Ma rencontre avec Henri Charlier - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Ma rencontre avec Henri Charlier

Notre chroniqueur, Jacques Trémolet de Villers, partage son souvenir de la rencontre avec l’artiste chez lui, au Mesnil-Saint-Loup.
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Henri Charlier en 1965. © Fr Henri

Dans les années 1960, j’ai eu l’honneur de rendre visite à Henri Charlier, chez lui, au Mesnil-Saint-Loup (Aube). Il était là-bas dans son atelier de sculpture mais aussi comme maître des cérémonies villageoises qu’il organisait avec le curé du village. Le Mesnil-Saint-Loup était un îlot de chrétienté, impressionnant et joyeux. Henri Charlier qui avoisinait alors les 80 ans était d’un enthousiasme et d’une jeunesse d’esprit qui le portaient même physiquement, puisqu’à un moment, pour me commenter son admiration pour le compositeur français Erik Satie, il se mit à danser ! C’était d’ailleurs un apôtre de la danse qu’il considérait comme un art indispensable à l’éducation. Il était intarissable sur les danses villageoises, démontrant que la bourrée d’Auvergne avait sûrement été dansée par Vercingétorix et ses hommes avant les grandes batailles de Gergovie et d’Alésia. Petit-fils de vigneron bourguignon, il avait un grand respect pour la tradition paysanne et considérait ses anciens qui avaient vaincu le phylloxéra comme de véritables héros et de vrais savants. Sans avoir fait d’études de biologie, ils avaient identifié le mal et avaient réussi à le terrasser à force de réflexion sur leurs expériences.

Péguy et son Ève

C’était aussi un grand admirateur de Charles Péguy et il m’a raconté que lorsqu’il avait reçu les premières épreuves du poème Ève, il avait lu à sa femme les onze mille vers en la suivant dans la maison de pièce en pièce jusqu’à la cuisine ! Le couple Charlier n’avait pas eu d’enfant, à leurs grands regrets, mais se sont occupés de leurs apprentis comme de vrais membres de la famille. Il est le grand restaurateur de l’art chrétien du XXe siècle et a enseigné à toute une génération de jeunes sculpteurs, dont Philippe Kaeppelin, la taille de la pierre et ce qu’il avait retrouvé des secrets des artisans du Moyen Âge.

Après le déjeuner, nous sommes allés, avec tout le village, à vêpres. Henri Charlier se mit à l’orgue…

Culture, École, Métier

Parmi ses nombreux écrits, il a laissé un livre majeur sous le titre Culture, École, Métier dans lequel il a rassemblé tout le fruit de son expérience et de ses méditations. Il prônait l’union entre l’enseignement technique et la culture générale et pensait qu’en dehors de la préparation de certaines professions comme avocat, magistrat ou médecin, il fallait unir la formation professionnelle et la formation générale, de préférence dans le cadre de l’atelier. Il ne voulait pas enlever aux villages leurs jeunes élites pour les envoyer à la ville ou plus loin, là encore, sauf exception. Esprit très ouvert, et très attentif au réel, ce fils de socialiste franc-maçon était de la race des Gustave Thibon et de tous ceux qui, comme son frère André, ont été artisans d’un vrai renouveau chrétien au XXe siècle.