Traduit par Pierre.

Ne nous soumettez pas à la tentation

par Thomas G. Weinandy, OFM,

mardi 8 janvier 2019

La discussion a été vive à propos de la suggestion de S.S. François de modifier la conclusion du « Notre Père » en Anglais — « lead us not into temptation » = « ne nous pousse pas à la tentation ». Dieu ne nous soumet pas à la tentation, ne nous incite pas au péché. Satan peut nous tenter de commettre le péché, certes pas Dieu. À cet égard, le Saint-Père exprime sa préférence pour les versions Française et Espagnole, « ne nous laissez pas succomber à la tentation ». La Conférence Épiscopale Italienne a récemment voté pour adopter une nouvelle formulation : « ne nous laisse pas tomber devant la tentation ».

D’un certain point de vue, la suggestion de S.S. François est évidente — le Père ne nous pousse pas vers le péché, nous n’avons donc pas à Lui demander de ne pas nous y inciter. Mais la prière que Jésus nous a enseignée ne nous pousse-t-elle pas à demander à notre Père des cieux qu’Il nous épargne les occasions où nous pourrions succomber au péché ?

Je ne crois pas. Selon Jésus demeure un argument théologique plus sérieux ; Il veut que nous en restions conscients dans nos prières adressées au Père.
On saisit le sens de cette demande dans la vie de Jésus. Sa vie est un exemple, devenant ainsi la clé pour comprendre le sens authentique de cette demande. De plus, tout comme dans la vie de Jésus, on ne peut comprendre la demande « ne nous soumets pas à la tentation » qu’accompagnée de la seconde : « délivre nous du mal. » C’est leur ensemble qui constitue vraiment l’imploration.

Quand l’Esprit Saint descendit sur Lui lors de Son baptême, Jésus entama le ministère de salut que le Père lui confiait. Cette "mission" relève de la déclaration du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » [Mt, 3:17]. Jésus, Messie ayant reçu l’onction, serait le fils loyal, soumis au Père, serviteur du Père souffrant pour le salut. [Cf : Is, 42 :1 et Ps, 2:7].

En conséquence, « Jésus fut emmené au désert pour être tenté pr le diable » [Mt, 4:1] ; Marc [1:12] le dit plus vigoureusement : « Et aussitôt, l’Esprit le poussa au désert. ».Le Père, avec l’intervention de l’Esprit Saint, jette-t-Il Jésus dans les mains tentatrices du diable ? Certes, non. La mission de Jésus, telle que définie par l’Esprit — serviteur chargé de souffrance — comporte son lot propre de tentations.

La peur de souffrir due à la mission de serviteur messianique s’empare naturellement de Jésus en sa nature d’homme, et, saisi par cette crainte, Il est soumis à la tentation. N’aurait-Il pas préféré la grandeur d’une mission messianique, exaltante et dépourvue de souffrances ? Par Son rejet des tentations du démon, Jésus rejette la gloire et le prestige sur terre — objectifs terrestres. Il demeure fidèle à la mission de salut confiée par le Père.

De même, en réponse à la déclaration de Pierre « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » [Mt, 16:16], Jésus précise que sa mission consiste à « s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. » [Mt, 16,21]. À quoi Pierre proteste, pour qui c’est impossible en raison même de la nature de Jésus. Jésus repousse Pierre : »Passe derrière moi, Satan ! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » [Mt, 16,23].

Comme Satan, Pierre donne à Jésus la tentation d’être un Messie différent de celui pour lequel le Père a donné l’onction — le Fils-serviteur souffrant. La tentation de Jésus est réelle, Pierre est un véritable empêcheur Le discours de Pierre touche en Jésus une corde trop sensible au fond du cœur et de l’esprit pleins de frayeur, tentation que Jésus doit repousser.

Fils-serviteur loyal et soumis, Jésus se laisse mener vers le Jardin de Gethsémani. On y découvre un contraste frappant entre Jésus et Ses apôtres. L’heure fatale a sonné et Jésus sait que Son Père le mène vers la croix. Ainsi guidé, il est soumis à la tentation et prie le Père de lui épargner cette tentation et de le délivrer du mal. De plus, il exhorte Ses apôtres « veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. »[Mt, 26:41]. Jésus, par Sa prière, dominera sa tentation. N’ayant pas prié, les apôtres y échoueront.

Alors qu’Il souhaiterait si ardemment être épargné du supplice de la croix, Jésus maîtrise encore son cœur soumis à la tentation : « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » [Mt, 26:42].Jésus sait que son Père l’a envoyé sur terre pour accomplir cet instant même. « Maintenant, mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! » [Jn, 12:27].

Jésus reconnaît que Son Père ne lui épargnera pas cet instant de mort, mais il est confiant que Son Père le libérera de l’horreur de la mort dont l’heure est venue.

Par Sa crucifixion Jésus vit le "Notre Père". Sur la croix, Jésus sanctifie le nom de Son Père. Il établit le règne de Son Père sur terre comme au ciel, Il a fait la volonté du Père. Sur la croix, il obtient le pardon des péchés et pardonne à ceux qui ont péché contre Lui.

