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DOGMES MATERIALISTES ET CONCLUSIONS FAUSSES

de Francis J. Beckwith

jeudi 10 septembre 2015

Avis à nos amis : Notre voyage d’étude/pèlerinage à Rome commence à se remplir. Nous nous réunirons à Rome juste après le Synode d’Octobre et parlerons avec les spécialistes et journalistes les mieux informés de ce qui se sera passé à cet événement crucial. Nous aurons aussi une session concernant l’encyclique sur l’environnement et l’état de l’Eglise dans le monde. Ce sera une semaine aussi instructive que stimulante et en même temps un divertissement profondément catholique. Si vous êtes intéressé, il vous suffit de cliquer sur la publicité à droite et de suivre les instructions pour savoir comment vous inscrire. Ce sera un petit groupe intime, donc le nombre de places est tout à fait limité. Inscrivez-vous aujourd’hui
pour ne pas manquer l’occasion. J’espère vous voir à Rome en octobre.
Robert Royal.

St Thomas d’Aquin, citant Aristote, a écrit jadis : « Une petite erreur au départ peut mener à de grandes erreurs dans les conclusions finales. » Ce qu’il veut dire, c’est que, étant donné la nature de la raison, si l’une de vos hypothèses de base est erronée, cette erreur aura beau vous sembler sans importance dans votre raisonnement global, il se peut que vos conclusions s’avèrent fausses, totalement fausses.

Un très bon exemple pour expliquer ce que St Thomas veut dire se trouve dans une « conférence TED » que mon frère Jim m’a proposé d’écouter. Dans la conférence intitulée « Qu’est-ce qui explique l’essor des humains ? », le professeur Yuval Noah Harari déclare que la meilleure explication de la domination de l’homo sapiens sur terre, est la capacité de l’imagination humaine à construire certaines « histoires » à propos « d’entités fictives », qui fournissent le moyen par lequel nous pouvons, en grands nombres, coopérer les uns avec les autres. Parmi ces entités fictives il y a Dieu, les droits de l’homme, et la valeur du papier monnaie.

Quoique le professeur Harari soit un orateur intéressant et sa conférence attrayante d’un point de vue rhétorique, les références philosophiques de sa théorie m’ont laissé avec plus de questions que cette théorie n’a de ressources pour y répondre.

Commençons par poser cette question : Comment le Professeur Harari sait-il que ces « histoires » sur le divin, les droits naturels, et la monnaie d’une nation sont des fictions ? Il ne le dit pas. Son seul présupposé est que le matérialisme est le seul moyen correct de rendre compte de la réalité. Il a la conviction que les seules choses qui sont réelles sont ces choses physiques qui sont sujettes à une mesure quantifiable.

Comme il dit à propos de la nature des droits de l’homme :

Les droits de l’homme, tout comme Dieu et le ciel , ne sont qu’une histoire de notre invention. Ils ne sont pas une réalité objective ; ils ne sont pas un effet biologique concernant l’Homo Sapiens. Prenez un être humain, découpez le, ouvrez le et regardez à l’intérieur, vous trouverez le cœur, les reins, des neurones, des hormones, l’ADN, mais vous n’y trouverez pas des droits. Le seul endroit où vous trouvez des droits se trouve dans les histoires que nous avons inventées et répandues pendant les quelques siècles passés. Ce sont peut-être des histoires très positives, de très bonnes histoires mais ce ne sont cependant que des fictions que nous avons inventées.

Il s’avère donc, que, parce que les droits de l’homme (sans mentionner Dieu) ne peuvent être détectés par des instruments et méthodes relevant des sciences naturelles, ils ne font pas partie d’une « réalité objective ». Mais à l’exemple du chanteur de « country » musique, Johnny Lee, qui a chanté autrefois sa vaine quête de l’amour dans « single bars », et avec « good time lovers », le professeur Harari recherche – lui aussi – des choses justes, dans tous les lieux où il ne peut les trouver. Il ressemble, selon la comparaison du philosophe Edward Feser, « à l’homme ivre qui cherche ses clés de voiture à la lumière du lampadaire, au seul endroit où il y a assez de lumière pour les voir. »

Où donc devrions-nous « chercher » des choses justes ? Nul besoin d’aller plus loin que la conférence du professeur Harari elle-même. En proposant une explication de l’essor des humains, qu’il croit correcte, il sous-entend que ceux qui n’y souscrivent pas sont dans l’erreur. Supposant que le but de l’argumentation, de même que l’usage de preuves pour justifier une explication, est d’arriver à la vérité ou à quelque chose qui approche de la vérité, il s’ensuit que la personne qui n’adhère pas à cette explication n’a aucun droit de déclarer que son point de vue est correct.

Il y a aussi une autre conséquence : une personne qui ne tient aucun compte des preuves, d’un raisonnement juste et d’une réflexion approfondie alors qu’elle adopte des pensées chimériques, des raisonnements fallacieux et des idées confuses et irréfléchies,- cette personne se fait tort à elle-même. Cependant pour porter un tel jugement, il faut savoir à quelles fins la personne humaine est ordonnée.

