Aux sources de l’histoire de France - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Aux sources de l’histoire de France

Jacques Trémolet de Villers remonte le temps à la recherche des racines de notre civilisation.
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© Philippe Lissac / Godong

Après avoir sillonné les chemins du royaume de France à travers les villes et les villages, nous partons sur les routes de l’histoire pour savoir d’où vient la France et ainsi savoir qui elle est. Cicéron dit que l’histoire est le recueil des expériences de l’humanité et qu’ainsi elle est « maîtresse de vérité ».

Autant les savants peuvent faire des expériences en matière physique ou chimique, autant cette expérimentation est impossible en matière politique ou sociale. Ceux qui s’y sont risqués ont causé des catastrophes. Il faut donc s’en tenir aux leçons du passé.

Les mères patries

Les racines de l’histoire de France remontent bien loin et il faut même aller jusqu’aux mères patries – Rome, Athènes et Jérusalem – pour savoir quel est son être profond, car la France est le fruit de trente siècles de civilisation.

La question se pose de la méthode à suivre, car l’historien est condamné à la synthèse, ne pouvant retracer tous les événements qui ont fait l’histoire, tout simplement par manque de temps. Une école de recherche récente est allée enquêter dans les dépôts d’excréments des civilisations disparues pour savoir ce que mangeaient nos ancêtres… Cette méthode débouche sur des impasses et nous en suivrons donc une autre, qui n’est pas celle des poubelles mais celle des sommets. C’est donc dans les grands textes qui ont fait Rome, Athènes et Jérusalem que nous irons au préalable puiser.

Ces textes sont religieux, comme la Bible, poétiques, comme ceux d’Homère ou de Virgile, philosophiques, comme ceux de Platon ou d’Aristote. Les rabbins qui enseignaient la Torah disaient qu’il y avait quatre niveaux de lecture : le niveau narratif qui raconte des événements, le niveau allégorique qui fait de ces événements une figure pour enseigner, le niveau moral ou spirituel qui découle souvent de l’allégorie précédente et, enfin, le niveau mystique qui révèle la parole de Dieu dans l’Écriture. Nous suivrons cette méthode, même pour des textes apparemment profanes car elle est riche en leçons.

Épopées homériques

Au commencement de l’Antiquité, que Pie XII appelait « l’Ancien Testament païen », se trouvent les deux grandes épopées d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, qui ont été les fondatrices de la civilisation athénienne. Ces deux récits sont des romans de guerre et d’aventure en même temps qu’un chant poétique. Avant d’être fixés par écrit, ils étaient des chants que des poètes donnaient soit sur les places des villages, soit dans les cours ou les grandes salles des palais. Ces poètes appelés aèdes étaient parfois, comme Homère lui-même, aveugles, et l’on prête à cette infirmité l’une des causes de leur extraordinaire mémoire.

C’est d’ailleurs le premier trait qui frappe le lecteur puisque le poète sait, sur chaque personnage, son origine, sa généalogie et ses aventures antérieures. Cela permet d’avoir un tableau très complet de la civilisation pré-athénienne environ 900 ans avant Jésus-Christ. Les jeunes gens d’Athènes apprenaient par cœur des chants entiers de ces poèmes qui comptent autant de maximes philosophiques, morales ou politiques que de récits d’aventures. Mais ces maximes ne sont jamais énoncées de façon abstraite ou docte. Elles sont incluses dans les événements, racontées comme les leçons de l’histoire.

Nous ferons donc comme les jeunes gens d’Athènes, sans apprendre par cœur, mais en cherchant à comprendre ce que cette poésie nous enseigne. La poésie est une muse, l’histoire aussi, et les Muses sont les filles de Mémoire. Nous serons ainsi, dans la mémoire de l’humanité, aux sources mêmes de notre identité.