Considérons saint Jean-Marie Vianney

Michael Pakaluk, traduit par Bernadette Cosyn

vendredi 4 septembre 2020

© Pascal Deloche / Godong

Durant l’été 1859, la ruée vers l’or de Pike’s Peak commença, Amherst et Willams jouèrent le premier match inter-universitaire de baseball. En octobre, John Brown lança un raid sur Harper’s Ferry. Des troupes commandées par Robert E. Lee le capturèrent. Il fut pendu le 2 décembre. Ce même été, le 4 août, le curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, mourut dans son village français, à l’âge de 73 ans.

Sa béatification et sa canonisation font partie des plus rapides des temps modernes avant les réformes du processus initiées par le pape Jean-Paul II. Pie X a béatifié Jean-Marie Vianney en 1905 et Pie XI l’a canonisé comme saint le 31 mai 1925.

Dans un texte précédent (L’avortement est la croix), j’ai fait référence à la fameuse citation de Saint Josemaria Escriva selon laquelle « les crises de ce monde sont des crises de saints ».Nous pouvons chaleureusement approuver cette déclaration sans pour autant comprendre précisément ce qu’elle signifie. La signification semble varier avec les individus et les crises, tout comme la sainteté elle-même. Considérez ces quelques exemples : Juan Diego, Thomas More, John Henry Newman, Mère Teresa et Jean-Paul II. Mais aujourd’hui considérons Jean-Marie Vianney.

Avec le recul, Vianney se montre être l’un des grands prêtres et religieux qui se sont levés dans le sillage de la Révolution Française pour aider la France à revenir à la foi. Il était enfant durant la Révolution Française et la Terreur. Il a vu des prêtres exécutés et des églises fermées par ordre des autorités civiles. Cependant, pour lui, le besoin de prêtres est devenu par là plus évident et non pas moins. Et il n’était pas le seul : parmi les ordonnés diacres en même temps que lui à Lyon on compte Marcellin Champagnat (canonisé par Jean-Paul II en 1999) et Jean-Claude Colin – fondateurs des frères et pères maristes.

Pourtant, bien que les saints soient la réponse aux crises, ils n’aspirent pas à l’être – ils ne pourraient sans doute pas le devenir s’ils réagissaient ainsi. Ils aspirent à aimer Dieu passionnément, sans souci des crises. Le biographe de Jean-Marie Vianney, Joseph Vianney, interprète à cette lumière les démêlés de Jean-Marie Vianney avec le latin et la philosophie.

A vue humaine, écrit Joseph, on aurait pu penser que la crise en France serait mieux résolue par de brillants apologistes à la Sorbonne, ou des orateurs attirants à la cathédrale Notre-Dame. Mais l’Eglise avait un bien plus grand besoin de curés de campagne « pour manifester, par la sainteté de leurs vies, la vérité de l’Evangile auquel le peuple avait cessé de croire. L’enfant de Dardilly a été choisi, parmi tous les autres, pour être le modèle de ces saints prêtres qui sont indispensables à l’accomplissement du plan divin ».

Au soir de sa vie, un homme d’église a soumis au confessionnal d’Ars un cas de conscience complexe, pour demander conseil au curé et il a découvert qu’un problème qui avait déconcerté les plus grands théologiens moraux était résolu immédiatement, élégamment et de façon convaincante par un simple prêtre. Il demanda où Vianney avait acquis un savoir théologique aussi pointu. Le saint répondit en désignant son prie-Dieu.

Le curé d’Ars était profondément convaincu de sa propre insignifiance, ne recevait pas de consolations de ses propres vertus et priait avec ferveur pour ne jamais attirer l’attention. Par exemple des milliers de pèlerins venus à Ars furent guéris de maux physiques par ses prières. Mais apparemment, en réponse à ses prières, ils ne furent pratiquement jamais guéris sur-le-champ. Il leur disait de retourner chez eux et de faire une neuvaine à Sainte Philomène – et le neuvième jour ils étaient guéris, sans attirer l’attention et loin d’Ars.

Il est de notoriété publique qu’il passait 16 ou 17 heures par jour au confessionnal. Ce nombre même semble suffisamment éloquent. Mais considérez de plus que son église n’était pas chauffée. Il lançait malicieusement que, en hiver, à la fin de la journée, il voyait d’abord ses pieds avant de les sentir. Je les touchais, disait-il, pour m’assurer qu’ils étaient bien toujours là.

Pendant les grosses chaleurs de l’été, les pèlerins attendant leur tour pouvaient sortir un moment prendre un peu l’air pour éviter de s’évanouir. Mais lui passait tout son temps derrière un rideau dans une boîte pleine du souffle des pénitents et souvent, comme ils étaient pour la plupart pauvres, de leur odeur également.

Et puis il écoutait les péchés durant ces 16 ou 17 heures. C’était sa plus grande cause de souffrance. « Je dépéris de mélancolie sur cette misérable terre » a-t-il confié un jour à un confrère prêtre. « Mon âme est triste à en mourir. Mes oreilles n’entendent que des choses douloureuses qui me brisent le cœur de douleur. » Son biographe compare cela à Saint Pierre obligé d’assister à la Passion 17h par jour.

Il ne dormait, sur des planches, que quelques heures par nuit, endurant une souffrance chronique. Seuls l’amour et la grâce peuvent expliquer son énergie durant le jour. Il consommait trop peu de nourriture pour que qui que ce soit en vive de façon naturelle. A un âge avancé, par obéissance, il prenait un peu de pain et de lait. Son biographe note cet incident révélateur : « le frère Jérôme, qui était souvent présent lors de ce léger repas, a vite remarqué qu’il mangeait toujours le pain d’abord et buvait le lait ensuite. ’Mais monsieur le curé’, fit-il un jour remarquer alors qu’il voyait sa difficulté à mastiquer ’ce serait bien mieux si vous mettiez le pain dans le lait’. ’Oui, je sais’ lui fut-il répondu. »

Et c’était bien plus difficile pour un prêtre de paroisse que pour un religieux disait-il. « Un prêtre a besoin de penser, de prier, d’être uni à Dieu intimement. De son côté, le curé vit dans le monde : il discute, se mêle de politique, lit des journaux, en a la tête farcie ; il va ensuite lire son bréviaire et dire sa messe et alors, hélas ! il fait cela comme si c’était une chose ordinaire ! »

Hélas, en effet ! Ses paroles s’appliquent aux laïcs comme aux prêtres séculiers. Et ces crises du monde sont des crises de saints.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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