Mais de telles fins, ou causes dernières, ne peuvent être détectées par les instruments et méthodes appliquées aux sciences naturelles. Si vous découpez un être humain pour l’ouvrir, comme le professeur Harari le dirait, vous ne pouvez voir les choses bonnes auxquelles l’être humain est ordonné. Si pourtant, c’est cela qui fait que de telles choses bonnes ne font pas partie d’une « réalité objective », alors, les praticiens de l’entreprise scientifique elle-même sont privés de tout motif de condamner l’ignorance et de louer la sagesse : deux jugements dont la véracité dépend de « l’histoire inventée » d’une réalité immatérielle, une « forme de l’être humain » (l’âme est la forme et le corps la matière selon Aristote). Après tout, vous ne pouvez savoir s’il manque un attribut naturel à un être tant que vous ne savez pas de quelle sorte de chose – d’être, il s’agit. Ainsi, nous disons qu’il manque la vue à un aveugle, alors qu’il ne manque rien à un caillou qui ne voit pas.

Par ailleurs, les lois de la logique sont essentielles à l’entreprise scientifique. Ainsi, pour s’engager dans une recherche scientifique, il faut bien raisonner, ce qui signifie qu’on ne devrait pas violer les lois de la logique. Mais les lois de la logique ne sont pas de entités matérielles que l’on peut découvrir en ouvrant quelque chose avec un bistouri, encore moins un être humain. En fait, les relations entre les hypothèses de base et les termes d’une argumentation relèvent du domaine de la logique pas du domaine de l’espace ; ce qui signifie que ce ne sont pas des objets physiques. Prenez par exemple une forme d’argumentation valide, modus ponens :

Si P, alors Q

P

Donc Q

Cela est une forme valide, non pas parce que les deux hypothèses de base ensemble, d’une manière ou d’une autre, entraînent physiquement la conclusion, comme – au billard - une boule de pointe fait bouger la boule 8 en la touchant. C’est plutôt par une logique nécessaire que la conclusion se déduit des hypothèses de base.

Cette relation n’est pas physique, quoiqu’elle paraisse tout aussi réelle et faisant partie d’une « réalité objective » comme la relation entre deux boules de billard ou ce que l’on voit quand on ouvre le corps d’un être humain. Ainsi nous avons une raison de plus de rejeter le matérialisme du professeur Harari.

Là est le problème : si quelqu’un vous présente une théorie de la réalité qui exclut ce qui semble être manifestement vrai, c’est probablement une bonne idée de se montrer sceptique par rapport à cette théorie, plutôt que de douter de ce qui relève du sens commun. Car, ironiquement, c’est notre bon sens, ce que nous croyons, avant même d’y avoir réfléchi, concernant le beau, le bien et le vrai qui rend possible l’invention de théories, et même de mauvaises théories.

13 Août 2015

Source : http://www.thecatholicthing.org/2015/08/13/materialistic-dogmas-and-bad-conclusions/

Photo : Le professeur Harari.

Messages

  • Attention tout de même lorsqu’il s’agit du papier-monnaie (il en est exactement de même pour la monnaie de chiffres étant dans les mémoires des ordinateurs). S’il y a bien quelque chose qui est quantifiable, c’est bien la monnaie. La monnaie-papier et la monnaie de chiffres dans les ordinateurs. Il en est de même pour la monnaie d’autrefois en or ou en argent-métal, à la différence que cette monnaie-or ou argent-métal a sa valeur propre en sa matière-même, une matière ’précieuse’, un bien matériel qu’est l’or ou l’argent-métal, ce qui n’est pas le cas, ou accidentellement, de la monnaie-papier ou de la monnaie de chiffres.

    En effet, dans l’esprit de la très grande majorité d’entre nous, nous considérons la "monnaie"-papier ou de chiffres comme une "marchandise", c’était vrai avec l’or et l’argent-métal et c’est devenu complètement faux avec le mode de création monétaire pratiqué par les banques quand elles créent la monnaie-papier ou chiffres. Les réalités très matérielles (par exemple la production industrielle et agricole, les services) ne sont pas du tout reflétées dans la création de la monnaie de papier et de chiffres d’où les crises à répétition.

    Le drame, c’est que même des banquiers, et des plus grands, considèrent l’argent actuel, l’argent de papier et de chiffres, comme une marchandise. Ceci induit inévitablement les pires pièges pour l’entendement et les graves dommages causés dans l’ordre naturel et humain du monde pourtant physique, donc visible. Un monde victime des trompe-l’œil, des malentendus puissamment incrustés dans la plupart de nos têtes, avec confusion entretenue, distorsions, fraudes, vols et ruines, voire crimes, guerres et révolutions, etc.

    On voit dans cet article que l’exemple pris avec la ’monnaie’ indique bien que la monnaie, en son paradigme fondamental, est entièrement confondue avec la vraie marchandise qu’est l’or et l’argent-métal (ou toute autre valeur matérielle palpable) et n’est pas élucidée en son essence. En effet, la monnaie naît uniquement par le processus du -crédit-. C’est à dire que la monnaie provient des -crédits- accordés déclenchant la création de monnaie (de chiffres). La monnaie actuelle, naît par le crédit. Donc la monnaie naît par les -dettes-.
    Mais : CRÉDIT = DETTE.

    Mon présent commentaire n’est sans doute pas en phase directe avec le sujet de l’article, mais seulement pour souligner un cas spécifique encore trop peu élucidé, donc qui peut embrouiller plutôt qu’élucider. Mais des progrès vers la lucidité se font jour dans le public depuis environ une quinzaine d’années et, de plus en plus, cheminent heureusement dans l’esprit des gens.

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