Traduit par Vincent de L.

L’homme qui se noie

par Brad Miner

jeudi 31 janvier 2019

« Où est Watanabé ? Demande Louie Zamperini à un officier américain debout à côté de lui. » A genoux par terre devant eux se trouvent plusieurs dizaines de Japonais hagards, des gardes du camp où Zamperini a été détenu, harcelé et torturé par un garde en particulier, Mutsuhiro Watanabé.

C’est ainsi que commence Unbroken : Path to Redemption (« Intact : chemin vers la rédemption »), prologue du film de 2014 d’Angelina Jolie, tiré du livre de 2010 de Laura Hillenbrand sur l’expérience de prisonnier de guerre pendant la deuxième guerre mondiale vécue par le coureur olympique Zamperini. L’affiche du film signale : « Une histoire vraie ». Bon, ce peut être vrai selon les standards d’Hollywood, mais si Zamperini retourne au Japon pour rechercher Watanabé, il ne l’a pas fait vers 1950 comme le suggère le film.

Louie Zamperini fut élevé en Californie (Torrance) par des parents très catholiques, immigrés de Vérone. Au lycée, il a commencé à courir, et a établi à un moment le record mondial du mile. Aux sélections olympiques de 1936, il fut en lice pour le 5000 mètres et sélectionné pour les Jeux de Berlin où il finit huitième.

Pendant la guerre, il fut bombardier dans l’aviation de l’armée de terre et survécut à un crash dans l’océan Pacifique en restant quarante-sept jours sur un radeau avant d’être capturé par les Japonais.

Le film de Cronk prend l’histoire de Zamperini après son retour aux États-Unis et le chef décorateur Mayne Berke a fourni d’excellentes vues de Torrance à l’époque (ainsi que de Floride et de Tokyo).

On aurait aimé un même niveau de réalisation dans le scénario de Richard Friedenberg et Ken Hixon. La première heure du film est une reprise-cliché d’autres films à propos du retour traumatisant de guerre d’un soldat. Même la légende est rebattue : « Lorsque la guerre s’achève, son combat commence ».

Ce combat comprend des hallucinations, de la dépression et l’alcoolisme qui ont souvent hanté les soldats atteints de ce que l’on appelle maintenant le syndrome du stress post-traumatique. Dans ses rêves et même quand il marche, le spectre de Watanabé harcèle sans cesse Louie, jusqu’au moment où Zamperini se donne à Jésus.

Les Zamperini étaient catholiques et, dans une scène du début, le curé de la paroisse arrive chez la famille pour ajouter ses vœux de bienvenue à ceux de tout les gens de la ville.

« C’est un miracle que vous ayez survécu, dit-il.

• Ce ne sont pas les miracles qui m’ont sauvé la peau, ce sont deux bombes atomiques.

• Ne méprisez pas le rôle de Dieu dans votre histoire.

• Ne vous inquiétez pas, répond Louie d’un ton sarcastique, je Lui attribue l’entièreté de la faute. »

Les assurances du curé sur l’innocence de Dieu ne convainquent pas Louie.
Les propos sectaires ne devraient pas affecter une critique de film, mais comme la sortie de celui-là est pendant l’Été de la Honte du catholicisme, il est difficile de ne pas se demander ce qui se serait passé si une personne d’Église avait fait des efforts spirituels plus laborieux au profit de Zamperini.

En effet, lorsqu’un soldat de cinéma titube parce qu’il est ivre en sortant d’un bar et vomit tout en étant trempé jusqu’aux os par une pluie battante… on sait bien qu’il n’est plus qu’à quelques jours (quelques minutes de temps d’écran) de renaître, comme cela s’est passé pour Zamperini, lors de la croisade évangéliste de Graham en 1949 à Los Angeles. (S’il était revenu au catholicisme, les cloches des églises auraient sonné).

