Chronique n° 269 parue dans F.C. – N° 1570 – 14 janvier 1977

CASSANDRE « MOURRA IDIOTE »

Après le temps des opulences mal réparties viendra celui des seules richesses qu’on ne peut accaparer

lundi 19 octobre 2015

Parmi les nombreuses qualités de M. Herman Kahn, le futurologue du Hudson Institute, il en est une que nul ne lui contestera, c’est l’aplomb [1]. Quelques années après avoir annoncé l’essor de la France, destinée, disait-il, à prendre la tête de l’Europe, il choisit le moment où M. Barre fait ses premiers cheveux blancs pour déposer dans nos souliers un scénario des 200 prochaines années (a) dont l’optimisme ne désarme pas.

Le titre à lui seul laisse perplexe. Les 200 prochaines années, vraiment ? Voyons. Il y a deux cents ans, et alors que les choses allaient infiniment moins vite, qu’aurait pu dire M. Herman Kahn de la Révolution française, de l’Amérique, de Napoléon, des deux guerres mondiales, du Japon, de l’homme sur la Lune, de la bombe atomique, de Lénine et du Goulag ? Rien. Rien à coup sûr.

Et pourtant je suis de son avis. Il ne peut certes pas nous dire ce que la science, qui transforme tout, trouvera au cours des deux prochains siècles ; ni même la semaine prochaine. Il ne peut rien nous dire non plus des grands événements politiques et militaires. Il n’essaie même pas de toucher à l’avenir spirituel de l’homme [2]. Mais dans le cadre économique et technologique où il se cantonne, celui précisément où se complaît Cassandre modèle 1976, je partage ses vues optimistes, et je crois, comme le dit Jacques Bergier, que le destin de Cassandre est de « mourir idiote ».

Herman Kahn n’exclut pas les catastrophes, il suggère même la possibilité de quelques-unes qui sont terrifiantes. Mais comme lui je crois que les grandes catastrophes ne sont pas là où on les voit. Chacun croit, par exemple, que la plus grande hécatombe du premier tiers de ce siècle fut la Grande Guerre. Mais non, et de très loin. Une récente étude américaine vient de montrer que la « grippe espagnole » tua beaucoup plus de monde que la guerre [3]. De même la diffusion de la pomme de terre au XVIIIe siècle, en modifiant radicalement (c’est le mot) le peuplement de la Terre, eut une influence plus grande sur les réalités humaines du siècle suivant que la Révolution française et Napoléon (qui en furent peut-être un effet, comment savoir ?).

Les esprits forts qui se gaussent des menaces de la Vierge de La Salette annonçant une maladie de la pomme de terre, triviale prophétie dans une bouche sacrée, ne prennent pas garde que l’Amérique actuelle est partiellement façonnée par les conséquences de cette maladie, qui peupla les États-Unis d’émigrés irlandais [4].

Revenons à Herman Kahn.

Sa thèse essentielle est que rien ne peut mettre longuement en danger les peuples qui sauront garder leur compétence, leur volonté, leur capacité inventive. Il n’y a aucune « crise » matérielle ni existante ni imaginable dont la technique ne puisse venir à bout. Parlant de la nouvelle augmentation unilatérale du pétrole, M. Giscard d’Estaing a prononcé le mot de « rançon », suggérant l’idée que nous sommes en position d’otages. C’est vrai ! Mais si l’Europe faisait face avec cette même volonté qu’elle a tant de fois démontrée au cours de tant de guerres sanglantes, elle pourrait modifier ses structures technologiques au point de se passer presque entièrement et même entièrement de pétrole.

On entend souvent certains technocrates démontrer que c’est impossible. C’est en effet impossible dans une économie de paix. Il est « impossible » que les Européens endurent pendant quatre ou cinq ans des privations comparables à celles de la dernière guerre (moins le sang répandu) pour se donner des structures technologiques qui la libéreraient à jamais de toute dépendance. Mais de quelle nature est cette « impossibilité » ? Morale.

Il nous faudrait réapprendre la pauvreté, qui est pourtant encore le lot d’un bon nombre d’entre nous, et que la plupart d’entre nous, au-dessus de 50 ans, ont connue dans leur jeunesse. J’appartiens à une génération et à une classe sociale où il était normal de grandir dans des maisons munies d’un seul poêle, où l’on ne mangeait de viande qu’aux fêtes, où l’on travaillait à dix ans, tableau que je ne fais qu’esquisser et qui n’évoque plus rien en 1977. Il en faudrait bien moins pour permettre notre libération économique ! Bien moins, mais dont nul ne voudra tant qu’on n’aura pas le couteau sous la gorge [5].

