Repenser les anniversaires - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Repenser les anniversaires

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Ma femme m’a trouvé un nouveau téléphone qui a une curieuse façon de me rappeler les anniversaires. Au bas de l’écran, apparaît un message qui dit quelque chose comme :

Anniversaire de Catherine Peters

Demain : Toute la journée

Quand je vois ces messages, je ne peux m’empêcher de penser : son anniversaire est toute la journée de demain ? N’est-ce pas un peu exagéré ? Une heure ou deux, n’est-ce pas une durée décente pour un anniversaire ?

Mais peut-être suis-je seulement mesquin. Après tout, il a fallu sans aucun doute à la mère de Catherine plus qu’une heure ou deux pour lui donner naissance.

Mais la question que je me pose est celle-ci : pourquoi célébrons-nous Catherine Peters et non sa mère ? Catherine Peters n’a rien fait d’héroïque ou de spécialement difficile en cette nuit fatale, glorieuse. Mais sa mère, oui. (Son père est un homme tout à fait charmant et un des meilleurs juristes en droit canonique du pays, mais, nous le savons tous , si bons que soient les pères, ils ne font pas grand chose dans ce domaine. Nous sommes des hommes : nous faisons les cent pas, nous avons l’air concernés, nous disons « respire, respire », mais en dehors de cela, nous sommes plutôt inutiles.)

Aussi pourquoi lors de l’anniversaire d’une personne ne célébrons-nous pas la mère de cette personne ? pourquoi n’envoyons-nous pas un petit cadeau à la maman avec une carte disant : « Bon travail. » Ou quelque chose avec Snoopy qui dit : « Je n’ai pas été capable de descendre le Baron Rouge, mais vous avez donné naissance à un être humain vivant. »

Plus j’y pense, plus notre pratique actuelle paraît absurde. Pourquoi, le jour de leur anniversaire,  n’est-ce pas les enfants qui donnent des cadeaux à leur mère? Et pourquoi sur mon Facebook ne puis-je lire

Anniversaire de Catherine Peters

Mère : douze heures de travail ; bébé de 8 livres, 2 onces

Vraiment étonnant

Vous pourriez dire : « Mais n’avons-nous pas la Fête des Mères pour ce genre de choses ? » Mais pensez-y : un seul jour pour toutes les mères ? Et si nous disons que nous n’avons qu’un seul jour pendant l’année où les enfants reçoivent des cadeaux. Nous l’appelons « Noël ». Cela passerait-il bien ?

Et pour les mères de sept ou huit enfants ? Elles n’ont elles aussi qu’un jour ? Ne devraient-elles pas bénéficier de sept ou huit célébrations ? Si vous gagnez dans quatre disciplines aux Jeux Olympiques et ne recevez qu’une seule médaille, vous vous sentez trompés. Vous avez gagné quatre fois ; vous voulez quatre médailles. Ainsi une femme qui donne naissance à quatre êtres vivants – ce qui est beaucoup plus impressionnant que la nage synchronisée ou le cent mètres haies – ne devrait-elle pas avoir quatre célébrations, une pour chaque ?

Je crains que nos pratiques actuelles ne favorisent en nous le genre d’individualisme follement autonome qui satanise notre société. Des penseurs comme Hobbes, Locke et Rousseau ont écrit sur l’état « naturel » de l’homme comme si les êtres humains venaient au monde complètement développés, comme Athéna jaillissant de la tête de Zeus. Une chose visiblement absente dans ce que racontent tous ces profonds penseurs est la reconnaissance de l’importance des mères .

Le professeur Leon Kass suggère que nous devrions signaler deux parties importantes de notre corps : notre nombril et nos organes de reproduction. Notre nombril nous rappellerait que nous sommes venus du corps de quelqu’un d’autre, tandis que nos organes de reproduction nous rappelleraient que nous serons un jour remplacés par quelqu’un d’autre. De cette façon notre corps nous rappellerait la dette de gratitude que nous devons à ceux qui sont venus avant nous et une dette similaire, celle d’obligation que nous devons à ceux qui vont venir après nous.

Les cultures développent des rituels spécifiques pour célébrer la naissance d’un enfant comme ils développent un autre ensemble de rituels pour commémorer la mort d’un être aimé. De tels rituels sont importants parce qu’ils nous rappellent que nous devons notre existence à d’autres comme d’autres dépendront de nous pour la leur. A qui il a été beaucoup donné, il lui sera beaucoup demandé.

Les mères devraient être célébrées aux anniversaires de leurs enfants, non seulement par leurs enfants, mais par toute la communauté. Chaque enfant est un autre cadeau qu’une femme nous a fait au bout d’un long travail.

Et les pères alors ? Ma première réaction est de dire que les pères ont déjà leur cadeau et que tout ce que les pères veulent vraiment est que leur femme et leurs enfants soient heureux. Vous ne pouvez donner à un père de plus grand cadeau que de lui faire savoir qu’il a rendu sa famille heureuse, en bonne santé et en pleine forme. S’il veut une canne à pêche ou une cravate ou quelques clubs de golf, il n’a qu’à se les acheter lui-même.

Mais le problème est que si nous ne célébrons pas rituellement les pères de quelque façon, alors la culture va avoir l’idée bizarre que les pères sont optionnels et sans importance et qu’on peut très bien s’en passer.

Aussi voici ce que je suggère : le jour de l’anniversaire d’un enfant, les voisins de la communauté devraient offrir des cadeaux à la mère et montrer à la mère que la naissance de son enfant est un immense cadeau fait à la communauté. Ensuite, au moment où les festivités tirent à leur fin, les hommes devraient se retirer là où l’on peut consommer des boissons pour adultes et, après avoir laissé au père le temps de siroter un bon bourbon, rester le regard fixé au loin et penser un moment, le membre le plus âgé du groupe devrait rompre le silence et porter un toast en disant : « Eh bien, votre enfant a une année de plus. A votre santé. » Pour élever des enfants en Amérique, il semble qu’il mérite un verre. Je suggère le bourbon pour le but que Walker Percy a appelé son pouvoir « d’évocation du temps et de la mémoire, qui permet de se retrouver soi-même et de retrouver le passé dans ce monde occidental désorienté et plongé dans le brouillard ».

Dans une culture qui est si dominée par l’individualisme, tellement séparée de ses origines et tellement dévouée aux projets d’auto-création subjective, nous aurions intérêt à penser aux anniversaires, non comme une célébration du moi et de tout ce que je suis devenu, mais comme une célébration de ceux qui ont rendu possible ce que je suis et un rappel des dettes que je leur dois, et qui ne peut être payé que plus tard à d’autres.

vendredi 23 octobre 2015

Source : http://www.thecatholicthing.org/2015/10/23/rethinking-birthdays/

Tableau : « Mère et enfant » par Frederic Leighton, 1865