Des bergers, non des mercenaires

P. Paul D. Scalia, traduit par Bernadette Cosyn

lundi 3 mai 2021

« Le Christ comme Bon Berger » par Cornelis Engebrechtsz, vers 1510
[Musée Boijmains Van Beuningen, Rotterdam, Pays-Bas]

L’autre semaine, durant les vêpres, notre prière était : « préserve-nous du loup et du berger mercenaire ». Il était encourageant de prier pour être protégé des mercenaires. Nous avons besoin d’être protégés contre eux – peut-être plus encore que contre les loups. Après tout, un loup authentique est assez rare, les bergers mercenaires sont nombreux. Il y a peu d’hommes aussi mauvais que Thomas Cromwell, mais des tas aussi mauvais que Richard Rich. De plus, la méchanceté, la couardise et l’avidité des mercenaires donnent au loup l’accès au troupeau. En termes militaires, le berger mercenaire est le « multiplicateur de force » du loup.

Aujourd’hui, c’est le dimanche du Bon Berger et la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. Dans l’évangile (Jean 10:11-18), notre Seigneur compare le berger et le mercenaire. Cette comparaison aide à mettre en lumière certaines exigences concernant les pasteurs de l’Eglise. Elle établit quelque chose comme un descriptif de l’emploi – et un examen de conscience – pour les prêtres.

Le premier devoir du bon berger est de se sacrifier : « un bon berger donne sa vie pour ses brebis ». Maintenant, nous pourrions interpréter ce verset comme uniquement une déclaration de principe : un bon berger devrait donner sa vie pour ses brebis. Ou : quand les temps deviennent difficiles, il doit donner sa vie . Tout cela est vrai, mais le Seigneur veut dire plus encore. Il veut dire qu’un bon berger se sacrifie de façon habituelle. Littéralement, il « est en train de donner sa vie pour ses brebis ». Se sacrifier n’est pas ce qu’un bon berger fait occasionnellement ou pourrait être amené à faire un jour. Cela fait partie de la trame de sa vie tout comme c’était le cas pour le Christ.

Donc, un bon berger embrasse les sacrifices de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance pour le bien des brebis. Il n’est ni agacé ni fuyant devant tous les petits désagréments, exaspérations et déceptions de la vie sacerdotale. Parce qu’il offre le Sacrifice du Bon Berger, il sait que sa vie doit de même être façonnée par le sacrifice.

Le mercenaire, pour sa part « travaille pour un salaire et ne se soucie pas des brebis ». Il s’irrite des petits désagréments et des sacrifices qui lui sont demandés et également du caractère caché et non remarqué d’une grande partie du travail du prêtre. Il éprouve du ressentiment contre le fardeau d’être mis à part et contre la discipline de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Il est là pour son propre gain, pour être reconnu, apprécié et – naturellement – dédommagé.

Deuxièmement, un bon berger protège le troupeau. Le mercenaire fuit. « Il « voit un loup arriver, abandonne les brebis et s’enfuit ». Le berger reste et veille. Pour le berger dans les champs, cela signifie vigilance contre la menace physique de prédateurs animaux qui attrapent et dispersent le troupeau. Pour le berger dans la paroisse, cela signifie vigilance contre la menace spirituelle d’erreurs doctrinales qui mènent les âmes vers tant de tristesse et de division.

Troisièmement, un berger subvient aux besoins du troupeau. La protection n’est pas une fin en soi. Elle sert un but plus grand qui est de subvenir aux besoins du troupeau. Un berger protège pour pouvoir subvenir aux besoins du troupeau. Il sait que le troupeau du Christ doit être nourri sur son chemin vers la maison du Père. Et il sait ce qui constitue une vraie nourriture – il sait que la doctrine de l’Eglise, les sacrements et la liturgie nourrissent véritablement l’âme en vue de la vie éternelle.

Le mercenaire, parce qu’il est inévitablement également mondain, donne comme donne le monde. Son enseignement comme sa liturgie suivent la tendance du monde, procurant de la bouillie et du divertissement qui peuvent momentanément stimuler mais laissent finalement le troupeau affamé.

Quatrièmement, à l’exemple de notre Seigneur, un bon berger connaît ses brebis. « Je suis le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Un facteur qui distingue un pasteur des âmes d’un mercenaire ou d’un simple administrateur est sa relation à son peuple. Ce ne sont pas des clients ou des électeurs. Ce sont des enfants de Dieu confiés à sa vigilance pastorale. Il leur est envoyé pour être parmi eux, pour les connaître et partager leurs espoirs, leurs joies, leurs peines et leurs souffrances.

Cinquièmement, la générosité. Le Bon Berger Lui-même parle de la liberté et par là de la générosité avec laquelle Il s’occupe de Son troupeau : « je donne ma vie en vue de la recouvrer. Personne ne me la prend mais je la donne de moi-même ». Il dose son ouvrage en fonction des besoins des brebis et non en fonction de son propre confort. Saint Pierre, se rappelant peur-être des propres paroles du Seigneur, exhorte ses confrères : « prenez soin du troupeau de Dieu autour de vous, non par contrainte mais volontairement, comme Dieu le ferait, non pas pour un profit honteux mais avec enthousiasme » (1 Pierre 5:2).

Ce qui est triste pour le mercenaire, c’est qu’il est piégé par son désir de confort, d’affirmation et de profit. Il ne peut pas donner librement et généreusement parce qu’il ne recherche que le profit. Il dose son ouvrage non en fonction des besoins du troupeau mais selon ce que cela lui coûte. Et son manque de générosité conduit immanquablement à un manque de joie.

J’ai dit que cette liste des exigences constituait un examen de conscience pour nous les prêtres. Pour cette raison, elle procure également quelques idées sur la façon de prier pour les prêtres. Car un berger est toujours en danger de devenir mercenaire. C’est la tentation constante – agir avec travail et sacrifices pour rechercher l’épanouissement personnel. Sans un effort délibéré, un berger tombera inévitablement dans un statut de mercenaire.

Priez pour que les prêtres résistent à cette tentation et s’efforcent au contraire de se sacrifier généreusement pour protéger et procurer le nécessaire au troupeau qui leur est confié.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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