Les énergies de remplacement existent, illimitées, à condition de ne reculer devant rien pour en payer le prix : le soleil, la récupération géothermique, le vent... [6] Les matières premières ne sont « premières » que parce que c’est de celles-là, abondantes par hasard sur le marché, que notre technologie a pris l’habitude. J’aime la boutade de Wilfred Beckerman, l’économiste anglais cité par Kahn : « Notre civilisation a fait faillite et n’existe plus depuis longtemps parce que M. Beckerman mon oncle n’a pas inventé jadis le « beckermonium », indispensable, comme on sait, à la survivance de toute société technologique avancée. » [7]

Kahn donne un tableau des matières premières de remplacement disponibles chez nous en quantités illimitées. Ce tableau fait sans doute grogner les ingénieurs, qui voient d’abord l’étendue des difficultés. Mais fut-il plus difficile de métamorphoser complètement la France entre 1915 et 1918 pour répondre aux besoins du front ? Or, ici, il n’y a pas le pire, qui était précisément le front, où le meilleur de la France mourait. Et, deuxièmement, je trouve Herman Kahn relativement sage et réservé : il n’envisage pas une refonte de la technologie, mais des révisions, des prolongements peu modifiés de la technologie actuelle.

Allons au fond du problème, qui n’est pas technologique. C’est là seulement que la lecture d’Herman Kahn produit une impression de superficialité et d’irréalisme touchant au rêve. Dans les deux siècles à venir qu’il nous dépeint, il ne prévoit aucune métamorphose de l’homme, aucune mutation spirituelle.

Mais les besoins actuels de l’homme sont d’abord spirituels. L’homme ne se nourrit pas seulement de pain. Les besoins qui font divaguer notre temps et qui nourrissent son angoisse ne sont pas en premier lieu matériels.

Je n’oublie certes pas l’affreux tableau, chaque matin répété à Calcutta et à Bombay, des cadavres qu’on ramasse par camions, ni le Nord-Est brésilien, ni aucun des lieux de la Terre où le corps de l’homme est supplicié par le besoin. Mais ils se trompent, ô combien, ceux qui expliquent l’angoisse contemporaine par le sentiment de culpabilité que nous inspirerait inconsciemment le sort de tous ces malheureux (je pense en particulier aux livres sanglants et pathétiques de M. Ziegler [8]).

Allons donc ! Nous nous accommodons sans angoisse depuis la nuit des temps de malheurs bien plus affreux – quand ils frappent les autres, s’entend, ce qui est précisément le cas dans l’Occident actuel [9].

L’angoisse de notre fin de siècle ne naît pas des funèbres camions de Calcutta, mais de la nuit qui descend sur les âmes, du vide crépusculaire où s’enfoncent les intelligences et les cœurs. Eh bien, ce vide, ce crépuscule, nous les connaissons. Nous les avons déjà vécus il y a deux mille ans, au moment où, inconnu de tous, Quelqu’un naissait dans une étable du Tiers Monde d’alors.

Que l’on lise les historiens de l’antiquité finissante, de ce temps que l’helléniste d’Oxford, E.-R. Dodds, appelle « the age of anxiety », l’âge de l’anxiété [10]. C’est l’histoire de notre temps. Déjà, alors, la science avait fait, ou croyait avoir fait le tour des choses, n’y découvrant qu’une infinie solitude.

Si notre âme éprouve l’ennui glacial du vide, c’est qu’elle s’éveille à l’immensité vertigineuse de ce qui lui manque. C’est qu’en elle grandit une faim qu’aucune technologie ne saurait rassasier.

Que, dans cet avenir dont Herman Kahn ne nous parle pas, le désespoir de nos ténèbres nanties commence à s’éclairer d’une autre lumière – la lumière de Noël – et notre corps maintenant si exigeant et douillet se prendra tout simplement à rire de se voir enseveli sous tant de futilités. Je crois qu’après le temps des opulences mal réparties viendra celui des seules richesses qu’on ne peut accaparer, celles de l’amour. J’y crois parce que les lois de l’histoire, qu’on peut aussi appeler Providence, nous y conduisent [11].

Aimé MICHEL

(a) Herman Kahn, William Brown, Léon Martel et le Hudson lnstitute : Scénario pour 200 ans, 1976–2176 (Albin Michel, Paris 1976).

Chronique n° 269 parue dans F.C. – N° 1570 – 14 janvier 1977


Notes de Jean-Pierre ROSPARS du 19 octobre 2015


[1Il a déjà été question de M. Herman Kahn dans une chronique écrite en septembre 1974, Impossible futurologie – Apprenons à maîtriser l’imprévu quand il se produit car le prévoir est chimérique (n° 203, mise en ligne le 23.09.2013) et en termes peu élogieux : « Le plus connu des futurologues, Herman Kahn, ne cesse de perdre de son lustre à mesure que les années, en passant, confrontent les événements réels à ceux qu’il avait prédits. » Aimé Michel n’est pas loin de l’y traiter ouvertement de faux prophète ! Pourtant il approuve ici sa « thèse essentielle » et plusieurs de ses illustrations pratiques.

