Lorsque saint Pie X établit, en 1910, la possibilité de la communion des jeunes enfants (décret Quam singulari), il prophétise qu’« il y aura des saints parmi eux ». Guy de Fontgalland est de ceux-là, tant son existence illustre une extraordinaire amitié avec Jésus. « Lui et moi, nous nous aimons tellement », avait coutume de dire l’enfant.
Pourtant, en apparence, rien ne distingue Guy de ses petits camarades, et son caractère bien trempé n’en fait pas un modèle de perfection. Il peut se montrer effronté à l’égard de ses parents, sa franchise être prise pour de l’irrespect, et ses chamailleries avec son frère Marc, de trois ans son cadet, émaillent un temps son quotidien.
Cependant, le surnaturel entre très tôt dans sa vie. Il n’a que 6 ans lorsque ses parents lui demandent de venir saluer des invités, avant de faire sa prière du soir, et lui demandent ce qu’il faut faire pour aller au Ciel. Guy répond très sérieusement : « Pour aller au Ciel, c’est simple : il suffit d’aimer Jésus et sa Maman plus que tout et par-dessus tout. » Au milieu de ses jeux et de sa collection de papillons, l’enfant exprime très tôt le désir d’être prêtre. À 6 ans, il suit la messe après l’avoir préparée à l’aide d’un petit missel reçu en cadeau. Peu concentré dans ses études, jusqu’à susciter l’irritation de ses parents par sa paresse et sa lenteur, Guy passe des heures devant un atlas et demande à son père si les habitants du pays qu’il indique sont chrétiens ou non. Il a conscience que sa valeur ne dépend pas d’un résultat ou d’un classement scolaire.
Un caillou dans la chaussure
À la fin de l’année 1920, la vie spirituelle de Guy franchit une étape primordiale. Ses parents l’inscrivent au petit catéchisme de la paroisse Saint-Honoré-d’Eylau, non loin du 37 de la rue Vital où les Fontgalland habitent, dans le 16e arrondissement de Paris. À cette époque, elle est l’une des rares à préparer des enfants de 7 ans à la première communion privée. Dès le début des leçons, l’abbé André Callon recommande aux élèves d’offrir des petits sacrifices à Jésus. Guy se plie à la demande avec beaucoup de zèle, heureux de faire « plaisir au petit Jésus ». Il va jusqu’à mettre un caillou dans sa chaussure le vendredi, parce que c’est le jour de la mort du Christ, et il revient de l’école en boitant. Ses offrandes ouvrent son cœur et aiguisent son sens du péché : « Parle-moi de Jésus sur la Croix, dit-il à sa mère, c’est ça qui me fait regretter et détester mes péchés : voir Jésus qui a mal pour moi sur sa Croix et sa Maman qui pleure. Je les aime tant. »
Le 22 mai 1921, en la solennité de la Sainte Trinité, c’est le grand jour pour Guy de Fontgalland : il communie pour la première fois avec ferveur et recueillement et sa vie prend tout d’un coup une autre ampleur. L’esprit perdu dans son action de grâce, il confie à Jésus : « Je vous aime plus que tout. Pour vous le prouver, je quitterai tout pour vous et je serai votre prêtre. » Aussitôt, Guy entend le Christ lui répondre : « Mon petit Guy, tu ne seras pas prêtre. Je ferai de toi mon ange. » Surpris, l’enfant comprend qu’il est promis à une grande intimité avec son Seigneur et qu’il ne peut que lui dire « oui ! ». Comme la Très Sainte Vierge Marie le jour de l’Annonciation, il garde secrètement ces paroles et va désormais les méditer dans son cœur. « Oui est le plus joli mot que l’on puisse dire au Bon Dieu » confiera-t-il à son entourage.
Il égrène son chapelet
Comment vivre à 7 ans en sachant intuitivement que sa vie sera brève ? Jésus a parlé à Guy mais, par la suite, l’enfant est confronté au silence et va connaître, durant trois ans, une forme de nuit spirituelle en se demandant quand son Seigneur viendra le chercher. Sa vie de prière s’approfondit et sa foi devient mariale, la Vierge étant pour Guy le modèle de l’écoute de la volonté de Dieu. Quotidiennement, il égrène son chapelet sur le chemin du collège Franklin où il étudie à partir de 1923.
Le 30 novembre de cette année-là, il a 10 ans et se sent de plus en plus décalé dans un monde scolaire. Ses professeurs le jugent rêveur et étourdi. Ils sont loin d’imaginer sa profondeur spirituelle tandis que Guy porte le secret des paroles entendues le jour de sa première communion. À quoi bon craindre pour les études « quand on a le Bon Dieu pour Père » ? rétorque-t-il en substance à ses parents lorsqu’il les sent inquiets. Lui-même ne peut s’endormir sans tenir son chapelet, tourmenté par l’idée de mourir subitement, c’est-à-dire sans recevoir les derniers sacrements. C’est dans la grotte de Lourdes, dans laquelle il vient prier avec ses parents et son frère Marc le 14 juillet 1924, qu’il trouvera l’apaisement. Soudain, une voix maternelle d’une infinie tendresse l’appelle. C’est la Vierge Marie qui semble se pencher vers lui depuis le creux du rocher pour lui dire simplement ces mots : « Guy, je viendrai bientôt te chercher, pour t’emmener au Ciel tout droit. »
« L’année du jubilé »
La mort s’approchera six mois plus tard. Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1924, alors que le 30 novembre Guy vient de fêter ses 11 ans, l’enfant est pris d’un malaise, il s’étouffe. Guy comprend ce qui lui arrive, prend sa mère dans ses bras et lui confie : « Je vais te dire un secret mais un secret qui va te faire pleurer : je vais mourir. » Il raconte alors les paroles du Christ le jour de sa première communion et celle de la Vierge Marie à Lourdes. « Le Bon Dieu me veut, je me laisse prendre » affirme-t-il à sa mère perplexe, tandis que le médecin diagnostique une diphtérie.
Malgré les traitements, Guy a la conviction qu’il ne guérira pas et offre ses souffrances sans jamais se plaindre. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1925, il confie à celle qui est toujours à son chevet : « Maman, c’est cette année que je mourrai. Celle du jubilé. C’est une belle année pour aller au Ciel. »
Le 24 janvier, épuisé, il demande à son père d’appeler un prêtre pour recevoir l’extrême-onction, puis exige qu’on lui présente un crucifix, l’embrasse, et son regard lumineux porte au-delà de son lit, comme si une présence venait à lui. Ses dernières paroles seront : « Jésus, je t’aime… Maman », tandis qu’un léger sourire transfigure son si jeune visage.
Guy de Fontgalland. Un éclair de sainteté,
Ludovic Lécuru, Éd. Artège, novembre 2025,
210 pages, 17,90 €.
Une âme d’enfant, Marie-Renée Mathevon,
Éd. Petrus, 2020, 70 pages, 8 €.
