De Louis XVI à Léon XIV : la Concorde et la paix - France Catholique
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Le journal de la semaine

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De Louis XVI à Léon XIV : la Concorde et la paix

Le 26 septembre, Léon XIV célébrera la messe sur la place de la Concorde, qui fut le théâtre de la tragédie révolutionnaire. Impossible de l’oublier au moment où le Pape fera mémoire du sacrifice du Christ.
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Exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, anonyme, entre 1793 et 1798. Musée Carnavalet, Paris.

Tout voyage pontifical, même dans un pays déchristianisé, soulève de l’intérêt, dans l’enthousiasme ou dans l’opposition. Parmi les différentes étapes de la visite de Léon XIV en France, un des moments essentiels sera la messe célébrée en plein air place de la Concorde à Paris, tandis que les fidèles occuperont une partie des Champs-Élysées. Le lieu est sans doute choisi pour des raisons pratiques mais il est toujours possible de relever à quel point il est symbolique, la divine Providence se révélant également dans les moindres détails.

La plus grande place et la plus célèbre de Paris est une des cinq places royales, et la dernière en date pour sa construction et son aménagement, à l’aube de la Révolution. Elle fut l’apothéose architecturale du siècle des Lumières, l’achèvement de ce goût français qui fut copié par toutes les cours d’Europe. D’abord « place Louis-XV », elle se transforma en « place de la Révolution » en 1792, puis en « place de la Concorde » sous le Directoire, avant d’être rebaptisée « place Louis-XV » sous Louis XVIII et ensuite « place Louis-XVI », d’être transformée en « place de la Charte » en 1830, pour reprendre enfin le nom de « place de la Concorde » sous Louis-Philippe Ier.

Ces fluctuations recouvrent une histoire mouvementée et douloureuse car cette place fut le théâtre d’une des pages les plus sanglantes de notre Histoire pourtant riche en divisions, en confrontations, en luttes intestines, religieuses ou politiques. Cet écrin précieux, conçu par les meilleurs artistes du XVIIIe siècle déclinant – Ange-Jacques Gabriel, Edme Bouchardon, Jean-Baptiste Pigalle, etc. – est un lieu où palpite l’âme française dans toute sa complexité et ses contradictions. Un événement tragique, nommé « le grand étouffement », regardé à l’époque comme un signe de mauvais présage, illustra cet endroit lors des festivités données au peuple de Paris pour le mariage du dauphin avec Marie-Antoinette le 30 mai 1770 : 132 personnes périrent, piétinées et étouffées, lors d’une panique provoquée par la chute d’une fusée de feu d’artifice.

Centre de la fièvre révolutionnaire

La Révolution prit naissance ici, le 12 juillet 1789, lorsque les bustes de Jacques Necker et de Philippe d’Orléans y furent portés en triomphe, provoquant la charge des dragons du prince de Lambesc. Le lendemain, la populace pilla les armes déposées au Garde-Meuble de la Couronne, actuel hôtel de la Marine, avant de s’attaquer à la Bastille le 14. La « place de la Concorde » est donc, géographiquement, le centre de la fièvre révolutionnaire et elle le sera d’autant plus lorsque la guillotine y sera dressée à plusieurs reprises, d’abord ponctuellement, comme en octobre 1792 ou le 21 janvier 1793 pour l’exécution de Louis XVI, avant de s’y installer définitivement jusqu’à la fin de la Terreur.

En tout, sur cette place, 1 119 têtes tombèrent dans le panier du bourreau, celles des victimes de la Révolution, à commencer par le roi et par la reine, Charlotte Corday, Madame Rolland, Olympe de Gouges, Madame du Barry, Malesherbes, Lavoisier, mais aussi des acteurs de cette Révolution qui mangea ses enfants : Danton, Philippe d’Orléans, Camille Desmoulins, Saint-Just, les Girondins, pour finir avec le grand ordonnateur de la Terreur, Robespierre, et ses amis. Bain de sang dont, jusqu’à ce jour, il n’est fait nulle part mention sur cette place, alors que le « devoir de mémoire » s’impose souvent de façon désordonnée. Pour que la concorde règne, encore faut-il se pencher sur les divisions afin de les surmonter et d’arriver au pardon.

Saint Thomas d’Aquin donne une définition claire de la concorde qui diffère de la paix. Cette dernière est un accord intérieur, tandis que la première est un accord extérieur avec l’autre : «[L’]union intérieure n’est pas de l’essence de la concorde. Ainsi donc, la concorde implique l’union des tendances affectives de plusieurs personnes, tandis que la paix suppose en outre l’union des appétits dans la même personne» (Somme théologique, IIa-IIae, q. 29, a. 1, rep.). La concorde est donc essentielle pour unir les individus entre eux, personnes qui ont des intérêts, des points de vue différents. Mais c’est la paix, intérieure, qui produit la concorde, extérieure. Cette dernière ne peut être si la paix n’est pas, si elle n’a pas été rétablie par une véritable réconciliation. La concorde doit être harmonie entre les différentes parties. Comme l’écrit Cicéron : «Ce que les musiciens nomment harmonie dans la musique, dans l’État, c’est la concorde» (De la République, II. 69). Il ne suffit point de proclamer, comme le libre-penseur du XIXe siècle, François-Marie Robert-Dutertre : «Soyons unis; que des siècles de haine / Tout souvenir en nous soit effacé. / Peuples, n’ayons qu’une même patrie, / De nos combats oublions le chemin; / Ô liberté! Divine idolâtrie! / À ton autel serrons-nous tous la main» (Les loisirs lyriques, Concorde et liberté).

Acte de réparation

Le vœu louable du Directoire fut d’œuvrer à la réconciliation nationale en transformant la « place de la Révolution » en « place de la Concorde » et en abattant la statue de la Liberté coiffée du bonnet phrygien qui avait remplacé le Louis XV équestre détruit lors de l’abolition de la monarchie. Cependant, aucune mesure de fond ne fut entreprise afin de réconcilier vraiment les cœurs et les âmes blessés. Cette plaie subsiste car aucun acte de réparation ne fut effectué. Peut-être, de manière fort providentielle, la célébration de la Sainte Messe par le Souverain pontife, au lieu même de ce déchirement que fut pour la France chrétienne la décapitation de son roi, sera-t-elle un sacrifice efficace pour recoudre la tunique déchirée de notre pays. Louis XVI, du haut de l’échafaud, avait adressé à la foule ces ultimes paroles, couvertes par le battement des tambours : «Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France.» À peine le couteau tombé, «un citoyen monta sur la guillotine, rapporte Prudhomme, journaliste révolutionnaire, dans Les Révolutions de Paris, n° 185, et plongeant son bras nu dans le sang de Capet qui s’était amassé en grande abondance, il en prit des caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des assistants qui se pressaient au pied de l’échafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le front: « Frères, disait le citoyen en faisant son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes ; eh bien ! qu’il y retombe. » »

Ces terribles mots, résonnant encore sur cette place, peuvent être retournés et effacés par les mots sacrés de la célébration pontificale, le sacrifice du Christ, de nouveau sur l’autel, donnant sens au sacrifice de toutes les victimes de notre tragédie nationale. Ainsi la concorde pourra-t-elle être réelle et non point seulement un mot sur une plaque d’émail.