Et pourtant, sur la croix, Jésus est soumis à l’ultime, pire, tentation. Terrorisé, Jésus lance cet appel : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » [Mt, 27:46]. Faisant la volonté du Père, qui le mène, agonisant, à la mort, Jésus a un ultime sentiment d’abandon. Dans l’abandon apparent Jésus reste confiant, il sait que le Père ne l’a pas quitté.

Alors qu’il prononce le premier verset du Psaume 22, cri d’un profond désespoir, Jésus poursuit par les versets suivants : « Et toi, le Saint, qui habites les louanges d’Israël ! En toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais. » [Ps 22, 4,5]. Alors qu’il accomplissait la volonté du Père Jésus s’exposait à l’ultime tentation, ultime tentation qui mène à la prière confiante « Délivre-nous du mal. »

Son Père délivra Jésus non de la croix ni de la mort qu’il craignait tant mais du mal dû à la mort. Il le ressuscita des morts dans la gloire. Par cette ultime libération du mal, le Père prononce cette déclaration : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. ».

On peut alors voir la concomitance de : « ne nous soumettez pas à la tentation » et « délivrez-nous du mal ». Accomplissant la voloné du Père, Jésus était soumis à la tentation, et cependant il avait la certitude que Son Père le délivrerait de la mort et l’élèverait à la nouveauté de la vie éternelle.
Et donc, il n’y a pas qu’une composante actuelle à cette demande, la délivrance présente de la tentation, mais aussi, ce qui est encore plus important, un élément eschatologique dans la réunion des deux demandes, la délivrance définitive de tout mal. Cette délivrance repose sur la gloire de la résurrection, récompense pour l’obéissance à la volonté du Père. C’est ce que Jésus souhaite nous faire comprendre en nous enseignant la prière à notre Père.

Par notre désir de sanctifier le nom du Père, l’Esprit Saint, Esprit que nous avons reçu lors de notre baptême, nous guide pour faire la volonté du Père. Faire la volonté du Père nous mènera souvent, disciples de Jésus, à porter nos propres croix. Nos croix, tout comme pour Jésus, nous effraieront souvent — anxiétés relatives à notre vie conjugale, familiale, notre travail, notre santé, l’Église, le monde. Ainsi, faire la volonté du Père nous confrontera à la tentation — à la crainte du mal qui peut nous toucher et toucher ceux que nous aimons.

Quand dans notre prière nous disons « ne nous laissez pas succomber à la tentation » nous demandons au Père de nous libérer de la désobéissance à Sa volonté et ainsi de nous délivrer du mal encouru. De plus, nous prions ainsi, croyant que même si le mal s’empare de nous en ce bas monde, nous aurons la récompense d’avoir accompli la volonté du Père, à l’exemple de Jésus, pour la gloire éternelle que Jésus nous obtiendra à la fin des temps.

Cette compréhension Christologique de l’imploration « ne nous soumettez pas à la tentation mais délivrez-nous du mal » écarte, à mon avis, les interprétations plus simplistes et infondées qui appellent à modifier le texte du Notre Père, modification qui aurait pastoralement des répercussions désastreuses. Cette interprétation Christique est plus conforme à nos coutumes et à l’Évangile que nous nous efforçons de suivre.

Jésus, Fils de Dieu, nous a enseigné à prier chaque jour afin que notre Père, selon Sa volonté, nous épargne de la tentation et nous délivre du mal ; et, agissant ainsi, soutenus par l’Esprit Saint, nous sanctifierons le nom de notre Père sur terre et toujours au paradis.

Cap - 5 janvier 2019.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/01/05/lead-us-not-into-temptation-but-deliver-us-from-evil/

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? »
J. Tissot, vers 1890 - Musée de Brooklyn.

Note du traducteur : petit garçon, je disais le "Notre Père" appris alors, avec le "Vous", selon la coutume. Et si, pendant la Messe, je le récite, comme tous, selon la version actuelle et avec le tutoiement, je reste persuadé que notre Père du ciel entend favorablement toutes les versions en toutes langues.

Messages

  • Ce sujet, le "Notre Père", a été abordé et commenté à plusieurs reprises ici même au courant des années précédentes. L’article de Fr. Thomas Weinandy n’en reste pas moins intéressant bien qu’il eut peut-être été mieux apprécié s’il avait été un peu plus court.

    Cette prière "que Jésus nous a apprise" (selon une des formules utilisées au cours des célébrations eucharistiques) n’a été dite et écrite ni en français ni en anglais ni en danois ou autres mais nous a été transmise par une ou des traductions des évangiles. Un des aspect du "Notre Père" : il est composé de trois louanges vers Dieu et de quatre demandes qui Lui sont adressées (sauf erreur). Pour le reste à propos de : "ne nous soumettez pas à la tentation" ou en latin "et ne nos inducas in tentationem" etc... les explications sont nombreuses sur le fait que ce n’est pas Dieu, dans sa bonté de Père, qui nous pousse vers la tentation, ou qui nous livre à elle, ou que sais-je encore. Le pape François est, dit-on, satisfait de la formule française : "et ne nous laissez pas entrer en tentation", tant mieux.

