La peur des nomades

par Tugdual Derville

lundi 30 août 2010

Tout commence le 18 juillet. Un groupe de gens du voyage conduit une expédition dans la petite ville de Saint-Aignan (Loir-et-Cher). Réaction de colère après que l’un des leurs a trouvé la mort à l’issue d’une course poursuite avec des gendarmes. Les images d’arbres tronçonnés et de destruction de mobilier urbain tournent en boucle.

Prétexte ? Le président de la République annonce une réunion sur les «  problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms  ». Puis c’est le démantèlement par la force publique de campements illégaux de Roms issus de Hongrie ou de Roumanie. En échange de 300 euros par adulte, leurs occupants, s’ils l’acceptent, sont alors reconduits en avion dans leurs pays d’origine. Les Roms y constituent une minorité pauvre et victime de discriminations, souvent sédentaire. Y resteront-ils grâce aux programmes d’insertion économique que la France affirme négocier avec leurs gouvernements ? Angélisme répondent ceux qui pensent que les Roms préféreront toucher à plusieurs reprises la prime. Car la liberté de circulation des citoyens européens leur permet des allers-retours.

Le sentiment d’insécurité, la délinquance et la mendicité que génèrent les campements est au cœur du débat de même que, probablement, des relents de racisme…

« La délinquance qu’on accuse, c’est notre mode de vie » proteste un leader tsigane qui dénonce l’amalgame entre la question Rom et la problématique plus générale des « gens du voyage », dont beaucoup sont français. On parle de rafle et de dérive sécuritaire. Un prêtre confesse avoir prié pour que le président de la République ait une crise cardiaque ! La France est même tancée par plusieurs organisations internationales.

Le pape Benoît XVI a-t-il voulu aborder le sujet en exhortant des pèlerins français à l’accueil des « légitimes diversités humaines » ? Alain Minc, au moins, le pense puisqu’il se permet de contester que « ce pape allemand » puisse « parler comme il a parlé ». La saillie du conseiller du président fait sortir Christine Boutin de ses gonds. Échaudée par la stigmatisation d’une communauté, la présidente du Parti Chrétien Démocrate menace de faire sortir son parti de l’UMP. Les évêques également prennent le parti des Roms. Peu importe que les sondages d’opinion montrent des catholiques majoritairement favorables aux expulsions : les pasteurs tirent leurs brebis vers le haut. Et le cardinal Vingt-Trois dénonce « un climat malsain, une sorte de concours à celui qui paraîtra le plus sécuritaire et à celui qui paraîtra le plus moral », avant d’appeler à la sérénité du débat.

Au-delà de l’imbroglio social et politique, tout cela aura-t-il eu le mérite de mieux faire connaître les Tsiganes – mot choisi pour englober une réalité multiforme ? Sintis, Yéniches, Manouches, Gitans, Roms… La multiplicité des appellations révèle celle des origines et des façons de vivre. Certains restent nomades, au moins partiellement. Ils se reconnaissent dans l’appellation de « gens du voyage ». Ils sont commerçants, forains ou vivent d’expédients. D’autres sont sédentaires, ou « sédentarisés ».

Le mode de vie tsigane dérange : vie communautaire où la famille élargie conserve une place qu’elle a perdue dans la société individualiste, priorité à la liberté sur la propriété, déni des frontières, et parfois de certaines limites, sans oublier une foi chrétienne vive et expressive, et de solides traditions d’accueil. Certains clans vivent de juteux trafics, mais c’est souvent leur pauvreté – voire leur misère – qui tranche avec la société de consommation. S’ils n’ont pas la même conception de la pauvreté que les sédentaires, les gens du voyage ne sont pas insensibles aux mutations culturelles et économiques qui remettent en question leurs valeurs.

Les deux modes de vie sont-ils conciliables ? « Les gadjé font partie d’une sphère étrangère, non significative, hors de l’organisation sociale », lit-on chez un sociologue analysant la façon dont certains Tsiganes perçoivent les autres hommes.

Entre nomades et sédentaires, ce fut toujours la peur et l’incompréhension. Les nomades craignent d’être mal accueillis ou rejetés. Les sédentaires ont peur d’être envahis et volés. Les hordes de Huns peuplent encore notre imaginaire collectif.


L’évêque de Blois rend visite aux Roms

http://www.lanouvellerepublique.fr


Alain Minc se "met en colère" contre "le pape allemand"

Réponse de Bernard Debré à Alain Minc



"Un climat malsain dans notre société"
envoyé par Europe1fr. - L’info internationale vidéo.

