Une naissance artificielle ?

par Gérard Leclerc

mercredi 26 juin 2019

Abordant hier la question du politique confronté à des défis d’ordre anthropologique, j’insistais sur la nécessité de les considérer dans leur véritable dimension. On ne négocie pas le sort de l’enfant dans le domaine de la procréation, en fonction des intérêts des uns et des autres, en fonction de revendications catégorielles. On réfléchit à des préalables philosophiques sur le sens de la procréation, celui de la différence sexuelle et surtout sur le mystère de la naissance auquel l’existence d’un chacun est irréductiblement liée. C’est faire de la philosophie, dira-t-on, et tout le monde n’y est pas forcément prédisposé. Peut-être, mais alors il faut changer de sujet… Tout de même, il y a certaines données élémentaires qui sont le bien commun de tous et auquel nul ne saurait échapper. Simone Weil, la philosophe, cette étonnante Antigone pour notre temps, en était persuadée : « N’importe quel être humain, écrivait-elle, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans le royaume de la vérité réservé aux génies, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d’attention pour l’atteindre. »

Cet effort d’attention, en matière de bioéthique, est tout à fait impératif. Il s’impose absolument dès lors qu’il s’agit de procréation humaine. Sommes-nous en train de changer fondamentalement la condition humaine ? Nous sommes bien obligés de nous le demander, dès lors que notre relation au corps est sur le point d’être transgressée. Quand on nous explique, par exemple, qu’il s’agit désormais de se passer de son corps et de surmonter notre état de mammifère pour confier notre constitution humaine à une ingénierie technique, il y a de quoi s’inquiéter, car la mutation qui s’annonce n’est pas seulement de l’ordre des moyens, elle se rapporte à une autre conception de l’humanité. L’enfant n’est plus engendré par un homme et une femme, mais comme un être surgi d’une sorte de volonté faustienne.

C’est une philosophe, Sylviane Agacinski, qui dans un véritable manifeste intitulé L’homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué (Gallimard), nous appelle à entrer dans cet ordre de vérité, qui nous touche tous. On ferait bien de la lire, avant de légiférer, notamment lorsqu’elle nous interpelle : « Les femmes doivent s’interroger sur le fait de provoquer de manière artificielle la naissance d’un enfant a priori privé de géniteur. »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 juin 2019.

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