La première journée du voyage pontifical sera à la fois politique et spirituelle. Dès son arrivée à Paris, le vendredi 25 septembre au matin, Léon XIV s’entretiendra avec le président Macron et les autorités civiles du pays, avant de se rendre à l’Unesco à 15h. « Ses paroles seront très importantes car il va s’adresser au monde entier dans cette organisation internationale. Il faudra bien écouter ce qu’il va dire… », prévient l’abbé François Dedieu, l’un des porte-parole de l’Église en Île-de-France pour ce voyage. Léon XIV pourrait y aborder la question de la liberté de l’éducation chrétienne – redevenue extrêmement sensible en France. Comme il l’a déjà fait en plaidant pour le développement intégral de la personne à travers l’éducation et le « droit premier et inaliénable » des parents à choisir l’éducation de leurs enfants, lors de sa rencontre, le 5 juin, avec le directeur général égyptien de l’organisation, Khaled Ahmed El-Enany Ali Ezz. Il reviendra sans doute aussi sur les enjeux cruciaux de l’intelligence artificielle.
Notre-Dame, le Stade de France et la Concorde
Après cette séquence politique, Léon XIV plongera dans sa visite apostolique, dont le but est de « conforter ses frères dans la foi, comme Jésus l’a demandé à saint Pierre », rappelle l’abbé Dedieu, en allant à la rencontre des catholiques de France. Le successeur de Pierre participera vendredi, en fin d’après-midi, aux vêpres dans la cathédrale Notre-Dame, entouré de 8 000 évêques, prêtres, religieux et séminaristes. Avant de se rendre au Stade de France, à Saint-Denis, pour une veillée de prière avec les jeunes. Dans cette ville, symbole d’une France divisée – l’une des plus islamisées de France, où reposent les « rois très chrétiens » dans leur basilique nécropole – le Saint-Père viendra prier et parler aux catholiques de 17 à 35 ans. « Le cadre donnera un côté assez intime à la rencontre », se réjouit l’abbé Dedieu. En effet, « seulement » 80 000 jeunes – 30 000 sont sur liste d’attente – pourront y participer. Parmi lesquels beaucoup de néophytes, assure l’abbé Dedieu : « Dans ma paroisse, les jeunes inscrits sont majoritairement des nouveaux baptisés, qui veulent rencontrer le pasteur de l’Église universelle, et les autres sont des jeunes couples. » Les saints qui ont marqué la France seront le fil rouge de la veillée avec cette jeunesse catholique en plein renouveau – ce qui étonne jusqu’au Vatican. De saint Denis à sainte Jeanne d’Arc, en passant par les martyrs du STO, sainte Geneviève, sainte Thérèse, saint Louis… Le Pape évoquera « la question de l’appel à la sainteté », explique le Père Philippe Néouze, l’un des organisateurs. « Les jeunes aujourd’hui ont un vrai désir de suivre le Christ de manière radicale. Le Saint Père les fortifiera dans cette dynamique en leur donnant des outils. » En particulier, comme il l’a fait aux 600 000 jeunes de Madrid, le 6 juin dernier, faire « l’expérience du silence », dans laquelle seule « Dieu peut nous parler ». La veillée sera accompagnée par une chorale de 2 500 jeunes, organisée par Ecclesia Cantic, en présence de la chanteuse Monroe, nominée à l’Eurovision.
Samedi 26, la journée culminera avec la célébration de la messe place de la Concorde et le long des Champs-Élysées. « Il est vivement conseillé de s’inscrire pour faciliter l’organisation », précise l’abbé Dedieu. Au-delà d’un moment de joie, de ferveur et de communion, cette célébration revêtira une dimension spirituelle fondatrice. En effet, sur cette ancienne place Royale où Louis XVI fut guillotiné en 1793, le Pape célébrera le Saint Sacrifice à l’endroit même où s’élevait l’échafaud ayant vu périr le « Roi très chrétien » – un geste par lequel le peuple français avait alors officiellement rejeté Dieu, dont il avait reçu son pouvoir. Ainsi, le Souverain pontife, « pont » entre Dieu et les hommes, offrira le sacrifice du Christ, qui réconcilie l’humanité avec Dieu. Bien plus qu’un symbole, c’est un acte de réparation spirituelle qui s’accomplira : après le sang versé du « père de la nation », c’est le Sang du Fils de Dieu qui se répandra sur la France (lire aussi page 28).