[2C’est la seconde fois qu’Aimé Michel évoque l’avenir spirituel de l’humanité. C’est le thème de la chronique de la semaine dernière, n° 256, Celui qui pleurait à Pasadena – L’enjeu spirituel de la recherche d’une vie extraterrestre (12.10.2015).

[3La grippe espagnole atteint la France en trois vagues successives, printemps, automne et hiver 1918, la plus meurtrière étant la seconde en septembre et octobre. Ni l’armée ni la population civile ne sont épargnées. La maladie se déclare au niveau du nez et du pharynx puis se propage dans les bronches et les poumons. La forte fièvre, supérieure à 40° est suivie de complications pulmonaires. Au bout de 4 mois, 90 % des personnes atteintes sont mortes. Au nombre des victimes célèbres on compte Guillaume Apollinaire et Edmond Rostand. La médecine est impuissante. Certains soupçonnent l’œuvre de bactériologistes allemands et la presse s’en fait l’écho. D’autres disent que cette grippe vient d’Espagne. De folles rumeurs circulent sur des conserves espagnoles contaminées par des Allemands. S’agit-il même d’une grippe ? Le Dr Roux de l’Institut Pasteur confirme fin octobre qu’il s’agit bien du virus de la grippe, déjà identifié auparavant, mais sa voix semble se perdre dans le brouhaha. L’estimation du nombre de morts en France varie suivant les sources : entre 165 000 et 210 000 personnes (O. Lahaie, L’épidémie de grippe dite « espagnole » et sa perception par l’armée française (1918-1919), Rev. Hist. Armées, 262, pp. 102-109, 2011, disponible sur http://rha.revues.org/7163#ftn33).

Le virus de cette grippe était originaire de Chine. C’est aux États-Unis qu’a eu lieu la mutation qui l’a rendu mortel. Il est ensuite passé en Europe où il a débarqué en même temps que les troupes américaines (voir note de la chronique n° 306, Supposez que je sois Brejnev – Vanité de la politique seule et importance de la supériorité technique, 16.08.2014) avant de se répandre dans le reste du monde. Le nombre de morts entre 1918 et 1920 est évalué suivant les historiens entre 20 et 100 millions pour un milliards de malades. La grippe espagnole est ainsi l’une de plus grandes pandémies humaines, comparable à la peste et au sida (plus de 30 millions de morts), loin devant le nombre de morts attribués à la guerre de 14-18 (13 millions). Une étude récente publiée dans le Lancet (Murray et col., 368, 2211-2218, 2006) montre que la mortalité frappe surtout les jeunes adultes (pic entre 25 et 29 ans) et est très variable (dans un rapport de 1 à 30) suivant les pays. Le principal facteur explicatif de cette mortalité est le revenu par habitant du pays : plus le revenu est faible plus la mortalité est forte, un accroissement de 10 % du revenu correspondant à une baisse de 10 % de la mortalité.

En 2004, des chercheurs américains et japonais sont parvenus à résoudre l’énigme que constituait jusqu’alors ce virus. En analysant 5 de ses 8 gènes prélevés sur des cadavres congelés de victimes de la maladie en Norvège et au Groenland ils ont pu confirmer qu’il s’agissait bien d’un virus grippal (type A, sous-type H1N1, ce nom se référant à deux sous-types d’antigènes : l’hémagglutinine de type 1 et la neuraminidase de type 1). Les 3 gènes restant ont été analysés en 2008 permettant ainsi de reconstituer le virus au laboratoire pour l’étudier. Un communiqué du CNRS précise que « Le bénéfice attendu de ces recherches dépasse de loin les craintes de voir des groupes terroristes faire leur propre version du virus à partir des informations publiées ou de s’emparer du virus pour le disséminer. Ces découvertes rendues disponibles à toute la communauté scientifique permettront de nouvelles recherches pour des diagnostics, des traitements et des mesures de prévention. » (http://grippeaviaire.inist.fr/?+Des-chercheurs-reconstituent-le+). Il faut en effet se souvenir des craintes soulevées par l’épidémie de grippe aviaire. Les chercheurs de l’étude publiée dans le Lancet citée ci-dessus ont estimé que si une souche de la virulence de celle de 1918-20 était survenue en 2004 elle aurait pu tuer entre 51 et 81 millions d’individus dont près de 80 % en Asie du Sud et de l’Est et en Afrique sub-saharienne (4 % seulement dans les pays de l’OCDE).

