Léon XIV : « L’avenir se construit dans les familles » - France Catholique
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Léon XIV : « L’avenir se construit dans les familles »

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Léon XIV : « L’avenir se construit dans les familles »

Léon XIV : « L’avenir se construit dans les familles »

Léon XIV a refermé le 6 janvier la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre. Depuis son élection, le 8 mai 2025, et tout au long de l’année écoulée, il a marqué un intérêt tout particulier pour les familles. Car c’est en leur sein qu’éclot la foi. Le Pape appelle les parents à la transmettre avec amour, dans la prière et par les sacrements. Et les jeunes à témoigner avec enthousiasme de leur amitié avec le Christ.
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Enthousiasme. Le 1er décembre 2025, lors de son voyage apostolique au Liban, Léon XIV a rappelé le sens de ce mot, souvent ignoré, devant les milliers de jeunes venus l’écouter près de Beyrouth : « “Enthousiasme” signifie “avoir Dieu dans l’âme”. » C’est en effet ce que nous apprend l’étymologie, puisqu’on trouve Dieu en son centre : theos, en grec. Si les jeunes ont alors chaleureusement acclamé ses paroles, le Pape n’avait pas manqué de souligner auparavant que l’enthousiasme n’est pas seulement le fruit d’un tempérament heureux, d’une disposition naturelle à la joie, mais qu’il suppose aussi le recueillement. Et, prenant l’exemple de saint Charbel, ce saint si prolixe en miracles, dont « les yeux sont toujours représentés fermés […] pour mieux voir Dieu », Léon XIV a livré à son jeune auditoire le secret d’un enthousiasme authentique et durable : « Dans un monde de distractions et de vanités, prenez chaque jour un temps pour fermer les yeux et pour regarder Dieu seulement. S’il semble parfois silencieux ou absent, il se révèle à ceux qui le cherchent dans le silence. Tout en vous efforçant de faire le bien, je vous demande d’être contemplatifs comme saint Charbel : en priant, en lisant l’Écriture sainte, en participant à la messe, en vous attardant à l’Adoration. »

Le Christ est « le point d’ancrage »

Est-ce un hasard si c’est au Liban, dans ce pays meurtri depuis longtemps par la guerre et les divisions, que le Pape a délivré ce message d’espérance ? Là-bas comme ici, il ne s’agit pas, en ce début d’année, d’ignorer les épreuves du temps mais de les surmonter en cultivant « en permanence une véritable amitié avec Jésus par la force de la prière », disait Benoît XVI. « Là où il y a la haine, que je mette l’amour », demandait au Seigneur saint François d’Assise, dans la belle prière qu’a aussi récitée le Pape au Liban. Dieu est la solution, et le Christ « le point d’ancrage » de tout fidèle. « Chef, il nous guide ; voie, il nous fait marcher en lui ; patrie, il nous dirige vers lui-même », résumait saint Augustin – si cher à Léon XIV, qui le cite souvent dans ses discours, comme il cite volontiers saint Ambroise. « Le Christ est tout pour nous, proclamait cet autre Père de l’Église. Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin ; si la fièvre te brûle, il est la source ; si tu es opprimé par l’iniquité, il est la justice ; si tu as besoin d’aide, il est la force ; si tu crains la mort, il est la vie ; si tu désires le ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière. »

Léon XIV n’a pas cessé de dispenser cet enseignement depuis le début de son pontificat : « Ne vous limitez pas à la seule connaissance théorique, mais vivez votre foi de manière concrète, a-t-il recommandé, le 29 juillet 2025, aux néophytes et catéchumènes français venus à Rome participer au Jubilé. Il est essentiel de faire l’expérience de Dieu dans la prière, la pratique des sacrements, particulièrement la redécouverte du sacrement de réconciliation, et la vie communautaire, afin de grandir dans la foi et dans l’amour ».

Les familles : « de petites églises domestiques »

Surtout, le Pape arrime cet enseignement à la pastorale de la famille que déploie l’Église depuis ses origines. Il y a, entre l’Église et les familles, une connivence naturelle que Léon XIV se plaît à souligner régulièrement, comparant les familles à de « petites églises domestiques » et l’Église à « la famille de Dieu ». Les familles ne sont pas une construction politique imaginée par l’homme, à laquelle on adhérerait par contrat, mais le fruit de l’amour divin. « Fondée sur l’union stable entre un homme et une femme », consacrée par le sacrement du mariage (discours au Corps diplomatique, 16 mai 2025), la famille fait bel et bien partie du plan de Dieu car elle « trouve son origine dans l’amour avec lequel le Créateur embrasse le monde créé ».

