Mgr Ghika, pour ce 31 août

par le P. Daniel-Ange

mercredi 28 août 2013

Le Père Daniel-Ange est actuellement en Roumanie pour la béatification de Mgr Ghika.

Mgr Vladimir Ghika est un des visages les plus lumineux de cette nuée de saints illuminant notre époque, de cette cohorte de vaillants martyrs qui ont lavé leur robe dans le sens de l’Agneau, à force de le suivre partout où il va.

Du communisme Ces martyrs sans nombre de l’idéologie totalitaire du communisme, qui ont ensanglanté, ensemencé, donc parfumé de leur amour héroïque tant de pays de l’Europe de l’Est jusqu’à l’Extrême-Orient et aujourd’hui encore. C’est dire toute son actualité à nos occidentaux subissant une nouvelle idéologie totalitaire frisant la dictature. Sa béatification est un très grand événement d’église, surtout bien sûr pour la Roumanie et la France, mais bien au-delà pour l’église universelle, lui qui avait un tel sens de son universalité. Préparons cette glorification dans une fervente prière.

Il a très profondément marqué ma vie. Ami intime de mon père, il a marié mes parents, béni notre maison familiale. Il devait même me baptiser, mais, empêché en dernière minute, il m’a béni dans une belle lettre pour ma naissance. Quand il passait à la maison célébrer dans la petite chapelle, il impressionnait l’enfant de quatre ans que j’étais. Nous avons gardé en famille bon nombre de ses petits mots griffonnés à la hâte en train ou en bateau. Dès la chute de Ceausescu, j’ai eu la grâce d’aller en pèlerinage à sa maison familiale, et surtout de rencontrer bon nombre de ceux qui l’ont bien connu comme les Cosmovici, comme la merveilleuse Oana, et même des prêtres ayant partagé la prison avec lui, et miraculeusement rescapés, comme les pères Mattei Boïla et Tertullien Langa. Jusqu’aux derniers mois, en pleine persécution, il réunissait chaque semaine des représentants de ces Églises sœurs, pour échanger et surtout prier ensemble. Il demeure un des grands apôtres de l’unité. Quand j’ai demandé au patriarche Daniel, alors métropolite de Iassi si sa béatification par l’Eglise latine ne serait pas perçue négativement, il m’a affirmé que les orthodoxes le vénèrent aussi comme un authentique martyr, l’ayant même inscrit dans leur martyrologe de l’époque communiste.

Quant aux gréco-catholiques, c’est l’Église de son cœur, parce que d’un côté la plus atrocement, violemment persécutée, et de l’autre parce qu’elle allie la fidélité indéfectible à Pierre, à la fidélité inconditionnelle à la grande tradition théologique et mystique orientale. Ces Églises orientales si humiliées, de part et d’autre, mais qui sont prophétiques de cette symbiose Orient-Occident. Leur seule existence, si controversée, est la preuve physique que catholique n’est heureusement pas synonyme de latin. Lui-même, de père moldave et de mère de souche catholique, portait par atavisme, le meilleur de l’Orient et de l’Occident, son patrimoine héréditaire étant indissociablement slave et latin, tout comme son peuple. Il était débordant de santé ecclésiale, respirant avec ses deux poumons et se désaltérant aux deux courants de l’unique grande tradition chrétienne. Pour le signifier, il avait tenu à être ordonné dans les deux rites, byzantin et latin, et célébrait avec une joie sans nom la divine Liturgie selon Saint-Jean Chrysostome ou Saint Basile. Je suis sûr qu’il y est pour quelque chose dans la bouleversante visitation de l’évêque de Rome — Jean-Paul II — au peuple roumain en ces trois jours de grâce incomparable tout imprégnés d’action de grâces eucharistique (les seules célébrations dans les différents rites ont totalisé plus de huit pleines heures !) Oui, heures de plénitude, heures d’éternité et de ciel, comme me le confiait un ami prêtre orthodoxe.

Autre domaine où il est l’homme de tous : l’alternance qu’il vit entre les plus pauvres et les plus riches. Passant des bidonvilles et léproseries au palais et chancellerie, des clochards et détenus aux ministres et aux Princes.

D’un côté, le voilà bouleversé par toutes les formes et de pauvreté et de souffrance, ne supportant pas une seule misère sans faire tout pour la soulager. Mais il ne lui suffit pas de se pencher sur toutes les détresses. Par compassion divine, il ira jusqu’à compatir avec les conditions des pauvres d’entre les pauvres. Même en voyage, il continue d’être aimanté par les pauvres souffrant la morsure du froid et les tiraillements de la faim. Typique : sur un paquebot il laisse sa cabine de première pour se coucher en fond de cale avec les émigrés.

