Houellebecq

Écrivain religieux ?

mercredi 19 janvier 2022

© Fronteiras do Pensamento | Luiz Munhoz / CC by-sa

Un ouvrage collectif montre comment la recherche du divin parcourt l’œuvre de Michel Houellebecq, entre quête de conversion et nostalgie d’un catholicisme vu comme cadre structurant d’un ordre révolu.

« Un véritable choc  » : c’est ainsi que Michel Houellebecq évoque sa découverte des Pensées de Pascal à l’âge de 15 ans. L’écrivain français le plus lu au monde se nourrit toujours de cet extrait : «  L’homme sans Dieu est dans l’ignorance de tout et dans un malheur inévitable. Car c’est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir  » (Pascal, Pensées, fragment Misère n 24/24). Cette condamnation à l’incertitude pourrait résumer toute la condition moderne chez Michel Houellebecq : la frustration affective dans un monde où l’individualisme est roi, la frustration sexuelle dans une société de la performance, et la frustration existentielle dans une société qui réduit chaque conscience à n’être qu’un produit de consommation.

Misère de l’homme sans Dieu

Le livre collectif reprend dans son titre les mots de Pascal : Misère de l’homme sans Dieu, Michel Houellebecq et la question de la foi (Champs essais). Il s’interroge sur la foi problématique de l’écrivain et sonde la question religieuse dans l’œuvre. Il propose, à la fin de l’ouvrage, l’entretien que Michel Houellebecq a accordé en 2017 à Agathe Novak-Lechevalier, la spécialiste de son œuvre qui a co-dirigé le livre. L’écrivain se souvient de son enfance, baignant dans la religion chrétienne et perçue comme une survivance, ayant «  été élevé par des gens déchristianisés  ».

Le jeune Michel va au catéchisme «  parce qu’il habite à la campagne et que c’était la seule activité pour les enfants. C’était une autre époque, il n’y avait même pas la télé  ». Adolescent, quand, confie-t-il, «  il découvre le mal  », il est taraudé par les questions métaphysiques, cependant, «  il ne trouve jamais personne pour répondre à ses questions  »… Pascal viendra donc le bousculer mais sans jamais lui offrir de nuit mystique.

Pourtant, l’écrivain a tout essayé pour se convertir. Il raconte dans l’entretien : «  Chaque fois que je vais à la messe, je crois ; sincèrement et totalement, j’ai une révélation à chaque fois. Mais dès que je sors, ça retombe. C’est un peu comme la drogue : il y a toujours une descente. […] Donc je continue de temps en temps à me faire des frissons de croyance mais je sais que ça ne va pas durer.  » Vouloir, mais ne pas pouvoir…

La quête personnelle de Dieu se retrouve dans les personnages de ses romans. François, le héros de Soumission, s’efforce de contempler la Vierge noire de Rocamadour. «  C’était une statue étrange qui témoignait d’un univers entièrement disparu. […] Elle possédait la suzeraineté, elle possédait la puissance, mais peu à peu je sentais que je perdais le contact  » (Soumission, Flammarion, 2015, p. 166). Ainsi, non seulement la rencontre avec le divin n’a pas lieu, mais Michel Houellebecq montre l’homme occidental à l’écoute de la parole d’une religion qui ne lui parle plus.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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