[4Samedi 19 septembre 1846, deux enfants qui ne se connaissent que depuis la veille, Mélanie Calvat (14 ans) et Maximin Giraud (11 ans), gardent leurs troupeaux de vaches sur le mont Planeau qui domine le village de La Salette, commune de La Salette-Fallavaux, dans les Alpes, à l’écart de la route Napoléon à une quarantaine de km au sud de Grenoble. Après un repas de pain de seigle et de fromage et une sieste, ils recherchent leurs bêtes et aperçoivent soudain au fond de la combe une grande clarté. Le globe de lumière s’entrouvre et laisse apparaître en son milieu la forme d’une femme assise et qui pleure, la tête dans les mains et les coudes sur les genoux. La femme se lève, le visage découvert et les mains croisées devant le corps dans des manches longues. Elle appelle en français : « Avancez mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. » Ils descendent la combe, franchissent le ruisseau tandis que la femme fait quelques pas vers eux. Elle parle en pleurant : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée à laisser aller la main de mon fils ; il [sic] est si forte et si pesante que je ne peux plus le maintenir, depuis le temps que je souffre pour vous autres, si je veux que mon fils ne vous abandonne pas je suis chargée de le prier sans cesse moi-même, pour vous autres n’en faites pas de cas ; vous auriez beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres. »

Elle se plaint du travail dominical et des jurons des charretiers ; puis vient le passage sur les récoltes : « Si la récolte se gâte ce n’est rien que pour vous autres, je vous l’avais fait voir l’année passée par les pommes, mais vous n’aviez pas fait cas que c’était au contraire quand vous trouviez des pommes de terre gâtées vous juriez et vous mettiez le nom de mon fils au milieu. Ils vont continuer que cette année pour la noël il y en aura plus. » Mélanie ne comprend pas (sa langue quotidienne est le dialecte franco-provençal local, elle comprend bien « pomme » mais pour elle il n’y a de pommes que sur les arbres). La Dame reprend « vous ne comprenez pas mes enfants je m’en vais vous le dire autrement » et elle poursuit en patois. Elle annonce une famine. « Vous n’avez pas vu de blé gâté, mes enfants. Et puis nous lui dîmes : Non, Madame (…) Et vous, mon enfant, vous devez bien en avoir vu une fois au Coin avec votre père, que le propriétaire du champ dit à votre père de venir voir son blé gâté. Et puis vous y allâtes, vous prîtes deux ou trois épis de blé dans vos mains et les froissâtes, tout tomba en poussière. Puis en s’en retournant comme ils étaient encore une demi-heure loin de Corps votre père vous donna un morceau de pain et vous dit tiens mon enfant mange encore du pain cette année que nous ne savons pas qui en va manger l’année qui vient si ça continue comme ça. » (c’est moi qui souligne).

J’ai extrait la première citation de la Relation Pra du nom de Baptiste Pra, le patron de Mélanie, qui mit le premier par écrit au soir du 20 septembre 1846, dans un français malhabile et pour son usage, le récit fait en patois la veille par Mélanie et Maximin ; et la seconde citation sur les pommes de terre, dite en patois par la visiteuse, de la relation écrite par un prêtre originaire de Corps parlant couramment son dialecte, l’abbé François Lagier, lors de son enquête en février 1847 (je l’ai suivi car elle est plus aisée à comprendre que celle de Pra bien que très proche). On trouvera des versions plus complètes dans les livres d’Yves Chiron, Enquête sur les apparitions de la Vierge, Perrin-Mame, Paris, 1995, pp. 180-187 et surtout de Joachim Boufflet et Philippe Boutry, Un signe dans le ciel. Les apparitions de la Vierge, Grasset, Paris, 1997, pp. 127-141. Voir également l’article Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_de_La_Salette).

Cet humble récit est d’un grand intérêt. Les apparitions ne sont pas nouvelles mais ce qui est nouveau ici ce sont les multiples relations recueillies de la bouche même des témoins et le souci des enquêteurs de reproduire fidèlement leurs dires ; comme l’écrivent Boufflet et Boutry : « Le récit d’apparition (…) quitte l’univers générique des révélations célestes pour entrer dans l’ordre du témoignage ». La personnalité, la langue, la culture des témoins prennent une importance centrale qu’elles n’avaient jamais eu auparavant. En résulte un témoignage précieux sur la vie du peuple à l’époque et sur la montée de l’individu. Les deux enfants ne savent ni lire ni écrire, ne parlent guère que le dialecte local (seul Maximin parle un peu français), sans instruction religieuse, en solitude affective (Maximim est orphelin de mère, Mélanie privée d’attentions). Leur vie est rude, laborieuse, presque misérable. Les 734 habitants de la commune vivent en autarcie une grande partie de l’année. Leur pratique religieuse est faible : un prêtre du lieu parle de l’indifférence et de l’apathie religieuse d’une population absorbée par les intérêts matériels.

