Traduit par Albérique

AVANT 1066 ET TOUT ÇA

Par Robert Royal

jeudi 6 décembre 2018

Comme bref répit de la tourmente actuelle dans l’Eglise et l’Etat, je me suis permis une agréables lecture d’un roman de Alfred Duggan (1960), « The cunning of the dove », une fiction historique de la tourmente dans l’Eglise et l’Etat à l’époque d’Edouard le Confesseur (1042-1066). Il semble que certaines choses ne changent jamais.

Duggan était un ami d’Evelyn Waugh, un conservateur catholique, un écrivain puissant mais gracieux qui mérite d’être mieux connu pour la série de romans situés dans le Moyen Age. Comme Waugh écrivit sur lui : « Ce siècle a été prolifique dans le domaine des romans historiques, beaucoup criards, certains érudits. Je n’en connais aucun qui donne le même sentiment d’intimité que celui d’Alfred, comme s’il décrivait des expériences et des observations personnelles ».

Il n’y a probablement aucun récit aussi réaliste et perspicace de la vie d’un roi saint. Les chefs d’état saints sont d’une grande rareté : après St Edouard il y eut St Louis et, qui ? Le roman de Duggan soulève une question : Un saint homme peut-il être un bon chef d’état ? Diriger la cité de ce monde nécessite des vertus de ce monde - pas seulement celles du ciel. D’où son titre, quI mêle le verset de la Bible, pour que la colombe (Edouard) soit aussi rusé que le serpent.

Il est une exacte vérité à laquelle le Chrétien résiste instinctivement Au Moyen Age il y avait une importante littérature « de regimine principum » qui montrait comment un chef d’état devrait être éduqué et se conduire.

Machiavel, naturellement, tourna ces principes différemment dans « le Prince » , argumentant que le chef d’état qui fait ce qu’il doit faire au lieu de ce qu’il a besoin de faire (bien que cela soit immoral) faillira - et apportera un grand préjudice à son peuple.

C’est cynique et machiavélique - naturellement. Mais il y a là une question au sujet de la nécessité pour un homme politique d’être quelque chose de plus qu’un homme pieux, ce qui ne permet pas de solution facile, - et cela ne s’arrête pas là.

Dans les temps modernes, une moisson d’idéalistes bien intentionnés sont arrivés au pouvoir et ont réellement mis sur leur dos un panneau « battez moi » - invitant les malfaiteurs, qui ne sont jamais à court. Cette catégorie est aussi présente dans la gouvernance de l’Eglise.

Neville Chamberlain signa un pacte avec Adolf Hitler en 1938, et rentra à Londres proclamant triomphalement qu’il avait « assuré la paix pour notre époque ». La seconde guerre mondiale, qui laissa 40 millions de mort, commença l’année suivante. Je suis, malheureusement, tenté d’évoquer ici, des noms récents, mais ceci n’est pas un site partisan, et les lecteurs sont tout à fait capables de remplir eux-mêmes les blancs.

La cas d’Edouard est complexe parce qu’il semble avoie été un monarque à la fois saint et raisonnablement efficace. Son époque n’était pas facile. Nous pensons avoir des problèmes au sujet de la « diversité ». Mais il était confronté aux : rebelles gallois, aux Vikings irlandais, aux envahisseurs danois, aux conflits entre les seigneurs du Northumbira, de Mercia et d’Ecosse, et à une cour royale où la langue anglaise commençait tout juste à se former, bousculée par le français, le danois et différents dialectes bretons.

Il réussit à les maintenir tous unis par une combinaison de finesse spirituelle et de rigueur. Dans le roman de Duggan, par exemple, Edouard n’a pas hésité à exécuter les maraudeurs vikings :

Ennemis de la civilisation, voleurs brutaux qui préféreraient voler plutôt que labourer leur champs. La noyade est trop bonne pour de tels sauvages. J’espère que nous pourrons en attraper certains vivant, de façon à ce que je puisse les pendre devant une foule des paysans qu’ils espèrent piller…. un roi qui défend son peuple des Vikings ne fait que son devoir. 

