« Je veux chanter ton amour Seigneur, chaque instant de ma vie ! » Un pâle soleil matinal pointe à peine, et déjà résonnent les chants, sous le chapiteau transformé en chapelle. Ils sont près de 200 venus se rassembler dans le Loir-et-Cher depuis Lyon, Paris, Rennes, Angers, Bordeaux, ou même Toulon et Marseille. Mouvement d’engagés missionnaires, Misericordiae fête cette année ses dix ans. Fondé par l’abbé Fabrice Loiseau en 2016, il compte aujourd’hui plus de 600 membres à travers toute la France. « Tout au long de l’année, au-delà de l’évangélisation de rue, nous vivons le même engagement, fondé sur l’oraison quotidienne, l’adoration hebdomadaire, la confession mensuelle et l’accompagnement spirituel, explique Albane, 33 ans, vice-présidente du mouvement. Nous retrouver tous ensemble, annuellement, nous permet de nous soutenir par nos exemples et nos discussions. C’est un rendez-vous incontournable ! »
Un élan franc et décomplexé
Étoles au cou ou chapelets à la main, sur les chaises des confessionnaux de fortune ou arbitrant des tournois de pétanque, six prêtres Missionnaires de la Miséricorde divine, aumôniers du mouvement, animent les temps d’échange avec dynamisme. « La mission fait partie intégrante des charismes de notre communauté, précise l’abbé Hugues de Franclieu. Les membres de Misericordiae désirent vivre de ce charisme, en faisant de l’évangélisation explicite, dans les rues et sur les plages. »
Cette jeunesse fervente est aussi « animée par un fort désir d’engagement », s’enthousiasme Marie, 27 ans, à la tête du mouvement depuis l’été 2025. Tous désirent semer la foi sans attendre, marchant dans les pas des Apôtres envoyés en mission « par toutes les nations ». Proclamer la Bonne Nouvelle dans un monde qui meurt de ne pas se savoir aimé. « Il nous semble essentiel de pouvoir témoigner de Jésus, d’aller à la rencontre de ceux qui ne le connaissent pas, souligne Albane. Ils sont si nombreux ! » Hermine, 22 ans, arpente régulièrement les rues de Paris pour parler du Christ. « L’Église n’est pas passée, ni dépassée ! s’exclame-t-elle. À notre âge, nous avons la capacité d’aborder les choses de manière franche et décomplexée. Ce qui peut être un vrai atout. » À Misericordiae, toutes les activités proposées sont orientées vers la mission : lectio divina, enseignements, adoration eucharistique… Chaque membre s’édifie en vue de l’annonce de l’Évangile.
Quand au résultat attendu dans cetocéan déchristianisé qu’est la France, « le temps du Seigneur n’est pas le nôtre. répond l’abbé de Franclieu. L’évangélisation directe et très concrète que nous faisons à Misericordiae aura un impact que nous ne mesurons peut-être pas. Mais l’expérience montre que, lorsqu’on fait cet exercice d’évangélisation, nous devenons davantage missionnaires au quotidien. »
Tous en revanche, jeunes comme abbés, sont unanimes : l’évangélisation demande un réel effort de volonté. Surtout, elle ne s’improvise pas. « La jeunesse est aujourd’hui assoiffée de spiritualité, explique Albane. C’est une terre vierge prête à recevoir le message du Christ. Il y a du travail. » Pour les membres du mouvement, c’est dans la prière et par la formation que s’enracine la mission. Car « il faut transmettre une foi que l’on connaît ! », précise l’abbé de Franclieu. Les enseignements qui parsèment les journées fournissent à ces jeunes un bagage missionnaire solide : qu’est-ce que l’engagement ? Comment s’enraciner pour porter du fruit ? Quel est le message de la Miséricorde à transmettre au monde ? Comment transmettre cette spiritualité ? L’abbé de Franclieu insiste : « Il faut encourager ces jeunes à se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. Celui-ci saura alors susciter l’élan missionnaire dans leurs cœurs généreux. »
« Être le sel de la terre »
« Aujourd’hui, nous sentons que les questions de foi, autrefois dans le champ de l’intime, se posent de façon plus directe, assure Henri, 23 ans. La jeunesse chrétienne a besoin de se former pour prendre pleinement sa place dans l’Église. Avec les outils que les Missionnaires mettent à notre disposition, nous pouvons devenir un phare dans cette nuit de l’apathie ambiante. Il ne s’agit pas d’un engagement militant, ni politique, mais nous voulons être le sel de la terre ! » Clément, 24 ans, vient d’une famille ayant redécouvert la foi alors qu’il était enfant. Il en est convaincu : « Nous sommes à un âge où nous façonnons le type d’adulte que nous voulons devenir. »
Entre les moments de détente et les enseignements, l’oraison, la messe, les offices, l’adoration eucharistique rythment l’emploi du temps de ces quatre jours. « La mission doit être un trop-plein du cœur, explique l’abbé de Franclieu. Il faut donc que le cœur soit rempli de Dieu, d’où l’importance d’installer un climat de prière. L’évangélisation n’est pas du prosélytisme, nous ne transmettons pas une idée, ni une sociologie, ni quelque chose sorti de notre imagination, mais nous transmettons une personne avec laquelle nous sommes amis. »
Devoir d’exemplarité
Depuis qu’il est engagé à Misericordiae, le regard de Clément sur le monde s’est transformé : « Il y a encore du chemin, mais en étant ce petit instrument par lequel passe l’amour du Bon Dieu pour les hommes, j’apprends à être un exemple. » Par leurs chants et leurs rires, ces 200 jeunes sont de vrais témoins de la joie que procure la mission. « Ici, nous recevons beaucoup, ajoute Hermine. Et donc, nous devons beaucoup donner. Nous pouvons vraiment faire la différence ! »
Prêtres pour la mission
Fondée en septembre 2005 par l’abbé Fabrice Loiseau, la Société des Missionnaires de la Miséricorde divine repose sur trois piliers : la spiritualité de la Miséricorde telle que le Christ la révéla à sainte Faustine, la dévotion eucharistique, et l’évangélisation, particulièrement envers les musulmans. Depuis 2020, l’abbé Jean-Raphaël Dubrule est le supérieur de la communauté, basée à Toulon et également présente à Marseille, Draguignan, Lyon, Strasbourg et Colmar. Depuis plus de deux ans, six diacres attendent toujours d’être ordonnés prêtres dans le diocèse de Fréjus-Toulon.
P.L.