Histoire de l’église en Algérie

Des hommes et des lieux

par Guillaume Zeller

vendredi 18 mars 2022

Église Saint-Augustin à Bône (Annaba), dans l’est de l’Algérie, récemment restaurée avec la contribution de l’État algérien.

Durant les 132 ans au cours desquels le drapeau tricolore a flotté sur l’Algérie, l’Église a déployé une extraordinaire énergie pour s’implanter sur cette terre en dépit des obstacles. Que reste-t-il de cet héritage, soixante ans après les accords d’Évian du 18 mars 1962 qui ouvrirent la route à l’indépendance ?

C’est une parenthèse historique hermétiquement close. Elle commence en 1830 et s’achève en 1962. Très longtemps auparavant, il y eut bien sûr l’«  âge d’or  » du christianisme africain, qui s’épanouit non sans héroïsme de la fin du IIe siècle au début du VIIIe siècle, avec ses martyrs innombrables, comme saint Spérat et ses compagnons, ou encore Félicité et Perpétue, mis à mort entre 180 et 203 ; ou plus tard, en 483, les 4966 prêtres et clercs tués sur ordre du roi vandale Hunéric (cf. p. 26). Saint Augustin, né en 354 à Souk Ahras et mort en 430 à Bône est la plus rayonnante incarnation de cette Église antique, dont on dit qu’elle comptait jusqu’à 500 diocèses avant la victoire de l’islam sur les Byzantins, définitivement acquise en 709.
Et puis il y a l’après. Ces six décennies qui ont suivi l’indépendance et qui virent la disparition presque complète de la présence chrétienne en Algérie, en dépit du maintien sur place – au prix de mille difficultés – d’évêques, de prêtres, de religieux et de laïcs dont certains payèrent leur foi de leur sang, en particulier au cours de la décennie noire des années 1990.

L’Église dans l’Algérie française

Entre ces deux phases, la première multiséculaire et la seconde longue de quelques dizaines d’années seulement, s’étend une période singulière, dont seuls quelques hommes et quelques monuments témoignent encore : celle de l’Église de l’époque française. En 132 ans, elle n’a pas ménagé ses efforts auprès des populations européennes et musulmanes. Et pourtant de toute cette œuvre, il ne reste que d’infimes traces.

Lorsque les troupes du général de Bourmont s’emparent d’Alger le 5 juillet 1830, il n’y a dans la ville, dit-on, plus qu’un seul prêtre catholique : le Père Gervasio, trinitaire, aumônier du consulat d’Espagne. Mais dix-neuf aumôniers militaires accompagnent le corps expéditionnaire. On n’imagine pas encore que ce dernier est appelé à ouvrir la voie à la conquête et à la mise en valeur d’un territoire gigantesque, peu structuré, qui s’étend des rives de la Méditerranée aux confins du Soudan français et du Niger. Soit une superficie de 2,4 millions de kilomètres carrés, avec ses paysages, ses ressources et ses populations d’une étonnante variété. Bourmont, qui a le sens de l’histoire, est habité par le souvenir de saint Augustin et des martyrs antiques : «  Vous venez de rouvrir avec nous la porte du christianisme en Afrique. Espérons qu’il viendra bientôt refleurir la civilisation qui s’est éteinte  », dit-il à ses chapelains, peu après la chute de la régence.

Vaste ambition, sans doute non dénuée d’une part de mythification – avec ses persécutions, ses hérésies et ses invasions, la période fut sans doute moins radieuse – qui se heurte à des impératifs plus immédiats : assurer l’accompagnement religieux des troupes de Louis-Philippe et, plus tard, celui des colons qui vont arriver dans leurs traces. À l’inverse des conquêtes coloniales en Asie, où souvent les missionnaires avaient précédé les expéditions militaires ou les comptoirs commerciaux, l’Église va devoir se plier au rythme des soldats au cours des premiers temps mais, dès que l’occasion, se présente, elle n’hésite pas à pousser ses pions.

Retrouvez l’intégralité de l’article et de notre numéro spécial.

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