Traduit par Bernadette Cosyn

Pro-vie et pas uniquement anti-avortement

par Randall Smith

lundi 4 février 2019

Je tiens à m’excuser par avance de ne pas écrire sur l’agression des médias sociaux catholiques à Covington. Ce n’est pas que je ne crois pas qu’il y ait eu une terrible injustice perpétrée contre un jeune adolescent qui paraît avoir été totalement innocent. C’était une terrible injustice.

Et ce n’est pas que je sois indifférent au fait que la leçon finale que des parents puissent tirer de la réaction paniquée des responsables des mouvements pro-vie à une vidéo de propagande astucieusement réalisée est qu’aucun parent responsable n’acceptera plus à l’avenir d’envoyer son fils ou sa fille à la Marche pour la vie de peur qu’une vidéo arbitraire ne puisse causer du tort à leurs espérances universitaires ou professionnelles. Je me sens concerné.

Très franchement, je n’ai pas grand espoir non plus que toute cette affaire sordide ait finalement « donné une leçon à l’Amérique » sur les dangers des mobilisations des réseaux sociaux de sorte que « les choses soient différentes une autre fois ». Absolument pas.

Il suffit que vous lisiez les commentaires, même sur des sites internet catholiques. Tout le monde a déploré tout cela, alors il n’y a vraiment pas de raison pour que je le répète. Donc, avec votre permission, j’aimerais mentionner un autre sujet découlant de la Marche pour la vie.

Laissez-moi commencer par dire que je ne désire aucunement attacher la cause pro-vie à une kyrielle d’autres problèmes, avec pour résultat que la cause elle-même disparaisse de la vue. Les gens travaillant dans des organisations à but non lucratif appellent cela « mission insinuante » : vous commencez en faisant du bien pour un groupe, alors quelqu’un dit « et pourquoi pas ces gens ? », et ensuite ces autres, et « et tous ces autres ? » jusqu’à ce que, finalement, vous n’ayez plus de ressources suffisantes pour faire vraiment du bien pour qui que ce soit.

La coalition pro-vie est unie par une chose : une horreur partagée du meurtre des enfants à naître. Il y a de nombreux autres maux dans le monde : le trafic d’êtres humains, les abus sexuels sur enfants, les femmes et les filles maltraitées, spécialement au Moyen-Orient, la violation des droits de l’homme par des gouvernements autoritaires – la liste se poursuit tant et plus.

D’autres pourraient ajouter : la crise des réfugiés et des migrants, l’usage de la peine de mort, l’utilisation déséquilibrée des ressources mondiales pour faire des armes plutôt que pour secourir les pauvres. Ce sont de graves problèmes. Mais la coalition pro-vie ne tiendra pas si « être pro-vie » requiert d’avoir une opinion particulière bien définie sur chacun de ces problèmes moraux complexes.

Il peut y avoir des divergences de vue sur la nécessité de « bâtir un mur » sur notre frontière sud, mais cette différence d’opinion ne devrait pas nous interdire de lutter ensemble pour protéger la vie des enfants à naître, pas plus que des différends de plusieurs siècles entre catholiques et protestants ne devaient les autoriser à ne pas lutter ensemble pour protéger les juifs durant l’Holocauste. Ils n’avaient pas besoin d’être d’accord sur la transsubstantiation pour voter contre des lois limitant le droit de propriété pour les juifs. Pas plus que nous n’avons besoin d’être d’accord sur l’immigration ou même la peine de mort en vue de nous battre pour plus de justice pour les enfants à naître.

Et pourtant, ayant dit tout cela, il y a certains sujets si intimement reliés à la protection des enfants à naître qu’être « pro-vie » plutôt que simplement « anti-avortement » requiert que nous nous en préoccupions sérieusement. Ainsi, par exemple, l’état du Texas est un état très progressiste dans la bataille contre le fléau de l’avortement. (Et oui, j’utilise à dessein le mot « progressiste » rien que pour irriter nos camarades de l’autre bord et leur montrer ce que l’on ressent.)

Et pourtant, maintenant que les manifestants du Texas sont rentrés chez eux après la Marche pour la vie, ils pourraient regarder quelle sorte d’aide donne l’état pour soutenir les retardés mentaux, les sourds ou les trisomiques. La Californie est beaucoup moins progressiste et éclairée sur l’avortement, mais elle procure un meilleur soutien aux parents d’enfants handicapés.

Considérons une jeune mère vivant sous le seuil de pauvreté à qui on apprend qu’elle va donner naissance à un enfant retardé mentalement ou trisomique. Dans cette culture, cette femme et cet enfant sont face à un futur très incertain en terme de soins médicaux. Cette mère pourra-t-elle faire face aux dépenses de santé ? Y aura-t-il les aides dont elle et son enfant ont besoin ? Y aura-t-il une aide pour cet enfant quand il aura grandi, quand ses parents décéderont ? Ce sont toutes ces considérations qui peuvent faire que cette femme soit tentée par l’avortement.

Nos adversaires nous accusent de façon répétée d’être simplement « anti-avortement » et pas vraiment « pro-vie », de ne nous préoccuper que de l’enfant non né de la femme et pas de la femme elle-même, une accusation qui, tout à fait franchement, m’est toujours restée en travers de la gorge parce que j’ai connu des douzaines et des douzaines de femmes qui semaine après semaine, année après année, ont travaillé avec abnégation, pour un petit salaire ou sans salaire du tout, dans des centres de soins pour femmes, essayant d’aider des femmes enceintes afin que l’avortement ne soit pas un choix qu’elles se sentent obligées de faire.

Que fait le Planning Familial de ses millions pour aider les femmes enceintes à ne pas se sentir obligées d’avorter ?

Nos opposants disent d’eux-mêmes qu’ils ne sont pas « pro-avortement » mais « pro-choix », qu’ils protègent « les droits reproductifs des femmes ». Reconnaissons que tout en n’étant pas d’accord là-dessus, et bien que « pro-vie » puisse signifier bien des choses, être « pro-vie » et être « pro-choix » devraient tous deux signifier procurer le soutien nécessaire aux femmes et aux enfants, surtout ceux souffrant d’infirmités, de sorte qu’aucune femme ne se sente contrainte à avorter de peur que son enfant ne subisse un manque de soins médicaux, ce que nous savons être toujours le cas pour trop d’entre eux dans notre pays.

Rien de cela ne devrait justifier la mort d’un enfant à naître. Mais nous qui disons nous préoccuper de ces vies « de la conception à la mort naturelle » ferions mieux de le montrer en soutenant les programmes – tant publics que privés – qui prennent soin des handicapés – des programmes qui les traitent avec la dignité qu’ils méritent comme fils et filles du Dieu aimant en qui nous disons croire.


Randall B. Smith est professeur de théologie (chaire Scanlan) à l’université Saint-Thomas de Houston.

Illustration : la Marche pour la vie

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/01/30/neither-the-seamless-garment-nor-merely-anti-abortion/

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