Alors que Zamperini se tient hors de la tente de type Chautauqua du révérend Graham, et que le chœur chante « Quel ami Jésus est pour nous ! », le film retrace sa propre renaissance, quand il se rend finalement à la puissance de l’appel de Dieu. « Il y a ici un homme en train de se noyer » annonce Graham, ce qui est exactement la manière dont Louie se voit.

Je ne suis pas cynique. Unbroken : Path to Redemption est un film agréable mais avec très peu d’énergie jusqu’à ce moment-là. Ensuite, il est électrique.
Samuel Hunt dans le rôle de Zamperini et Merritt Patterson dans celui de Cynthia, la femme de Louie, sont de bons jeunes acteurs qui portent bien l’histoire d’amour romantique (et néanmoins très chaste) qui constitue l’intrigue secondaire du film, et ils guident le film lorsqu’il s’endort jusqu’à ce que la renaissance le réveille, au bout de soixante-quinze minutes.

Lorsque j’ai regardé cette apogée, j’ai été frappé par la ressemblance de l’acteur qui joue Graham avec l’apparence et la diction du vrai Graham. C’en était presque troublant, tant même que j’en ai interrompu la lecture du film le temps de vérifier les biographies des acteurs.

L’acteur en question est le révérend Will Graham, en l’occurrence William Franklin Graham IV, le petit-fils de Billy et le fils de Franklin. Ce n’est pas vraiment le sosie de son célèbre grand-père (il ne paraît ni si grand ni si mince), mais il lui ressemble suffisamment pour que ce soit troublant. Le révérend Graham IV est vraiment un bon acteur, à ceci près qu’il ne joue pas.

Unbroken : Path to Redemption fournit un prodigieux coup de poing protestant à la fin, et offre plus de puissance à nos frères post-Réforme. Je ne doute pas que des catholiques puissent trouver leur chemin sous cette tente ces jours-ci, à un moment où l’Église de Rome semble aussi corrompue qu’elle l’était au XVIe siècle.

Parlons maintenant du véritable retour au Japon de Zamperini :
Il s’est produit avant les Jeux Olympiques d’hiver de Nagano en 1998. Zamperini y alla à la fois pour porter la flamme olympique et pour être réuni à Watanabé, pour lui offrir le pardon. Mais Watanabé, octogénaire jusqu’au-boutiste s’il en fût, refusa de le voir et ne reconnut jamais aucun crime de guerre. En fait, il ne fut jamais poursuivi, bien que Douglas Mac Arthur eût mis son nom sur une liste de criminels de guerre.

La fin du film – pas son apogée qui est la renaissance -, est la répétition de la scène d’ouverture : « Où est Watanabé ? ». Je suppose que si M. Zamperini, qui est mort en 2014, avait vécu quelques années de plus, il aurait pu beaucoup marquer le film tout comme l’acteur Harrison Young le fit dans Saving Private Ryan en jouant Ryan (Matt Damon) en vieil homme revenant en Normandie.

Et il me semble que Unbroken : Path to Redemption aurait pu doubler la mise de son pouvoir en utilisant un vieil acteur pour jouer Zamperini à la recherche de la réconciliation avec son ravisseur cinquante ans plus tard. Comme c’eût pu être merveilleux de voir un vieil acteur Japonais jouer un Watanabé sans remords, yang pour ainsi dire, face au yin de Louie, le paradoxe de l’humanité, une histoire vraiment vraie.

Unbroken : Path to Redemption est un film interdit aux moins de 13 ans, je suppose que c’est à cause de scènes de flashback au cours desquelles Zamperini souffre sous la férule de Watanabe.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/09/17/drowning-man/


Brad Miner est rédacteur en chef de The Catholic Thing, maître de recherché au Faith & Reason Institute, et secrétaire du conseil d’administration d’Aide à l’Église en détresse USA. Il est un ancien éditeur littéraire National Review. Son dernier livre, Sons of St. Patrick (“Les enfants de St Patrick), écrit avec George J. Marlin, est paru. The Compleat Gentleman (« L’homme accompli »), est disponible en version audio audio.

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