Entretien avec Marie Arnaud et Jacques Debs

Les monastères, trame spirituelle de l’Europe

propos recueillis par Grégoire Coustenoble

mardi 27 novembre 2018

Un point frappant dans vos documentaires, c’est l’importance du chant…

Jacques Debs : Nous avons voulu, avant tout, nous adresser aux jeunes pour leur raconter une histoire sur les anciens qui ne soit pas poussiéreuse. D’où notre souci de montrer des choses belles, mais aussi drôles et vivantes. C’est pour cela qu’on a utilisé les drones de façon inattendue, en mettant la communauté en cercle pour qu’elle accueille l’Esprit saint et dise au revoir… Le drone a fait ainsi office de relais, d’estafette.

Ce sont des manières de filmer inhabituelles pour les dronistes, et pour les communautés c’était absolument hallucinant d’avoir à faire ça. Mais ils ont compris notre propos. Tout le monde s’est pris au jeu. C’était une de nos démarches pour montrer que ces communautés ne sont pas forcément rétives à toutes formes de propos originaux et surprenants.

Nous avons aussi combiné notre musique originale, composée par Joël Grare – avec la voix du contre-ténor islandais Sverrir Gudjonsson – avec les chants monastiques. Le chant est très important dans la vie monastique. Même s’ils chantent faux, ils chantent quand même. Saint Augustin et saint Ephrem auraient dit la même chose : chanter c’est prier deux fois. Pour le DVD, nous avons voulu offrir en bonus une journée monastiques en chants. Avec des chants qui vont de l’Irlande à la Russie.

Nous n’avons pas pu coller à tous les offices, des Vigiles aux Complies. Mais il y a le Salve Regina, la dernière grande prière des Vêpres, un chant de Noël en Russie, un chant du père arménien du monastère de Tatev – les lamentations de saint Grégoire de Narek –, ainsi qu’un office géorgien du Ve siècle.

La musique et le son sont très importants, ils structurent le récit. Ils ne sont pas illustratifs. C’est une manière que nous avons de travailler Marie et moi que nous avons toujours voulu développer et que l’on explore en permanence.

Vous dites avoir voulu vous adresser aux jeunes. Avec quel message ?

Marie Arnaud : Les causes de la crise que nous traversons ne sont pas seulement politiques ou économiques. Mais d’abord spirituelles. Saint Thomas d’Aquin appelle cela l’acédie. C’est un des sept péchés capitaux : la paresse spirituelle. Quand on est atteint, tous les autres péchés s’ensuivent. Nous voulons dire aux jeunes de ne pas avoir peur d’entrer dans un monastère : qu’ils brûlent un cierge et prient pour eux-mêmes, comme dit Charles Péguy. Il faut prier pour soi-même pour pouvoir aider les autres. S’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres. C’est Érasme qui le dit. Les monastères sont des lieux où les jeunes peuvent réapprendre à s’aimer eux-mêmes, et à prier pour les autres...

Retrouver l’intégralité de l’entretien dans notre magazine.

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