    Il y a un ou deux ans le Père Arturo Sosa (supérieur général des Jésuites) a dit qu’au temps de Jésus il n’y avait pas d’enregistreur (autrement dit pas de preuves qu’Il aurait dit exactement ceci ou cela) et aussi que le diable était un "symbole". Beaucoup de fidèles en auront peut-être été scandalisés. Pour ne pas rester sur de possibles malentendus ne pourrait-on pas penser, à propos du "Notre Père" que nous demandons à Dieu de nous aider à ne pas céder à la tentation et au sujet du diable, qu’il existe bel et bien mais pas avec des cornes, une langue de feu, une fourche à la main etc. Pour le dire vulgairement : s’atteler à vouloir "couper les cheveux en quatre" risquerait de nous éloigner de la véritable signification des mots et des images.

    P.S. La "note du traducteur" est intéressante : "vouvoyer" ou "tutoyer" Dieu est-ce le plus important ? surtout que ces deux formulations n’existent pas dans toutes les langues...

  • Ce sujet, le "Notre Père", a été abordé et commenté à plusieurs reprises ici même au courant des années précédentes. L’article de Fr. Thomas Weinandy n’en reste pas moins intéressant bien qu’il eut peut-être été mieux apprécié s’il avait été un peu plus court.

    Cette prière "que Jésus nous a apprise" (selon une des formules utilisées au cours des célébrations eucharistiques) n’a été dite et écrite ni en français ni en anglais ni en danois ou autres mais nous a été transmise par une ou des traductions des évangiles. Un des aspect du "Notre Père" : il est composé de trois louanges vers Dieu et de quatre demandes qui Lui sont adressées (sauf erreur). Pour le reste à propos de : "ne nous soumettez pas à la tentation" ou en latin "et ne nos inducas in tentationem" etc... les explications sont nombreuses sur le fait que ce n’est pas Dieu, dans sa bonté de Père, qui nous pousse vers la tentation, ou qui nous livre à elle, ou que sais-je encore. Le pape François est, dit-on, satisfait de la formule française : "et ne nous laissez pas entrer en tentation", tant mieux.

    Il y a un ou deux ans le Père Arturo Sosa (supérieur général des Jésuites) a dit qu’au temps de Jésus il n’y avait pas d’enregistreur (autrement dit pas de preuves qu’Il aurait dit exactement ceci ou cela) et aussi que le diable était un "symbole". Beaucoup de fidèles en auront peut-être été scandalisés. Pour ne pas rester sur de possibles malentendus ne pourrait-on pas penser, à propos du "Notre Père" que nous demandons à Dieu de nous aider à ne pas céder à la tentation et au sujet du diable, qu’il existe bel et bien mais pas avec des cornes, une langue de feu, une fourche à la main etc. Pour le dire vulgairement : s’atteler à vouloir "couper les cheveux en quatre" risquerait de nous éloigner de la véritable signification des mots et des images.

    P.S. La "note du traducteur" est intéressante : "vouvoyer" ou "tutoyer" Dieu est-ce le plus important ? surtout que ces deux formulations n’existent pas dans toutes les langues...

  • La thèse de doctorat du Père Jean Carmignac " Recherches sur le Notre Père " Letouzey et Ané serait très utile à beaucoup de personnes .Elle vient d’être rééditée. La traduction de la T O B en fait un Notre Père hérétique et blasphématoire : Dieu, l’infiniment bon serait le tentateur "Notre Père...ne nous soumet pas à la tentation " d’où l’analyse grammaticale :
    sujet : Notre Père
    verbe : soumettre
    complément d’objet : à la tentation
    selon laquelle Dieu serait le tentateur et ainsi vous faite de Dieu le Diable.
    Mais comment a t on pu écrire une telle chose ?!
    De plus, il convient de demander :
    - "le pain sur existentiel" autrement dit" le pain des anges quotidiennement "
    - "délivre nous du malin" autrement dit "du Diable" et pas "du mal", lequel ??

  • En fin du message du 11 janvier 08:01 deux questions posées :

    - "Le pain sur existentiel" autrement dit "le pain des anges quotidiennement".
    R : les mots de Jésus : "Je suis le pain de vie" (Jn 6,35-40) ;

    - "délivre-nous du malin" autrement dit "du Diable" et pas "du mal", lequel ??"

    R : le Malin c’est le Diable qui est aussi le Mal (M majuscule), c’est le même. Qui est aussi "Légion"...

    Voilà, en toute simplicité, les essais de réponse aux deux questions posées.

  • Personnellement, j’étais fort satisfaite de la traduction utilisée durant mon enfance : ne nous laissez pas succomber à la tentation, qu’on aurait fort bien pu remplacer par : ne nous laisse pas succomber à la tentation. C’était demander à Dieu que la tentation n’ait pas le dessus, qu’Il nous aide à la surmonter, sans laisser supposer qu’Il pourrait jouer le rôle du tentateur. Je n’ai jamais compris pourquoi on avait changé pour : ne nous soumets pas à la tentation.

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