« Il faut aider les jeunes à avoir une vie intérieure » : l'appel de la mère de saint Carlo Acutis - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Il faut aider les jeunes à avoir une vie intérieure » : l’appel de la mère de saint Carlo Acutis

Alors qu’un documentaire consacré au jeune saint sort sur les écrans, quels enseignements peuvent être tirés par les jeunes et les parents de la courte vie de l’Italien canonisé par Léon XIV en 2025 ? Entretien avec la mère de Carlo Acutis, Antonia Salzano Acutis.
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© Famille Acutis

En France, les fortes tensions sociales semblent prendre en partie leur source dans une jeunesse en crise. En quoi l’exemple de saint Carlo Acutis peut-il aider à apaiser cette situation ?

Antonia Salzano Acutis : Il me semble que les jeunes ont besoin d’amour. Malheureusement, beaucoup sont esseulés car leurs parents sont obligés de travailler tous les deux. Et le bonheur ne peut être fourni par les réseaux sociaux, les jeux vidéo, la pornographie… Cette angoisse parmi la jeunesse est sans doute aussi liée à un manque de spiritualité et de valeurs. Le monde ne se limite pas à ce qu’en perçoivent les cinq sens. L’homme a besoin de nourrir sa vie intérieure. Or, il me semble que la plupart des jeunes ne reçoivent pas de réponse à leur soif de Dieu. Et cette soif, ils l’ont tous, même s’ils n’en sont pas conscients ! Lorsque vous regardez les jeunes enfants, vous voyez qu’ils manifestent une ouverture à la grâce et à la vie éternelle : ils sont, dans leur être, portés sur la vie intérieure. Il y a évidemment des raisons naturelles derrière cette crise – le niveau d’éducation sans doute, l’état de certaines écoles… Mais en dernière instance, tout cela est une question de vie intérieure. Pour cette raison, Carlo est un signe d’espérance : parmi ses camarades d’écoles, certains vivaient des vies dissolues, à base d’alcool, de drogue, de pornographie… Mais il a montré qu’un autre choix était possible, celui de la vie éternelle. Dès lors, il a vécu une vie heureuse, car il n’avait pas peur de la mort mais du péché, qui porte le risque de nous séparer de Dieu pour l’éternité. Il allait à la messe tous les jours, à l’adoration eucharistique, il aménageait des temps de silence, entretenait une vie intérieure…

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un enfant aussi pieux… Beaucoup se plaignent d’enfants qui, au contraire, s’éloignent de la foi. Quel enseignement tirer de la vie de votre fils ?

Le problème est toujours le même : la vie intérieure doit être cultivée… Notamment à l’adolescence, une période d’autant plus difficile que les hormones viennent tout bouleverser ! Tous les parents sont confrontés à ces problèmes. Le plus important pour eux est d’être des témoignages véritables. Surtout, les parents doivent être les premiers catéchistes de leurs enfants. Cela commence par la cohérence de sa propre vie : si je parle de Dieu et que je fais des choses contraires ensuite, je ne donne pas l’exemple ! Au contraire, les enfants repèrent immédiatement l’incohérence chez leurs parents et cela devient un carburant pour la contradiction. Il ne faut pas s’étonner que les enfants se révoltent contre la foi si on ne les accompagne pas. D’autant que l’adolescence reste le moment où les parents peuvent planter dans le cœur de leurs enfants des semences qui germeront avec la maturité. Même une petite graine de foi semée à ce moment-là grandira, bien qu’on ne sache pas quand. Concrètement, les parents doivent donner du temps à leurs enfants, parler avec eux, afin de leur transmettre la foi. Or, la plupart des parents sont égoïstes et ne veulent pas offrir de faire des sacrifices pour leurs enfants. J’aime faire du sport ? Eh bien parfois, il est nécessaire d’y renoncer pour passer du temps avec son enfant. Avoir un enfant, ce n’est pas comme avoir un chien. Souvenez-vous de ce que la Vierge Marie a dit à Fatima, le 19 août 1917 : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. » Il faut donc prier et offrir des sacrifices pour ses enfants.

Dans le documentaire, on voit le vertige qui vous a saisie face à la grande précocité spirituelle de Carlo. Comment doivent réagir les parents dont l’enfant semble brûler de ferveur religieuse ?

Il faut lui laisser sa liberté. La plupart des parents sont traumatisés à l’idée que leur enfant devienne prêtre ou religieux ! J’en connais pour qui cela représenterait une tragédie… Dans le même temps, il faut toujours accompagner les enfants dans la foi. Carlo disait : « Trouve Dieu, et tu trouveras le sens de ta vie. » Car quel est le sens de notre vie ? La joie, la douleur, la mort n’ont pas de sens sans la foi. À quoi sert de faire baptiser son enfant si on ne l’aide pas à grandir dans la foi, en ne priant jamais avec lui, ou ne lui enseignant jamais les valeurs chrétiennes ?

Le film montre comment Carlo vivait parmi sa famille, ses amis… Comment un jeune peut-il, dans sa famille et auprès de ses proches, se mettre à son école ?

Il faisait son examen de conscience tous les soirs : ai-je fait le bien que je pouvais faire avec mes amis ? Me suis-je bien comporté avec mes parents, mes professeurs ? Il se confessait chaque semaine, et confessait même les péchés véniels. Il était très strict, mais faisait cet effort car il voulait faire plaisir à Dieu, dont il avait la conscience qu’il nous regardait toujours. Fondamentalement, la clé de la sainteté, c’est d’aimer. Pour cela, il faut imiter les saints, qui sont des témoins de l’amour de Dieu et qui nous montrent ce qu’est la sainteté. Les jeunes – et moins jeunes – doivent eux aussi être, pour leurs proches, des témoins de l’amour de Dieu. Ils ne sont pas exempts de l’exigence que représente l’exemplarité : si je dis que je crois en Dieu et que je me comporte mal, comment pourrais-je être un témoin véritable ?

On voit que sa sainteté évangélisait autour de lui, à commencer par vous, ou encore Rajesh Mohur, Mauricien hindou qui s’occupait de lui en l’emmenant notamment à l’adoration eucharistique…

Carlo évangélisait de manière très « légère ». Il n’était pas autoritaire, et n’assénait jamais : « Moi je suis saint et vous des pécheurs ! » Il était très doux et parlait de Dieu avec la simplicité et la spontanéité de celui qui vit l’union avec Lui. Et il rendait les autres amoureux de Dieu ! Il ne parlait jamais mal de quelqu’un, il était très généreux… Tout cela, il le puisait dans la messe quotidienne et l’adoration eucharistique.

Carlo est mort à 15 ans, mais sa sainteté est universelle : en quoi des adultes, même âgés, peuvent-ils s’inspirer de lui ?

Carlo a tout simplement mis Dieu à la première place. Cela, tout le monde peut le faire. Voyez saint Dismas, le Bon Larron : lui, qui fut crucifié en même temps que le Christ, est le premier canonisé ! C’est un signe de grande espérance… Même à 90 ans, nous pouvons encore nous convertir ! Peu importe les péchés que nous avons commis : si nous nous repentons sincèrement et que nous voulons commencer à mener une vraie vie chrétienne en mettant Dieu à la première place, alors tout devient possible ! D’autant que, pour nous aider, nous avons les sacrements de l’Église. Nous avons aussi la prière, le chapelet, le fait de mener une vie charitable… Nous avons tous les instruments pour être saints. L’important est de dire « oui » à Dieu et de le laisser nous transformer.