À ce titre, les familles sont bien « le berceau de l’avenir de l’humanité ». On n’y apprend pas seulement les règles de civilité : aux parents d’éduquer leurs enfants « à la liberté par l’obéissance, en recherchant toujours en eux le bien et les moyens de le faire grandir » ; aux enfants de leur témoigner la reconnaissance qu’ils leur doivent ; aux grands-parents – car le Pape ne les oublie pas – de veiller sur tous avec l’humilité et la patience que les années enseignent. Mais surtout, c’est au sein des familles que « la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur », a souligné le Saint-Père le 1er juin 2025, à l’occasion du Jubilé des familles, des enfants, des grands-parents et des personnes âgées. « Le monde d’aujourd’hui, a-t-il ajouté, a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu », la mission des parents étant de « rendre leurs enfants conscients de la paternité de Dieu ».

Comme il est bon de méditer l’exemple des saints, Léon XIV a cité comme modèles de familles fécondes celles que fondèrent Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse, mais aussi les bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, un couple de laïcs italiens qui « vécut une vie ordinaire de manière extraordinaire », rappela Jean-Paul II lors de leur béatification en 2001 : « Au centre [de leur vie], l’Eucharistie quotidienne, à laquelle s’ajoutait la dévotion filiale à la Vierge Marie, invoquée avec le Rosaire récité chaque soir, et la référence à de sages conseillers spirituels. Ils ont ainsi su accompagner leurs enfants dans le discernement de leur vocation. » Leur fils aîné devint prêtre et le second moine trappiste ; leur première fille entra elle aussi dans les ordres et leur dernière enfant, Enrica, laïque consacrée, a été déclarée vénérable par le pape François en 2021.

« Pêcheurs de familles »

La famille est bien « le premier noyau ecclésial auquel le Seigneur confie la transmission de la foi et de l’Évangile » (discours du 2 juin 2025). Voilà pourquoi Léon XIV a appelé les évêques à devenir des « pêcheurs de familles » – et les laïcs à participer à leur mission, se faisant, à leurs côtés, « des pêcheurs de couples, de jeunes, d’enfants, de femmes et d’hommes de tous âges et conditions, pour que tous puissent rencontrer Celui qui seul peut sauver ». La famille est par essence missionnaire. Éduqués dans la foi, les enfants sont « comme des pousses d’olivier » (Ps 127) qui, à leur tour, vont contribuer à répandre la Bonne Nouvelle. De l’amitié avec le Christ naît « un mode de vie qui porte en lui le caractère de la fraternité ».

« Amis, donc témoins. […] Témoins, donc missionnaires » : dans son message pour les Journées mondiales de la jeunesse 2027, le 23 novembre, Léon XIV n’a pas manqué de rappeler que le Christ avait envoyé les Apôtres en mission. Au cours de l’année écoulée, il n’a cessé de dire aux jeunes, comme un père à ses enfants, que l’Église avait besoin, pour grandir, qu’ils témoignent de l’amour du Christ en devenant « des disciples missionnaires ». Les exhortant à « répondre avec enthousiasme au Seigneur qui nous appelle à travailler sans sa vigne. Ne tarde pas, retrousse tes manches, car le Seigneur est généreux et tu ne seras pas déçu. » Quelle autre promesse que celle du Saint-Père pourrait-on former pour cette nouvelle année ?

« Le sanctuaire de la famille »

S’il fallait une preuve supplémentaire de l’attention que Léon XIV porte aux familles, il suffirait de citer son discours aux membres du Corps diplomatique, le 16 mai 2025, huit jours après son élection : « Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, “une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile” ». Léon XIV faisait ici référence à Léon XIII qui affirmait aussi, dans l’encyclique Rerum novarum (1891) : « C’est une erreur grave et funeste de vouloir que le pouvoir civil pénètre à sa guise jusque dans le sanctuaire de la famille. »

Rappelant plus récemment ce que la civilisation occidentale doit aux chrétiens, Léon XIV précisait : « Je pense en particulier aux riches principes éthiques et aux modèles de pensée qui constituent le patrimoine intellectuel de l’Europe chrétienne. Ils sont essentiels pour préserver les droits conférés par Dieu et la dignité intrinsèque de chaque personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle » (discours aux membres du groupe « European Conservatives and Reformists » du Parlement européen, 10 décembre 2025). Un rappel plus que nécessaire, alors que le Sénat s’apprête à examiner les propositions de loi sur la fin de vie…
F. M.