Messages

  • Suite aux critiques de plusieurs hommes d’Eglise, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, s’est déclaré disposé le 23 août à discuter avec eux de la politique sécuritaire du gouvernement. Mais la polémique a été relancée de divers côtés, notamment par Dominique de Villepin qui a vivement critiqué cette politique dans Le Monde du 24 août. A l’issue d’une réunion surprise à Matignon le même jour, le Premier ministre a annoncé qu’il allait saisir la commission européenne du problème des Roms afin d’harmoniser la politique des pays membres sur la question ; les responsables français ont reçu le lendemain les secrétaires d’Etat roumains chargés des Roms ; ils ont dénoncé le 27 août comme « caricatural et excessif » un rapport de l’ONU très critique à l’égard de leur politique vis-à-vis des Roms.

    Le gouvernement aborde donc la rentrée dans un climat tendu alors qu’il lui faut défendre de nombreuses réformes (retraites, budget, emploi…) : selon un sondage Sofres du 26 août (qui n’a aucune valeur prévisionnelle), 62% des personnes interrogées ne souhaitaient pas que N. Sarkozy se représente à la présidentielle de 2012 ! Pourtant, selon l’Institut Opinion Way, 2 Français sur 3 se déclaraient favorables à l’expulsion des Roms vers la Roumanie…

  • Avec tout mon respect pour les méditations historiques et sociales de l’auteur sur la coexistence des "sédentaires" avec des "nomades", je trouve que le gouvernement de Sarkozy, qui a eu la gentillesse de lui fournir cette belle occasion, n’a été aussi
    préoccupé par les difficultés de cette coexistence que par les soucis de distraire le public français de difficultés réelles de notre pays, économiques et sociales — les difficultés qui touchent des millions de Français, et pas des dizaines de milliers "nomades" et "sédentaires" qui vivent une difficile cohabitation, une réalité difficile, mais pas aussi tragiques que, par exemple, celle de deux millions de chômeurs.

    Par ailleurs, le gouvernement a déjà utilisé la même procédure médiatique et législative pour "lutter" avec niqab et burqa. Et comme aujourd’hui, les sondages ont donné la raison au gouvernement.

    C’est la même méthode particulièrement détestable du gouvernement de Sarkozy, qui joue à la fois sur des anciennes préjugés et sur des nouvelles inquiétudes de la population, que nous sommes aujourd’hui invités de soutenir par des méditations, certes, savantes, mais qui ont rien à voire ni avec des vrais difficultés et défis de notre société, ni avec nos aspirations chrétiennes.

  • Mgr Brincard :

    " Toute nation a besoin d’unité. Pour être solide, l’unité d’une nation se fonde en premier lieu sur le respect absolu de la dignité de la personne humaine "...

    Voir en ligne : Roms : L’interview de Mgr Brincard, Evêque du Puy-en-Velay...

  • les français n’ont pas "peur" des nomades, pas plus que des étrangers...

    Les français en ont plus qu’assez de payer pour ceux qui viennent illégalement en France et pour profiter de nos avantages sociaux, avec femme et enfants, sans y être attendu, pour se comporter en parasites et faire renaitre en France les conditions de vie qui avaient disparues à grande échelle (Bidonvilles, squatts,...).

    Les français n’ont peur de rien ni de personne à priori, ils en ont juste marre d’être les dindons de la farce, les cochons de payeurs, pour en plus subir les injures des populations qu’ils accueillent généreusement !

  • Le comportement de M. Sarkozy est bizarre : des gens du voyage, pour reprendre l’étiquette consacrée, commettent un délit. M. Sarkozy tempête ; c’est la "guerre". Et... il s’attaque à des Rroms !

    Le seul point commun entre ces deux populations, c’est l’identité Tsigane. Sauf que les gens du voyage sont français, tandis que les Rroms ont pour origine le centre de l’Europe. Ils ne partagent pas la même culture, ni les mêmes conditions de vie, ni la même histoire.

    L’amalgame auquel se livre M. Sarkozy est inquiétant. Apparemment, c’est bien aux Tsiganes en tant que tels qu’il en veut. Et tout son discours sécuritaire n’est qu’un rideau de fumée.

  • Tours. Sans violence mais avec agilité, des individus ont subtilisé, lundi, le contenu des troncs au nez et à la barbe du sacristain.