Depuis l’hiver 1845-1846 la pomme de terre est attaquée par un champignon, le mildiou (Phytophtora infestans). En 1846, un printemps sec et un été pluvieux ont réduit la production de céréales. À Grenoble le prix de l’aliment principal, le pain, a doublé ; comme il représente 80 % du budget du peuple, les conséquences sont terribles. Il ne s’agit pas d’une crise locale, la France et l’Europe entières sont touchées. En France, la hausse du prix du pain (+22 % en moyenne) se traduit par une baisse du nombre de naissances (−2 %), une hausse du nombre de décès (+11 %) et une baisse des mariages (−5 %). La misère produit une immigration des campagnes vers les villes : entre 1846 et 1851 la population de la France ne croît que de 0,22 % mais celle des villes de 1 % (plus de 4 fois plus). Cette crise agricole (1845-1846) est la dernière crise de subsistance que connut la France. Elle entraîne une crise industrielle et commerciale en 1847, puis financière en 1848. Compliquée par une crise sanitaire (épidémie de choléra en 1849), elle devient politique en février 1848 (chute de la Monarchie de Juillet et proclamation de la Seconde République) puis sociale en juin 1848 (révolutions, publication du Manifeste du parti communiste par Marx et Engels). (Y. Charbit, Mise en perspective historique : la crise de 1846-1850, 2012, http://www.ceped.org/IMG/pdf/ceped_wp21.pdf ; Max Gallo, Histoire du monde, de la Révolution à nos jours, Fayard, Paris, 2001).

C’est en Irlande que la crise est la plus dramatique. La chute de la production de pomme de terre due au mildiou commença en 1845 et se poursuivit jusqu’en 1851. La campagne irlandaise se transforma en un immense charnier. La Grande Famine y provoqua entre 500 000 et un million de morts (sur une population totale de 8 millions d’habitants), deux millions de réfugiés, autant d’émigrants. L’émigration se poursuivit jusqu’en 1911 : la population de l’île était alors tombé à son niveau de 1800 (4,4 millions).

Sachant tout cela, revenons un instant à La Salette et à son étrange Dame. Relisons la dernière phrase citée d’elle (en italique) et on comprendra sans doute mieux ce que cette « parole triviale », venue d’un passé heureusement révolu, peut avoir d’émouvant.

[5Aimé Michel pose ici le problème de la décroissance. L’idée a fait son chemin comme la première encyclique rédigée par le pape François le laisse présager : « L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance dans d’autres parties » (Laudato si, Loué sois-tu, 24 mai 2015, §193, pp. 147-148, texte complet sur http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf). La difficulté, en pratique, est qu’il y a plusieurs façons d’entendre la décroissance.

L’une d’elle consiste en une forte réduction de la consommation. Elle est évoquée ici par Aimé Michel mais sur quelques années seulement. Si elle dure, quelle que soit la façon dont on l’envisage, elle conduit à de graves difficultés. Si on suppose le maintien de la productivité actuelle, le chômage augmentera en fonction du niveau de décroissance. Si on abaisse la productivité, contrairement à ce qui s’est toujours fait jusqu’ici, c’est la peine des hommes qui s’accroîtra. Cette forme de décroissance est problématique car elle peut conduire à des catastrophes telles que la perte des diverses formes de protection sociale, le retour à la précarité et, pour certains, à la misère comme le contexte des apparitions de La Salette nous le rappelle, voire la transition vers des régimes politiques détestables.

Une autre façon de comprendre la décroissance est la réduction prioritaire de la consommation de matières premières non renouvelables. Cette voie est beaucoup plus motivante que la précédente et propre à mobiliser les énergies. C’est ce à quoi invite François : « limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, (…) en modérer la consommation, (…) maximiser l’efficacité de leur exploitation, (…) les réutiliser et (…) les recycler. » (op. cit. §22, p. 20). Ces objectifs se posent en des termes un peu différents pour la production d’énergie (voir note suivante) et pour les matériaux de fabrication (voir note 7) mais supposent des recherches actives et d’énormes investissements.

Mais il se peut que l’avenir nous contraigne à l’une et à l’autre de ces solutions, peut-être « le couteau sur la gorge » comme l’écrit Aimé Michel. Il faudra alors déployer autant d’inventivité pour éviter de retomber dans la misère qu’il en a fallu aux siècles passées pour en sortir. Mais ces perspectives ne sont pas désespérantes pour les raisons rappelées dans cette chronique et comme le dit François « La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. (…) La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice » (§§222 et 223).

