Du désaccord en politique

par Gérard Leclerc

mardi 25 juin 2019

La perspective du débat parlementaire sur la bioéthique, avec l’extension de la procréation médicalement assistée, nous promet de sérieux affrontements. Mais ne vivons-nous pas désormais sans cesse une situation d’affrontement, parce que, tout simplement, nous sommes en désaccord, et que ce désaccord a des dimensions philosophiques radicales ? Le régime de démocratie libérale semble favoriser des accords entre citoyens grâce aux possibilités de négociations qu’il permet. On peut négocier jusqu’à un certain point sur des intérêts matériels, même lorsque des visions idéologiques contraires s’opposent. Mais lorsque ce sont les convictions, les conceptions de l’existence qui s’opposent, on s’interroge sur la possibilité d’une négociation. Les idées ne se négocient pas, les convictions ne sauraient composer entre elles, sous peine de ne plus être des convictions, mais de simples opinions.

Attention ! Dire que les idées ne se négocient pas ne veut pas dire que ceux qui les portent n’échangent pas entre eux. Bien au contraire, l’échange constitue la première qualité de la vie intellectuelle. Mais je ne suis pas persuadé que nos désaccords actuels nous conduisent vraiment à échanger avec l’intensité qu’il conviendrait. Emmanuel Macron me pardonnera, mais l’opposition qu’il a établie, dès sa campagne présidentielle, entre conservateurs et progressistes, ne me paraît pas propre à faciliter cet échange. Elle aboutit, à l’opposé, à figer les postures, camp contre camp. Le qualificatif conservateur est souvent brandi comme une disqualification de l’adversaire, le progressiste s’arrogeant tous les avantages de l’esprit ouvert, généreux et tendu vers les promesses de l’avenir.

Sans doute y a-t-il aujourd’hui en France une famille qui se réclame, sans complexe, du conservatisme et fait briller les avantages de la fidélité à ce qu’il y a de pérenne dans notre humanité. Mais sur le terrain politique, on peine à dépasser les disqualifications réciproques, alors même qu’il serait urgent que chacun s’affirme dans ce qu’il a de meilleur à proposer. Mais il faudrait consentir à un effort supérieur pour accéder à une réflexion qui nous éclaire sur les enjeux les plus graves de notre temps.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 juin 2019.

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Messages

  • Faudra-t-il passer au tamis du politique des questions éthiques ou morales qui divisent indéniablement les opinions des uns et des autres ?

    Le couple, la filiation, la procréation médicale assistée et sans doute la gestion pour aujourd’hui deviendront ils des objets de la politique après avoir été des choix personnels de la vie des familles ?
    Le sujet est difficile, complexe et sans réponse satisfaisante pour tous.

    Les avis se partagent entre les conservateurs et les progressistes sans doute mais encore entre les mondes qui cohabitent sur de telles pratiques qualifiées diversement, d’opportunités laissées aux couples, par conviction ou par défaut.

    La médecine est elle même dépassée par les conséquences probables de ces expériences qui n’ont d’objectif immédiat que de satisfaire des demandes aux suites imprévisibles.

    Si tout se passait comme dans le meilleur des mondes il n’y aurait pas d’enfants sans père, ou de père de présence irrégulière au foyer, de femmes épouses et mères seules sans garantie d’assistance accompagnée et suivie dans le cursus de l’enfance des progénitures, d’abandons d’enfants à une éducation laissée libre, sans contrainte familiale, ou de repères facultatifs.

    La Procréation médicalement assistée pose à frais nouveaux le statut de l’enfance, de sa naissance à l’âge adulte.

    Elle existe déjà pour nombre d’enfants privés de parents stables, ou précaires.

    Elle risque d’accroître les statuts familiaux déjà complexes et pléthoriques, car parler du modèle comme universel et uniforme est déjà dépassé dans les faits avérés des familles.

    On semble entrer dans un autre monde, que celui qui fut celui de beaucoup, entouré de parents, grands parents et parfois de quatre générations qui se suivaient et se soutenaient entre elles.

    La société deviendra individuelle, à risque et à problème. Elle l’est déjà !

    Il est constaté que si les divorces existent et ont existé dans le temps, les pacs et les pacs réitérés ne sont pas une exception sans nombre.

    Les responsables de la fonction publique et du bien commun seront-ils en capacité de résoudre ces situations quotidiennes, emmêlées dans des cas bien plus nombreux qu’on le pense.

    Les voir engendrer sans limite les exceptions devenues la règle est un défi majeur du temps qui vient.
    Demander à des politiques en fonction de proposer des solutions à ces problèmes ressemble à l’histoire de l’abeille qui butine son miel dans les arbres fleuris mais le miel est au goût amer des saisons qui manquent de lumière pour garnir la reine de l’essaim, de saveurs parfumées de l’été !

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