    Voir en ligne : Basilique Saint-Martin : le contenu des troncs volés

  • Un retraité victime de vol avec violence alors qu’il retirait de l’argent au distributeur à Mouans-Sartoux ce week-end, a reconnu ses deux agresseurs. L’un d’eux crée la surprise pour avoir été interpellé à vingt-une reprises à 13 ans et demi.

    Voir en ligne : Deux Roumains dépouillent un octogénaire

  • Discriminations et amalgames. À l’heure du rassemblement à Chaumont en Haute-Marne de la Mission évangélique des Tsiganes de France, Vie et Lumière, la pression des pouvoirs publics en direction des Roms ne se relâche pas.

    Voir en ligne : Protestants et gens du voyage

  • Bonjour !

    Attention à l’angélisme d’une construction intellectuelle qui n’est qu’une reconstruction très (trop ?) bien-pensante de la réalité.

    Je voudrais alors dire que si le Pape est dans son rôle lorsqu’il rappelle à la France et à son gouvernement que les Roms doivent être traités avec respect, cela ne signifie pas que la France soit dans l’obligation de les accueillir indéfiniment. Faut-il dire que les conditions dans lesquelles ils ont été renvoyé dans leur pays d’origine n’ont rien d’inhumain. On peut même les qualifier de confortable. On pourrait par ailleurs se demander pourquoi la Bulgarie et la Roumanie n’ont pas encore amélioré les conditions de vie de cette communauté, alors qu’ils ont reçu beaucoup d’argent de la part de l’Europe. Rappelons aussi que si ces deux pays ont tant tardé à être intégrés dans l’Union Européenne, c’est aussi parce que les autres pays d’Europe connaissaient le problème qu’allait soulever cette communauté nomade, faiblement qualifiée et très peu scolarisée, sans parler d’un certain taux de criminalité qui s’est malheureusement illustré aux abords des camps illégaux installés en France. Dire cela n’est pas être raciste, car dès que l’on met en question l’immigration et ses bienfaits tant pour le pays d’accueil que pour le pays d’origine on est vite soupçonné d’entretenir des préjugés racistes. Or, il faudrait être bien na¨f pour croire que ce sont les races au sens biologique qui séparent le plus les hommes entre eux, alors que ce sont la us et coutumes qui constituent comme une seconde nature encore plus profonde et qui façonne les mentalités et les modes de vie. C’est aussi pourquoi ce serait faire preuve de réalisme de la part de toutes les parties intéressées que les Roms commencent à se sédentariser, come aussi nos gens du voyage. Peut-être que mes propos choquent les belles âmes drapées de vertus qui n’ont que faire de l’exaspération du peuple français qui connaît soit par les médias, soit par leur quotidien dans quelle situation morale, sociale et politique, et même culturelle se trouve leur pays. La crise est profonde car la modernité n’en finit pas de balayer les vraies valeurs, celles qui élèvent et qui exaltent. La tolérance a ses limites, et c’est pourquoi, je le redis, l’enfer est pavé de bonnes intentions...Aussi tous les textes qui ont été composés pour encadrer les conditions d’accueil sont excellents dans leur forme et leur intention, mais ils ne permettent guère de prendre en considération la réalité politique et culturelle dans leur concrétude, du fait même de leur formalisme abstrait. Par ailleurs, quand on pense aux obligations qu’on les immigrés qui viennent en France, je crains de devoir dire qu’elles sont nulles car aujourd’hui que ce soient les français eux-mêmes ou les immigrés tout le monde n’a plus que des droits, et veut le moins d’obligation. Les droits de l’homme et du citoyen, ce citoyen que tant de bien -pensants ont si tendance à négliger et donc à mépriser, ont certes leur légitimité, mais lorsqu’ils deviennent le socle du nouvelle idéologie, ou d’une nouvelle religion, on peut dire que le droitdel’hommisme et l’humanitarisme n’ont pas fini de faire des ravages, et de nous préparer des lendemains douloureux.

    L’arrivée massive des Roms en France a été l’événement emblématique de la situation catastrophique dans laquelle se trouve la France en matière de contrôle de l’immigration, mais plus profondément aussi sur le dilemme entre patriotisme et humanitarisme...Or, charité bien ordonnée ne commence-t-elle pas par soi-même ? La France est-elle un pays en si bonne santé pour se permettre de prétendre accueillir toujours plus de réfugiés sans guérir les maux moraux, sociaux, politiques et culturels qui la minent.