[6Le problème de fournir de l’énergie en quantité suffisante, sur de très longues durées et sans effet nocif sur l’environnement demeure à ce jour non résolu. Pourtant, « Nous savons que la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon, mais aussi le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz – a besoin d’être remplacée, progressivement et sans retard. Tant qu’il n’y aura pas un développement conséquent des énergies renouvelables, développement qui devrait être déjà en cours, il est légitime de choisir le moindre mal et de recourir à des solutions transitoires. » (François, op. cit, §165). Les questions suivantes sont : est-ce possible et si oui, en combien de temps ?

Un petit livre écrit par un économiste, Philippe Muller, aide sinon à répondre à ces difficiles questions du moins à y réfléchir (La transition énergétique. Une énergie moins chère, un million d’emplois créés, Les petits libres n° 84, Ed. Mille et une nuits, Fayard, Paris, 2014, 213 pp., 5€). Il explique que les techniques existantes, déjà en production industrielle ou qui le seront dans les années à venir, permettront à la France de se passer complètement des énergies fossiles sans renchérissement du prix de l’énergie. Il croit aux éoliennes car le prix de l’électricité qu’elles produisent est déjà au même niveau que le prix de l’électricité nucléaire et fossile. Il vante les mérites des panneaux photovoltaïques à support en verre intégrant une couche de semi-conducteurs parce qu’ils produisent 10 fois l’énergie nécessaire à leur fabrication et parce que leur prix obéit à la loi de Moore : il chute tous les dix ans d’un facteur 3 (sur la loi de Moore voir la chronique n° 50, La troublante loi de Good, Quand l’intelligence des machines aura commencé d’échapper à la nôtre, 06.12.2010) ; il est actuellement inférieur à 7 centimes d’euro pour une grande installation (mais d’autres sources ne sont pas aussi optimistes pour l’avenir, par ex. http://energeia.voila.net/solaire/prix_moyen.htm). Il souligne qu’une bien meilleure utilisation du bois et des déchets (biogaz) est possible. S’il ne croit pas à la séquestration du CO2 produit par des centrales thermiques classiques (en raison des coûts et risques importants), l’hydrogène produite par hydrolyse de l’eau lui paraît une très bonne solution pour stocker l’énergie produite de manière intermittente par les éoliennes et les panneaux solaires. Pour les véhicules automobiles la pile à combustible utilisant l’hydrogène ainsi produit est au point et son coût diminuera quand elle sera produite industriellement ; l’hydrogène ne lui paraît guère plus dangereux que le méthane et l’essence que nous utilisons actuellement.

Philippe Muller propose même un plan chiffré pour se passer en 20 ans à la fois des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire mais là j’avoue qu’il ne m’a pas convaincu. Ce plan exige l’installation de 80 000 éoliennes et de 3 850 km2 de panneaux photovoltaïque, ce qui est vraiment beaucoup (une éolienne par 7 km2 du territoire et un tiers des toits couverts). En outre, pour y parvenir sans importations massives d’éoliennes ou de panneaux solaires étrangers, ce qui rendrait le projet économiquement non viable en raison du déficit commercial qu’elles induiraient, l’auteur propose de mettre en place un tarif douanier aux frontières et de renationaliser EDF. Ces mesures étant contraire aux règles actuelles de l’Union européenne, les aléas politiques et les conséquences négatives qui en résulteraient (que l’auteur ne discute pas) s’ajouteraient aux incertitudes techniques.

À moins que l’annonce récente par la société Colas, filiale de Bouygues spécialisée dans les routes, de la mise au point d’une dalle photovoltaïque qui peut être posée sur les chaussées ne modifie la donne ? Selon Hervé Le Bouc, PDG de Colas, la couverture d’un quart du réseau routier assurerait l’indépendance énergétique de la France (voir par exemple http://www.lesechos.fr/industrie-services/immobilier-btp/021398624191-colas-lance-la-route-photovoltaique-une-premiere-mondiale-1165007.php) ! Il faut certes attendre l’épreuve de l’expérience et des prix, mais tout compte fait il semble bien qu’on puisse le faire avec un certain optimisme.

[7Par cet apologue du beckermonium Aimé Michel veut attirer l’attention de son lecteur sur les fausses évidences et l’inciter, comme il aime à le faire, à retourner les cartes ! Il montre l’extrême difficulté de toute prévision car les données d’un problème ne sont pas fixes. Ce beckermonium qui n’a pas (encore) été inventé est un rappel de toutes les solutions de substitution qui pourraient être inventées si les conditions changeaient et si leur besoin se faisait vraiment sentir.

