Frère Laurent de la Résurrection

par Aymeric Pourbaix

vendredi 24 avril 2020

Ce religieux carme du XVIIe, discret et modeste, a connu un rayonnement étonnant.

Qui connaît aujourd’hui, en France, le Frère Laurent de la Résurrection (1614-1691), carme qui a consacré une bonne partie de sa vie religieuse à réparer des sandales, dans son couvent parisien de la rue de Vaugirard ?

Et pourtant, il est aujourd’hui admiré dans le monde entier – dans les pays anglo-saxons et protestants notamment –, pour son approche très simple de la vie spirituelle. Cela en fait-il pour autant un «  crypto-protestant  » ? Pas du tout, répond le journaliste et essayiste Denis Sureau, éditeur de la revue Transmettre, dans ce petit livre très alerte, sans rien céder en profondeur.

C’est que justement, le Frère Laurent n’a pas écrit un traité complet de théologie, il fait part de son expérience. Ancien soldat, converti, il embrasse la vie religieuse chez les carmes déchaux, et connaît dix années de «  nuit de la foi  », son chemin de Croix. Puis vient le «  réveil de Dieu  », comme le décrit saint Jean de la Croix, un des maîtres de la réforme du Carmel. La grande découverte de cet humble religieux est alors celle de la présence de Dieu, de la présence à Dieu.

Autrement dit, de l’amitié et de la confiance à toutes épreuves, comme y excellera plus tard une autre fille du Carmel, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Il s’agit selon lui de «  faire toutes nos actions avec poids et mesure, sans impétuosité ni précipitation (…). Il faut travailler doucement, tranquillement et amoureusement avec Dieu (…). » Saint François de Sales aurait pu signer ces lignes.

Une sorte de «  mystique du devoir d’état  », note un autre carme, une spiritualité qui s’applique à tous les états de vie, laïcs ou religieux. Et particulièrement en ces temps de confinement : l’objectif est «  de faire de notre cœur un oratoire  », un «  temple spirituel  ». Rien d’extraordinaire donc dans cette vie, mais de la persévérance, en particulier dans la souffrance et la maladie.

Une doctrine que synthétisera à merveille, plus tard, la carmélite dijonnaise Élisabeth de la Trinité, récemment canonisée. Son secret ? «  Pensez à ce Dieu qui habite en vous (…). Petit à petit l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit Ciel où le Dieu d’amour a fixé son séjour.  » Une bonne compagnie, celle des saints, pour ce religieux du XVIIe siècle qui n’a jamais été canonisé. Pour avoir, notamment, été pris à partie dans la querelle de son temps sur le quiétisme, entre Fénelon et Bossuet. Quoi qu’il en soit, il gagne aujourd’hui à être (re)découvert.

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