Évangélisation

Le roman d’une paroisse «  modèle  »

par Frédéric Aimard

mardi 11 juin 2019

Les paroisses catholiques seront-elles sauvées par l’humour ? Certainement pas, mais cela peut aider parfois à faire venir l’Esprit consolateur et restaurateur…

Quand le directeur de l’IFOP Jérôme Fourquet décrit, dans L’Archipel français (Seuil) la France comme un kaléidoscope dont «  la fragmentation est sans précédent  », il pointe la déchristianisation du pays, une «  France sans prêtres dans les vingt-cinq ans  » : faute de «  projets communs alternatifs  », c’est l’existence même de la France qui, selon lui, est en jeu. Nous acceptons le diagnostic. Et pour le remède ? Si on rechristianisait ? Le Père James Mallon, d’origine écossaise, qui, après son Manuel de survie des paroisses, publie un Réveillez votre paroisse (éd. Artège), lance un appel aux catholiques français à ne pas baisser les bras. Il fait des conférences avec des centaines d’auditeurs, à qui il explique que nos paroisses manquent de leadership et qu’il leur faut renouveler leur mode de communication. Il en va, dit-il, de la survie de l’Église en Occident…

Kaléidoscope

L’heure est grave. La panique rôde. La violence mimétique et les phénomènes de bouc émissaire ne sont pas loin, comme on l’a vu autour de «  l’affaire Barbarin  ». Il est donc temps de ne pas s’affoler. Un peu d’humour nous y aidera. C’est ce que la romancière Anne Kurian apporte dans un petit livre que lui ont commandé les éditions Quasar.

Elle y décrit une «  paroisse presque parfaite  ». Il s’agit d’un kaléidoscope. Avec toutes sortes de tendances centrifuges. Et encore ne force-t-elle pas le trait. Car elle situe son action dans un milieu social relativement homogène. Si nous n’avons pas la lucidité de nous mirer dans l’un de ses personnages, du moins reconnaîtrons-nous l’un ou l’autre de nos voisins de bancs, pour peu que nous soyons un fidèle de la messe du dimanche. Les catholiques pratiquants y sont décrits de l’extérieur par un journaliste localier – évidemment athée. Émoustillé par les scandales actuels, il projette une enquête à la paroisse Saint-Hugues, à la recherche du scoop.

Justement, le Père Luc, dynamique curé, secondé par un vieux vicaire un peu amorti, avec lequel il ne partage pas beaucoup d’options, a un projet. Il a lancé, à la manière du président Macron, un «  grand débat  » avec les fidèles, dont il attend une refonte missionnaire de sa paroisse. Le journaliste suit avec plus ou moins d’intérêt les développements problématiques de cette ambition. Elle se heurte aux limites de chacun. C’est l’occasion de montrer «  en action  » des paroissiens dont les travers sont cocasses, si on veut bien le prendre avec humour et tendresse comme le fait l’auteur. Au lieu de s’en désespérer ou de tout simplement en médire en «  sortie de messe  ».

Mais voilà qu’au petit matin, une énorme limousine noire se gare devant l’église… Le roman à rebondissements va-t-il l’emporter sur la fine observation sociologique ? C’est ce qu’on ne vous dira pas. Mais toujours est-il que ce livre peut être considéré comme un instrument de travail indispensable à tout catho souhaitant redonner à sa paroisse quelques couleurs. Anne Kurian suggère une solution qui devrait pouvoir servir ailleurs. Nous aurions pu y penser nous-mêmes, mais sans doute était-il nécessaire de nous dessiller les yeux avec un peu de littérature.

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Anne Kurian, La paroisse était presque parfaite, Quasar, 180 pages, 13 €.

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