Seul dans les nuages :
« Une vie cachée » de Malick

Brad Miner, traduit par Vincent

vendredi 24 avril 2020

Franz Jägerstätter était un fermier autrichien qui refusa de prêter allégeance à Adolf Hitler et fut guillotiné par les nazis le 9 août 1943. Il a été béatifié en tant que martyr par Benoît XVI en 2007.

Sa vie est digne d’un grand film et j’étais vraiment excité de voir « Une vie cachée » (A Hidden Life), le nouveau biopic de Terrence Malick sur Bx Jägerstätter. Si vous n’avez jamais vu le film de M. Malick de 1978, Days of Heaven, vous devriez, et vous serez impressionné par son apparence, bien qu’une grande partie du mérite en revienne à Nestor Almendros, l’un des meilleurs cinéastes du siècle dernier. En tout cas, les films de Malick ont depuis lors été remarquables pour leur beauté visuelle.

Mais, M. Malick, bien que quelque peu visionnaire, n’est pas un animateur particulièrement accompli, ce qui a pour conséquence que ses films manquent de l’humanité qui découle d’une caractérisation et d’un langage vifs, et cela est particulièrement vrai de « Une vie cachée », qui comporte de très longues séquences dans lesquelles les personnages du film ne disent rien ou presque et ne font pas grand-chose non plus. C’est un peu comme une publicité de parfum.

Le travail de caméra de Jörg Widmer dans « Une vie cachée » est très bon, quoique quelque peu statique. C’est comme s’asseoir dans un cabinet médical, attendre entre la visite de l’infirmière et l’arrivée du médecin, et regarder un écran TVHD ou défilent une photo haute définition après une autre : des montagnes, des rivières et des lacs. Dans « Une vie cachée », c’est le paysage des Alpes tyroliennes d’Italie (qui remplace les montagnes autrichiennes), mais c’est le décor, interrompu seulement de temps en temps par des visages humains, généralement tournés de près pour montrer le sentiment humain : joie ou tristesse, apparemment les seules émotions qu’ils aient. Parfois, ces humains se parlent, bien qu’une grande partie du récit soit accomplie de façon épistolaire : des lettres entre Franz (August Diehl) et sa femme Franziska (Valerie Pachner).

Un aspect particulier du film est que lorsque ces Autrichiens parlent, c’est généralement en anglais, tandis que les Allemands parlent principalement allemand (sans sous-titres), bien que lorsque les personnages allemands parlent calmement à Jägerstätter, ils le font également en anglais, mais jamais quand ils sont en colère - comme ils le sont en général.

Jägerstätter et sa famille sont mis à l’écart (un prophète n’étant jamais le bienvenu chez lui), et lorsqu’ils sont maudits par les villageois de Sankt Radegund - où Jägerstätter est né, a grandi, s’est marié et a vécu jusqu’à ce qu’il fût arrêté pour son objection de conscience - ces mots explicatifs affluent également auf deutsch.

La tristesse s’ajoute à la tristesse, car Franz avait été un fils préféré du village, avant l’Anschluss - lorsque Sankt Radegund demeurait une communauté « seule dans les nuages ».

Une partie de l’histoire de Jägerstätter, que M. Malick ne raconte pas, est l’influence de sa femme sur la foi de Franz. Ensemble - dans la vraie vie - ils ont fait un pèlerinage à Rome et ont commencé à étudier sérieusement la Bible. Il est devenu franciscain du Tiers Ordre et était sacristain à l’église catholique locale. Malick se rapproche le plus de tout cela dans des scènes où Franz balaie l’abside de l’église ou tire une corde pour sonner. Et il y a une belle scène (sans Franz) d’une procession à travers la campagne, concomitante à des confirmations dont les enfants Jägerstätter sont exclus.

Pourtant, il n’est pas clair dans le film si le refus de Jägerstätter de participer à la guerre d’Hitler découle de sa religion ou de ses idées politiques. Il parle au prêtre local, puis à un évêque, qui sont tous deux moyennement sympathiques mais le pressent de servir dans l’armée - pour le bien de sa femme, de ses trois filles, de sa communauté et de sa patrie. Leurs arguments ressemblent beaucoup à ceux que beaucoup ont faits à St. Thomas More : il suffit de signer le serment ; Dieu saura ce qui est vraiment dans votre cœur.

Comme pour ces images défilantes du cabinet du médecin, Malick utilise de très nombreuses coupes : d’ici à là ; en avant et en arrière dans le temps. Trois monteurs sont répertoriés dans le générique du film. C’est fatigant à regarder, car, à travers les nombreux changements de scène, il se passe si peu de choses, et surtout parce que le film dure près de trois heures : 174 minutes pour être exact.

Je dois dire, et avec tout le respect que je dois à un bon cinéaste qui tourne de beaux films, c’est ridiculement long. Les arguments sur les raisons pour lesquelles il devrait dire « Heil, Hitler ! » sont signifiés à Franz non pas une ou deux fois mais une demi-douzaine de fois. Le travail autour de la ferme Jägerstätter est montré maintes et maintes fois, tout comme les promenades vers et depuis le village, ainsi que les confrontations tendues avec les villageois – et il y a tant de tout cela qui est tourné en silence.

Quand je suis rentrée chez moi après la projection, ma femme a demandé : Comment était le film ? » J’ai dit : « Interminable. »

C’est difficile à comprendre artistiquement, et la seule explication que je peux trouver est que Terrence Malick n’est pas un cinéaste généreux, c’est-à-dire qu’il se fait plaisir sans se soucier de son public.

Le film a été considéré par beaucoup comme catholique dans sa sensibilité. Peut-être. Mais je ne suis pas sûr que M. Malick ne soit pas, en fait, « en train de faire du Bergman », je veux dire par là redémarrer « Le Silence de Dieu » même d’Ingmar Bergman. En effet, « Une vie cachée » semble moins un témoignage de foi qu’un appel à l’apostasie à la manière de « Silence » de Martin Scorsese (2016). Comme je l’ai écrit dans ma critique de ce film, « l’apostasie devient un acte de charité chrétienne lorsqu’elle sauve des vies, tout comme le martyre devient presque satanique lorsqu’il augmente la persécution. »

Le prochain projet de Malick, « La dernière planère » (The Last Planet), concerne Jésus-Christ. Une personne impliquée dans ce film l’a appelé une « expérience hautement spirituelle » avec une « touche de genre sombre » sur la Bible. Basé sur « Une vie cachée », nous pouvons espérer que « sombre » et « changement de genre » n’indiquent pas un film du type de « La dernière tentation du Christ » de Scorsese. Nous verrons.

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