Figure originale de la Gauche en France, Michel Rocard est mort samedi 2 juillet à l’âge de 85 ans, après avoir suivi un itinéraire douloureux. Ancien élève de l’ENA, inspecteur des finances, cet homme politique atypique a commencé sa carrière à gauche de la Gauche en pilotant le « Parti socialiste unifié », le PSU, une sorte d’OVNI de l’éventail idéologique des années 60 et 70, et l’a terminé à droite de cette même Gauche en manifestant une rare indépendance d’esprit. Entré en 1974, avec un métro de retard, au Parti socialiste rénové par François Mitterrand en 1971. Il a été kidnappé par celui-ci en 1988, et Mitterrand l’a « tué » politiquement de 1988 à 1991 en en faisant à la fois son Premier ministre et sa principale victime, selon le principe fameux : « J’embrasse mon rival, c’est pour mieux l’étouffer ».
Rocard était devenu à bien des égards un social-démocrate réformiste à la fois pragmatique, rigoureux et modéré. Mitterrand le « Florentin » était un politicien intrinsèquement démagogue et un parrain complaisant vis-à-vis des idéologues et des affairistes qui peuplaient les rangs du Parti socialiste. Michel Rocard était trop intègre pour faire carrière dans la France polluée par Mitterrand. Faute d’avoir pu devenir un Tony Blair à la française, Rocard va être impitoyablement marginalisé par le sectarisme et la jalousie des socialistes mitterrandiens. Il a terminé sa trajectoire exilé dans les dossiers diplomatiques lointains de l’Arctique et de l’Antarctique. Mais ressortie de la glace, sa mémoire pourra peut-être servir comme une référence plus saine et plus fraîche que celle de beaucoup de ses contemporains du microcosme politique. Chez Rocard, on trouve une certaine écologie morale.
