Ce que les États-Unis doivent à la France catholique - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Ce que les États-Unis doivent à la France catholique

Les Français ont joué un rôle capital dans le développement de la foi catholique aux États-Unis. Une histoire aussi passionnante que méconnue.
Copier le lien

© Facebook St. Mary Ecumenical Institute

La France n’a pas seulement participé, de façon décisive, à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, par les victoires de Chesapeake et de Yorktown qui décidèrent du sort des armes. Dans un pays très majoritairement protestant à sa naissance, elle a contribué à l’ancrage de la foi catholique, en y « exportant » des prêtres qui formèrent le clergé dont l’Amérique avait besoin.

Tout a commencé dans la Nouvelle-France, cet immense territoire que la France possédait sur le continent américain depuis le XVIIe siècle : «la quasi-totalité du Canada actuel et plus du tiers des États-Unis» qu’on appelait alors la Louisiane, précise Charles Vaugirard dans Les Racines françaises du catholicisme américain (Pierre Téqui éditeur). Selon le vœu de Richelieu, la France y avait développé une intense activité missionnaire «afin d’essayer, avec l’assistance divine, d’amener les peuples qui y habitent à la connaissance du vrai Dieu». Les jésuites seront le fer de lance de l’évangélisation des autochtones, souvent au prix de leur vie, comme en témoigne le martyre du Père Jean de Brébeuf, massacré par les Iroquois en 1649 (cf. FC n° 3871). On ne peut oublier non plus l’action pionnière de sainte Marie de l’Incarnation qui fonda en 1642, à Québec, un monastère des Ursulines où furent catéchisées des Amérindiennes, huronnes et algonquines.

À l’issue des conflits qui secouèrent l’Amérique du Nord, ces vastes possessions allèrent soit à l’Angleterre, soit aux États-Unis – qui achetèrent la Louisiane à Bonaparte en 1803. Après avoir exporté la foi catholique dans cette partie du monde, la France semblait n’avoir plus rien à y faire à l’aube du XIXe siècle. Dépossédée de ses territoires par les Anglo-Américains, elle continua pourtant d’y jouer un rôle essentiel, qui laisse penser qu’elle avait été missionnée pour que l’Église s’y épanouisse.

La capitale du catholicisme

Rendons quand même aux Anglais ce qui leur appartient : dès le XVIIe siècle, certains colons catholiques avaient fui l’Angleterre où les anglicans les persécutaient. En 1632, ils avaient fondé la province de Maryland, dont la ville principale, Baltimore, est aujourd’hui considérée comme la capitale du catholicisme américain : c’est le siège du premier diocèse créé aux États-Unis, le 6 novembre 1789, de sorte que l’archevêque de Baltimore tient le premier rang protocolaire parmi ses confrères (lire entretien page14). Mais à cette date, le faible contingent de catholiques américains manquait cruellement de prêtres : on n’en comptait que 27 – formés entre autres en France et aux Pays-Bas – pour 25 000 fidèles.

C’est alors qu’éclata la Révolution française. Pressentant qu’elle allait bientôt persécuter prêtres et religieux, le supérieur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, le Père Jacques-André Émery, répondit alors à l’appel de l’évêque de Baltimore : Mgr John Carroll recherchait des enseignants pour le séminaire qu’il projetait de créer. Au siècle précédent, les Sulpiciens avaient été reconnus comme «une compagnie de prêtres séculiers dédiés à Notre-Seigneur pour servir son clergé».

Le rôle décisif des Sulpiciens

Déjà présents au Canada depuis les années 1640, ils allaient fonder à Baltimore, en 1791, le séminaire Sainte-Marie qui comptera plus de 300 séminaristes à son apogée : c’est là que fut formé le clergé américain du XIXe siècle. Tous les supérieurs de cette école sacerdotale furent français jusqu’en 1902 ! Le dernier d’entre eux, le Père Alphonse Magnien, était né en Lozère en 1837. Ordonné par Mgr Dupanloup à Orléans, il avait traversé l’Atlantique en 1869. «Prêtre français devenu père spirituel de toute une génération de prêtres américains, il témoigna de cette transmission exigeante, patiente et fidèle qui permit à l’Église catholique de s’enraciner durablement aux États-Unis», résume Arnaud Bouthéon (Les Racines françaises du catholicisme américain).

Rapidement, les prêtres français essaimèrent sur tout le territoire américain, Baltimore ne pouvant plus accueillir tous ceux que la Révolution chassait de France. La communauté catholique grandissant, plusieurs diocèses furent créés, dont il fallait désigner les pasteurs : de 1808 à 1903, les Français fournirent 44 évêques aux États-Unis, de Boston à Santa Fe, de Denver jusqu’à La Nouvelle-Orléans ! « Le troisième archevêque de Baltimore était un Français, MgrMaréchal, tout comme le troisième évêque de New York, MgrDubois», précise Charles Vaugirard.

C’est aussi un Français qui fut nommé, par Pie VII, évêque du premier diocèse créé dans les territoires indiens des États-Unis. Né en 1763 à Contournat, en Auvergne, Mgr Benoît-Joseph Flaget avait enseigné la théologie à Nantes puis à Angers avant d’embarquer pour Philadelphie en 1792. Fondé alors que les États-Unis commençaient leur expansion vers l’ouest, le diocèse de Bardstown, dont il devint titulaire en 1808, couvrait l’équivalent de sept États, du Michigan au Tennessee ! Il y fit venir des Dominicains, des Trappistes, des Sœurs de la Charité de Nazareth. Il fonda des paroisses, des dispensaires, des écoles, des collèges. Il défendit la cause des Amérindiens face au gouvernement et ne quitta sa charge qu’à l’âge de 84 ans, pour raison de santé.

Le Sacré-Cœur aux États-Unis

Les Français, qui se distinguèrent par leur zèle pastoral, mirent aussi leurs compétences au service de l’éducation : réputée pour son excellence, l’université catholique de Notre-Dame-du-Lac, dans l’Indiana, fut fondée en 1842 par un prêtre de la congrégation de la Sainte-Croix, le Père Édouard Sorin.

Mais surtout, ils contribuèrent à façonner la spiritualité américaine en « familiarisant » les Américains avec le Sacré-Cœur. C’est en effet sainte Philippine Duchesne, arrivée en 1818 à La Nouvelle-Orléans, qui installa aux États-Unis la Société du Sacré-Cœur de Jésus. «Sa vie, écrit Charles Vaugirard, incarne la persévérance, l’audace apostolique et la confiance absolue dans le Cœur du Christ» – auquel les États-Unis se sont consacrés le jeudi 11 juin. 

Les Racines françaises du catholicisme américain. Douze missionnaires aux États-Unis, Charles Vaugirard, Pierre Téqui éditeur, mai 2026, 148 pages, 16,90 €.