Ne dira-t-il pas : « Le moindre acte d’amour de Dieu et d’amour du prochain donne l’avant-goût de l’autre vie ». Et aussi : « N’oubliez jamais que les beaux jours ne sont pas bon pour tous » mais de l’autre côté, le voilà tout autant dans ambassade et chancellerie, ministères et hôtels particuliers, palais princier et évêchés. Si ce n’est au Vatican, étant ami personnel successivement de Benoît XV, de Pie XI, et du futur Pie XII. Il est chez lui dans ces différents milieux, Prince de sang qu’il est, de la famille régnante de Moldavie, petit-fils du dernier roi. Par ailleurs, il est l’ami et le conseiller spirituel d’une pléiade d’intellectuels catholiques qui ont tellement marqué l’entre-deux-guerres.

Mais dans toute cette vit intensément sociale, que ce soit avec les plus pauvres ou avec les plus riches, sa grande passion : conduire chacun au Christ, faire aimer l’amour si peu et si mal aimé. C’est un missionnaire, un apôtre né. Durant une nuit d’intimité avec saint-Bernard, il sent qu’il doit « lancer une croisade pour délivrer les âmes prisonnières de l’incroyance. » N’est-ce pas la plus tragique des misères ? Aux plus pauvres, il découvrira délicatement le sens profond de la souffrance pour la rendre salvatrice : les plus superficielles, il les ramènera à l’essentiel.

Sa consigne à ses collaborateurs : « Parlez-leur de l’Évangile ! Chantez leurs les Béatitudes ! » Sa prédication est imagée, directe, très simple. Il ne dit pas forcément des choses remarquables, mais il les dit avec une telle profondeur et intensité qu’on en est bouleversé. Jaillissant du cœur, sa parole touche le cœur. Se sources sont dans une expérience personnelle, elle incite à une rencontre personnelle. Paroles très douces et en même temps flamboyante. Toujours au prix d’une timidité native à vaincre chaque fois. Il a une vision d’ensemble de l’univers catholique.

Son regard sur le monde l’histoire est prophétique. Dès 1942, il parle de la décomposition du communisme qui ne sera qu’une parenthèse. Une Europe des nations sera construite. Il y aura une spiritualisation des frontières. Mais dans le respect de chaque culture, de chaque nation. Son grand souci : former, promouvoir des chrétiens rayonnants dans le monde politique ; d’autres témoignant dans tous les milieux et professions. N’a-t-il pas été pendant des décades simples laïc en plein monde ? N’ayant été ordonné qu’à la cinquantaine.
Le cœur de son cœur, l’âme de sa vie : l’Eucharistie. D’où son amour de ces grands congrès eucharistiques internationaux, vraie vision d’apocalypse : une multitude de toutes nations, races et langues, rassemblée, autour de l’unique Agneau.

Il anticipait aussi bien les nouvelles communautés mixtes, que les Foyers de charité, ou même les écoles d’évangélisation.

À Hauberive, il logeait dans une cellule de prisonniers. Il confia : « Je suis hanté par la pensée et le désir du martyre. Le seigneur qui me fait désirer cette grâce me l’accordera-t-il ? »

Il n’a pas été donné à Vladimir Ghika de fonder une communauté stable et permanente. Mais comme Catherine de Sienne ou Charles de Foucauld, il a traversé le Ciel de l’Église, telle une comète laissant pour des générations une immense traînée de lumière.

Il demeure pour aujourd’hui un prophète de feu, staretz lumineux, un joyeux précurseur. Bref : une de ces sentinelles du matin de Pâques.

Dans la lugubre cave de Jilava qui fut son château royal final, avec trois prêtres orthodoxes, gréco-catholique, et latin, nous avons chanté de toute notre voix le Tropaire de la Résurrection.

Et me revenait le mot de Dostoïevski : « Si l’on chasse Dieu de la terre, nous le rencontrerons sous la terre. Alors nous, les hommes souterrains, nous entonnerons dans les entrailles de la terre un hymne tragique au Dieu de la joie. Vive Dieu et sa joie ! Je l’aime ! »


Vladimir Ghika, par Mgr Brizard

http://www.france-catholique.fr/Vladimir-Ghika,13144.html

I - Vladimir Ghika : le contexte politique avant la guerre de 1914-1918

http://www.france-catholique.fr/Vladimir-Ghika-le-contexte.html

II - LE MINISTERE SACERDOTAL DE VLADIMIR GHIKA JUSQU’A SON RETOUR DEFINITIF EN ROUMANIE - 1923 – 1939

http://www.france-catholique.fr/LE-MINISTERE-SACERDOTAL-DE.html

III - LE MINISTERE DE MGR GHIKA EN ROUMANIE (1940 – 1954)

http://www.france-catholique.fr/LE-MINISTERE-DE-MGR-GHIKA-EN.html

Les vertus de Mgr Ghika

http://www.france-catholique.fr/Mgr-Vladimir-Ghika.html


Colloque Mgr Ghika - Paris 9 octobre

http://www.france-catholique.fr/Colloque-Mgr-Ghika-Paris-9-octobre.html

Hommage à Mgr Vladimir Ghika à l’abbaye d’Auberive (Haute Marne) les 26 et 27 septembre 2009

http://www.france-catholique.fr/Hommage-a-Mgr-Vladimir-Ghika-a-l.html

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