Une économie ne peut être véritablement durable que si elle est circulaire, c’est-à-dire si elle recycle toutes les matériaux qu’elle utilise. Si notre économie ne l’est pas c’est parce qu’il est plus facile de gâcher que de recycler mais la facilité n’a qu’un temps. L’économie devra tôt ou tard imiter la biosphère qui ne perdure depuis des milliards d’années que parce qu’elle est construite sur des cycles. Pour que ces cycles tournent il faut un apport d’énergie qui, dans le cas de la vie provient principalement du soleil (mais n’oublions pas que l’homme peut imiter le soleil, voir la chronique n° 172, Freiner la bombe H – Retour sur la fusion nucléaire contrôlée et l’avenir du nucléaire, 05.08.2013). La question de la fourniture d’énergie est donc cruciale mais on peut aussi beaucoup attendre des matériaux de substitution. Après tout la vie a réussi à faire (presque) tout ce dont elle avait besoin avec des protéines, ces micromachines éminemment recyclables qui ne sont que des variations sur un même thème : vingt acides aminés différents assemblées d’innombrables manières (voir la chronique n° 258, Le pot au noir de l’ascendance humaine – De l’asymétrie des acides aminés au peuplement de l’Amérique, 11.05.2015). Qui sait si une solution du même genre ne serait pas accessible à la technologie humaine ?

On voit qu’Aimé Michel a bien raison d’écrire « à condition de ne reculer devant rien pour en payer le prix » car c’est bien là le point névralgique.

[8Dans sa chronique n° 224 de novembre 1975, Les vivants et la mort – Les bonnes et moins bonnes idées de M. Ziegler (20.08.2012), à propos d’un livre de Jean Ziegler dont sa chronique reprend le titre, Aimé Michel écrit : « M. Jean Ziegler est ce qu’on peut appeler un aimable énergumène. Ethnologue, professeur à l’Université de Genève, il étudie la diaspora des Noirs déportés jadis en Amérique du Sud par les marchands d’esclaves. Il les aime, il aime leur culture et leur sagesse, il est plein de pitié pour leurs souffrances et c’est ce qui le rend attachant. Mais M. Ziegler est un énergumène. Son amour et sa pitié lui ont fait prendre en haine l’Occident et ses œuvres en bloc ; tous les péchés du monde sont occidentaux et l’Occident doit mourir. Il le dit : “J’ai pris pour ennemi ma culture originelle” ».

Premier dirigeant d’Emmaüs à Genève, conseiller municipal de cette ville (1963-1967) puis conseiller national (1967-1983 et 1987-1999) mais battu à Zurich (en 1999), Jean Ziegler, né en 1934, est un intellectuel de gauche subversif et controversé. Auteur de plus d’une vingtaine de livres, ses écrits polémiques lui ont valu de nombreux procès qu’il a tous perdus. Accusé de trahison diplomatique, il a été cependant acquitté. De 2000 à 2008 il a été rapporteur spécial de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Depuis 2009 il est vice-président du Comité des droits de l’Homme des Nations Unies. Il se dit marxiste, communiste et chrétien mais « pour la dissolution du Vatican, cette cour médiévale ridicule, vraie insulte aux Évangiles. » (http://www.lepoint.fr/monde/jean-ziegler-parti-et-socialiste-vont-devenir-des-gros-mots-pour-les-classes-travailleuses-15-10-2014-1872575_24.php).

[9La remarque est toujours d’actualité pour ce qui est de notre relative insensibilité aux malheurs des autres, sauf que mes malheureux en « votant avec leurs pieds » ne nous permettent plus aussi facilement que jadis de les ignorer.

[10L’helléniste oxonien d’origine irlandaise Eric-Robertson Dodds (1893-1979) a beaucoup retenu l’attention d’Aimé Michel qui y fait souvent référence. Son nom apparaît à propos des phénomènes de médiumnité (chronique n° 148, Janet et la découverte de la conscience – Ou comment des découvertes importantes peuvent sombrer dans l’oubli, 22.07.2013) et de la distinction entre sociétés de la honte et sociétés de la culpabilité (n° 264, Les métamorphoses du péché – De la culpabilité à la honte et de la quête du pardon à celle de l’estime publique, 04.11.2013). Il est également cité dans les chronique n° 219, La mère « stressée » – Les épreuves subies par la mère marquent l’enfant avant la naissance (19.01.2015) et n° 256, Celui qui pleurait à Pasadena – L’enjeu spirituel de la recherche d’une vie extraterrestre (12.10.2015).