    Sur la question de l’immigration, je suggère la lecture de "Les yeux grands-fermés, l’immigration en France", de Michèle Tribalat (Ed. Denoël), directrice de recherche à l’INED et ancien membre du Haut Conseil à l’Intégration...Un ouvrage qui ouvre les yeux...

    Voir en ligne : Michèle Tribalat sur les chiffres de l’INSEE

  • Le problème des Roms est insoluble...
    car il s’agit d’un mouvement de population de citoyens européens à l’intérieur de l’Union Européenne...

    Comme pour la crise grecque avec l’Euro, il s’agit d’un autre exemple de la légèreté avec laquelle nos dirigeants ont "fait l’Europe".

    Dans les deux cas, les choses ont été faites prématurément...

    La vérité c’est que la construction européenne nous amène au chaos, économique, financier, sociétal et humain.

    Mais les européîstes comme Robespierre n’en ont jamais fini dans la surenchère, ils s’acharnent à vouloir faire entrer la Turquie, qui elle est en train de prendre le leardership dans le monde musulman en méditerrannée...

    Il est plus facile de parler Droits de l’Homme que de regarder la réalité en face...car ce sont des chrétiens qui ont oeuvrés pour aboutir à ce gachis...

    "L’Europe" en niant les Peuples et les Nations, construite par une "élite" dans le dos des politiques et des citoyens nous conduit dans la situation catastrophique dans laquelle nous sommes à tous les points de vue.

    Cette Europe qui se voulait Europe de la Paix n’a abouti qu’a la mise en concurrence de tous contre tous avec des situations inégales dans un même cadre. A terme c’est intenable...

    Jean-Pierre Chevènement a écrit un petit livre "La faute à Monsieur Monnet" dans lequel il décrit bien ce processus.

    M.J.

  • Tout ceci est bien beau, mais l’expérience concrête que font les sédentaires des nomades n’est jamais "bonne". J’ai personnellement vécu de très prêt l’installation de "nomades" sur les terrains de notre entreprise ou d’entreprises voisines dans notre Zone d’activité, ça se passe toujours très mal pour les sédentaires : portails fracturés, branchements pirates sur l’eau et l’électricité, piratage des machines à café, vols de PC et téléphones portables dans les bureaux, disparition d’accessoires automobiles divers (enjoliveurs, essuies-glaces, etc...), sans compter le ménage à faire sur le terrain après leur passage.
    Les sédentaires n’ont rien contre les nomades, à conditions qu’ils paient leurs emplacements (comme tous ceux qui vont dans un camping), leurs consommations, des impôts locaux, leurs taxes ordures ménagères, et donc qu’ils vivent comme tout le monde des fruits de leur travail, en supportant comme tout le monde charges sociales et impôts. Sinon, c’est plus de l’accueil, c’est du pillage... comme les huns, effectivement.

  • À "un père de famille entrepreneur" :

    Vous avez absolument raison.

    C’est un vrai problème auquel sont confrontés plusieurs pays de l’Europe continentale.

    Mais la clé pour une éventuelle solution de ce problème, la solution qu’on est obligé à trouver, est une réflexion constructive et des mesures à la fois efficaces et discrètes — comme on le fait en France dans des autres situations de crise.

    C’est qui est ignominieusement fâcheux dans "la méthode de Sarkozy", c’est qu’en cherchent d’en profiter pour ses buts politiques immédiats, il fait de ce problème et de "sa solution" une publicité sécuritaire dégoutante et stupide — en provoquant des protestations légitimes en France et ailleurs, et en montrant qu’il s’en fiche de toutes protestations — "parce que pour lui la sécurité de la France est la priorité non-négociable".

    En réussissant déjà ce truck avec niqab et burqa, il le répète donc avec les Roms — en dégradant ainsi à la fois le climat de confiance en France, la réputation de la France comme le pays des droits de l’homme et le sérieux de discussions publiques en France sur des problèmes de la société.

    L’Eglise catholique est amplement raison de prendre ses distances avec cette politique du gouvernement de Sarkozy, sans pourtant nier l’importance du problème, ni la nécessité de la solution.

  • Un an après le discours de Grenoble, les conditions de vie des Roms, en France, s’aggravent.

    Le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy prononçait depuis Grenoble un discours musclé sur la sécurité et l’immigration. Le président français avait alors annoncé vouloir mettre un terme aux "implantations sauvages" de campements Roms.

    http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/articolo.asp?c=508198

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