La lumière à Lourdes
Léon XIV s’envolera ensuite pour Lourdes, où il ira, dès son arrivée le samedi soir, prier à la grotte de Massabielle, là où la Vierge Marie, sainte patronne de la France, apparut à sainte Bernadette pour lui confier le message de l’Immaculée Conception, victorieuse du démon. Le thème du voyage, « Pour que le monde ait la vie » prendra là « une résonance toute particulière », prévient David Torchala, responsable de la communication du sanctuaire, « en rejoignant profondément le charisme de Lourdes car ici la vie est accueillie et accompagnée dans toutes ses fragilités. Ce thème n’est pas une formule abstraite. C’est une réalité qui se donne à voir chaque jour ici, dans les visages des pèlerins, des malades et de tous ceux qui viennent chercher ici une lumière et une espérance… » L’évêque du lieu, Mgr Micas, a déclaré être « convaincu que le Pape transmettra et même renforcera le message que l’Église de France n’a cessé de marteler sur ce sujet », quelques jours seulement après la provocante promulgation de la loi sur la fin de vie par Emmanuel Macron. Le dimanche, après une rencontre avec les évêques, qui fixera leur feuille de route pour les années à venir, le Saint-Père célébrera la messe sur la grande esplanade du sanctuaire.
Dans l’après-midi, il rencontrera en privé des religieuses de vie contemplative, au sein du Carmel de Lourdes. Une des nouveautés du programme officiel publié début août, qui montre l’importance de la vie contemplative dans l’Eglise… « L’attention du Pape à cette vie cachée, est un appel lancé à tous pour rappeler que l’Église ne vit pas seulement de ses œuvres extérieures mais également de cette charité qui se reçoit dans le silence de la prière », rappelle un religieux carme. « La petite Thérèse concevait sa vie de Carmélite comme étant le cœur invisible de l’Église. Par extension, une nation comme la France ne rayonne pas seulement par ce qu’elle fait de bien mais aussi et surtout de ces âmes qui, en son sein, prient dans le silence. Le témoignage des Carmélites de Compiègne, récemment canonisées, est là pour le rappeler, elles qui ont offert leur vie pour l’Église et le retour de la paix en France, durant la Terreur. »
Le soir, Léon XIV participera à la traditionnelle procession aux flambeaux, au milieu des malades et des pèlerins. Enfin, le lundi 28, sa visite s’achèvera à Metz, où il participera à une rencontre sur le thème des racines de l’Europe, avant de célébrer la messe à la cathédrale Saint-Étienne.
Prier dans l’attente du Pape
Dans l’attente de cette visite qui suscite beaucoup d’enthousiasme, au vu des inscriptions très rapides dès l’ouverture le 10 août, les évêques de France ont invité tous les catholiques à prier pour la fécondité de cette visite en France. En Espagne, en juin dernier, 91 % des personnes sondées dans une enquête, déclarent que le voyage pontifical a « consolidé leur relation personnelle avec Dieu », 82 % assurent « mieux comprendre la figure de Jésus-Christ » et 79 % « le rôle de l’Église ». Sans oublier les 19 % qui assurent avoir saisi « l’importance de la prière et de la rencontre personnelle avec Dieu ». En ira-t-il de même en France ? L’abbé Dedieu en est convaincu : « La présence rayonnante de Léon XIV et ses paroles fortes peuvent, avec la puissance de l’Esprit Saint, conduire beaucoup de personnes en recherche spirituelle à reconnaître la vérité du Christ dans l’Église. Il va également encourager et consolider l’élan de renouveau très fort à l’œuvre dans l’Église en France. Et ses prises de parole politiques seront aussi très importantes. C’est pour cela qu’il faut prier dès maintenant pour cette visite », assure-t-il.