Ici Aimé Michel fait allusion au livre de Dodds Païens et chrétiens dans un âge d’angoisse. Aspects de l’expérience religieuse de Marc-Aurèle à Constantin (trad. par H. D. Saffrey, La pensée sauvage, Claix, 1979). L’objet de ce livre, aussi petit par la taille (150 pages très lisibles) qu’il est grand par la pensée, est de rendre compte sous tous ses aspects (moraux, religieux, psychologiques, politiques et économiques) « du changement de mentalité au IIIe siècle de notre ère et de son influence sur le déclin matériel de l’Empire ». Pour cela il concentre son attention « sur la période cruciale entre l’accession de Marc-Aurèle à l’Empire [en 161] et la conversion de Constantin [en 312], période dans laquelle le déclin matériel fut plus accéléré et le ferment des nouvelles expériences le plus actif. »

Il s’agit donc d’une période charnière découpée dans la période beaucoup plus longue étudiée par Nilsson (je renvoie ici à la note 4 de la chronique n° 246, Les ruines d’Athènes – L’effondrement de la civilisation antique et l’irrationnel dans la Nature, 07.09.2015) et aussi par Dodds dans son autre livre Les Grecs et l’irrationnel (coll. Champs, Flammarion, Paris, 1977, trad. M. Gibson). Dodds présente ce siècle et demi en ces termes : « [U]n témoin du IIIe siècle (…) eût été (…) douloureusement surpris d’apprendre que la civilisation grecque accédait, non pas à l’ère de la raison, mais à une époque de longue dégénérescence intellectuelle qui devait durer, avec quelques retours illusoires d’énergie et quelques brillants engagements individuels d’arrière-garde, jusqu’à la prise de Byzance par les Turcs ; qu’au cours des seize siècles entiers d’existence qui lui restaient encore, le monde hellénique ne produirait aucun poète qui fût l’égal d’Eratosthène, aucun mathématicien, l’égal d’Archimède (…). La découverte des motifs de ce déclin prolongé est un des problèmes majeurs de l’histoire universelle. » (p. 241, c’est moi qui souligne). Le philologue belge Joseph Bidez (cité par Dodds) décrit cette période comme un temps dans lequel « les hommes cessèrent d’observer le monde extérieur et d’essayer de le comprendre, de s’en servir ou de le perfectionner. Ils étaient tournés sur eux-mêmes… L’idée de la beauté du ciel et du monde passa de mode et celle de l’infini prit sa place. »

Dodds appelle ce siècle et demi « un âge d’angoisse » en pensant « à son insécurité à la fois matérielle et morale. » Il ajoute : « Cette expression a été inventée par mon ami, le poète W.H. Auden, à propos du temps qui est le nôtre, et je crois qu’il lui donnait le même double sens. » Lorsque George Devereux, ignorant le mal qui emporta Dodds, lui rendit ce qui devait être sa dernière visite, il lui demanda à quoi il travaillait ; Dodds lui répondit « Je cherche à mieux comprendre notre époque. » Dans une de ses dernières lettres à Devereux (11 novembre 1978) il précise sa pensée : « Je reconnais qu’il y a certaines analogies générales entre le déclin du paganisme du IIIe siècle et celui du christianisme au XXe, tout comme je reconnais une similitude générale entre leurs conséquences psychologiques. Mais on doit éviter de souligner ces choses en dehors du contexte total dont ils font partie car, ce faisant, on ne tiendrait pas compte de l’énorme progrès dans notre compréhension de la nature (y compris humaine) au cours des derniers deux cents ans. »

[11Il y aurait beaucoup à dire sur ces deux dernières phrases. « Je crois qu’après le temps des opulences mal réparties viendra celui des seules richesses qu’on ne peut accaparer, celles de l’amour. J’y crois parce que les lois de l’histoire, qu’on peut aussi appeler Providence, nous y conduisent. » Deux mots s’y détachent : providence et amour. De la Providence qui sont les lois d’évolution du cosmos, des êtres vivants et de l’histoire humaine nous avons déjà dit deux mots (voir note 9 de la chronique de la semaine dernière).

Quant à l’amour, il s’inscrit également dans cette vision cosmique : « N’être pas une science, cela ne signifie pas forcément n’avoir aucune valeur. S’il n’y avait que la science pour éclairer notre destinée, celle-ci n’aurait aucun sens. Je crois, pour ma part, qu’au sommet de toute pensée, il y a, non la science, mais l’amour. Mais en matière de science, on me permettra d’être résolument scientiste. » (n° 145, Le refus de l’idole – Débat contradictoire avec un lecteur à propos de la psychanalyse, 15.04.2013).

On trouvera des précisions sur ce « sommet de toute pensée » notamment dans les chroniques n° 326, L’amour n’est pas une erreur de la nature – Nous cherchons librement notre achèvement dans un monde infiniment compliqué (03.03.2014), n° 262, « Miaou » et tout est dit ? – Ce monde mystérieux et cruel vient de l’amour et y retourne (08.04.2013) et n° 324, De la jungle à l’amour – L’apparition de l’homme annonce la défaite finale de la loi de la jungle, 10.02.2014).

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