut-il lui-même tenir dans la durée alors qu’il subit chaque jour des destructions impressionnantes ? « L’Iran est un pays montagneux, avec de nombreux endroits où se dissimuler et rester à l’abri des frappes. Ce sont probablement des réseaux de tunnels sous les montagnes avec des entrées multiples. Donc, même si on neutralise une entrée, on ne sait pas s’ils ne vont pas ressortir d’un autre côté de la montagne », juge Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste des questions de dissuasion et de défense antimissile, interrogé sur France 2 (05/03).
Quant aux Gardiens de la Révolution, bien qu’affaiblis par l’élimination d’un grand nombre de responsables, à commencer par Ali Khamenei, ils pourraient encore demeurer longtemps une armature solide du régime, grâce à « une capacité notable à soutenir l’effort militaire, même dans un environnement économique difficile. Ils peuvent mobiliser des ressources financières, industrielles et technologiques en dehors des circuits économiques civils. En cas de conflit prolongé, cette économie de guerre leur permet de concentrer les moyens sur les programmes militaires – notamment balistiques et drones – au détriment d’autres secteurs », note le chercheur Clément Therme, spécialiste du monde iranien, interrogé par la revue Conflits (05/03).
Dans ce contexte d’informations fragmentaires, le brouillard de la guerre invite à la prudence. À ce stade, l’hypothèse d’un effondrement rapide du régime de Téhéran apparaît néanmoins comme des plus spéculatives.