Les saints médiévaux étaient généralement réalistes sur la nécessité de détruire le mal et de protéger le bien. Edouard s’offense de la conduite de la Chrétienté quand les Chrétiens en Flandres achetaient ce que les Vikings avaient pillé en Angleterre. Mais il croit que même des pirates peuvent être domestiqués par des bons prêtres et de bons gouvernants. Lui et d’autres dirigeants chrétiens se sont alliés pour corriger les Flamands.

Edouard se trouve aussi en face de choix prudentiels qu’il s’esquive pas, ainsi quand il doit permettre à quelques nobles de ne pas être punis pour certaines injustices afin d’éviter le plus grand mal de la guerre civile.

Au moins une leçon que son règne semble enseigner c’est qu’un homme qui n’est pas ivre de pouvoir, et qui cherche le bien, peut se permettre de laisser aux autres le soin d’assumer leur propre responsabilité. Il centralise le pouvoir quand c’était nécessaire et décentralise quand c’est approprié - renforçant la loyauté. Un certain détachement lui permet de voir des sujets, même mondiaux, plus clairement.

Edouard assistait à la Messe - deux fois par jour - et on dit qu’il a accompli des miracles variés et a eu plusieurs visions prophétiques. Ainsi une fois il « vit » qu’une invasion danoise ne pourrait avoir lieu parce que, avant d’embarquer, le chef de la flottille était mort dans un accident à plusieurs centaines de miles plus loin.

Plus significatif encore, juste avant qu’il meurt lui-même, les âmes de deux moines normands vinrent à lui, pour l’aider à passer dans l’autre monde et aussi pour lui délivrer un message :

Pleure sur l’Angleterre ! car les Comtes et les Evêques et le clergé ne font pas ce que ils devraient faire mais sont plutôt des serviteurs du Démon, le pays entier sera livré à Satan pour une année entière plus un jour. 

Oui, au Moyen Âge aussi, ils avaient des chefs comme cela, dans l’Eglise ainsi que dans l’Etat. Le laps du temps est proverbial, c’est certain, mais en ce cas il se prouva très près d’être littéral.

Après la mort d’Edouard, le conseil rompit sa promesse et nomma Harold Godwinsson roi. Harold se trouva immédiatement assailli : par des invasions au nord et par des agitations partout. Et le pire devait arriver. Guillaume le Conquérant le tua à la bataille d’Hasting en 1066.

En 1065, Edouard fit bâtir la première grande cathédrale de Londres, qui est la plus ancienne partie de l’abbaye de Westminster. Le 6 janvier 1066 - fête de l’Epiphanie - il fût enterré près du maître autel, où il y a encore une châsse et son tombeau.

C’est là que Guillaume fut couronné premier roi normand d’Angleterre le jour de Noël, la même année. La vision d’Edouard le jour de sa mort n’était décalée que d’environ treize jours.

C’était un grand et bon - et saint - homme. De qui pouvons nous en dire autant, parmi les personnalités publiques ?

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/11/26/before-1066-and-all-that/

Illustration : Edouard le Confesseur.

Dr. Robert royal est rédacteur en chef du "the catholic Thing" , et président de "the Faith & Reason Institute" à Washington, D.C.. Ses livres le plus récents sont : « A Deeper Vision : The Catholic Intellectuel Tradition in the Tweentieth Century » published by Ignatius Press. The God That Did Not Fail : How Religion Built and Sustains the West" , maintenant disponible broché chez Encounter Books.

Messages

  • Merci pour cet article surl’Eglise en Grande-Bretagne au 11° siècle..
    Quel est l’Editeur de : The cunning of the Dove ?
    Merci aussi pour votre réponse.
    G-M.Chenu.

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