ontrairement à ce que laissait penser le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui a participé aux négociations entre Washington et Téhéran, le fragile cessez-le-feu du 7 avril ne s’est pas appliqué au Liban. Dès le lendemain de sa proclamation, Israël menait de nouvelles frappes visant le Hezbollah – y compris dans des quartiers résidentiels à Beyrouth – et continuait d’occuper entre 8 et 10 % du territoire. Le 8 avril, on décomptait 350 nouvelles victimes. Et le 12, Benyamin Netanyahu confirmait la poursuite des opérations, annonçant la création d’« une zone tampon de sécurité de huit à dix kilomètres » dans le sud du pays, jusqu’au fleuve Litani. De là à imaginer une velléité d’annexion de cette zone, comme le réclament certains responsables politiques parmi les plus radicaux de l’État hébreu, il n’y a qu’un pas. De nouvelles négociations devaient s’engager mardi à Washington entre les États-Unis, Israël et le Liban, mais leur issue paraissait plus qu’incertaine, tant le sort du pays du Cèdre semble laisser indifférents les deux premiers protagonistes. C’est « le grand oublié de la trêve actuelle », écrit François-Guillaume Lorrain dans Le Point (12/04).
Tout espoir d’éviter une montée supplémentaire aux extrêmes est-il pour autant interdit ? Plutôt favorable aux opérations menées par Tsahal, l’opinion publique israélienne pourrait vite basculer dans le mécontentement face à leur bilan désastreux. « Israël n’a atteint aucun des objectifs […] fixés au début de la guerre. Le régime des mollahs n’est pas tombé, les Israéliens ont seulement réussi à remplacer un Khamenei par un autre Khamenei. Les capacités balistiques, bien qu’entamées, restent opérationnelles […]. Quant au programme nucléaire, il n’a été que partiellement endommagé, et l’Iran détient toujours ses 440 kg d’uranium enrichi à 60 % », résume Stanislas Poyet dans Le Figaro (09/04). À un peu plus de six mois des prochaines élections législatives, alors que les sondages donnent perdante la coalition de Benjamin Netanyahu, ce paramètre pourrait se révéler décisif pour infléchir la stratégie israélienne. À moins qu’il ne l’incite à intensifier encore les opérations dans l’espoir d’obtenir sur le Hezbollah une victoire symbolique, sinon stratégique, à laquelle son électorat serait sensible.
Le calvaire continue
En attendant, le peuple libanais continue de subir un calvaire, non sans un immense courage, comme le raconte dans Le Parisien (11/04) Thomas Poupeau qui a rencontré Sœur Maïa, directrice de l’école des Saints-Cœurs à Ein-Abel, en pleine zone d’affrontement : « Quand on lui demande ce qui la pousse à rester dans ce coin du monde déchiré par la guerre, elle cite l’Évangile, dont un verset commande de « pleurer avec ceux qui pleurent ». « Ma mission, et celle de mes Sœurs, est de partager les conditions de la communauté où nous nous trouvons », reprend-elle, martelant que si les assaillants « peuvent occuper nos maisons, c’est nous qui en possédons toujours l’esprit ». » Pour les chrétiens du monde entier, le sort du Liban revêt bien sûr une dimension singulière. En France, le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques, a ainsi « condamné avec la plus grande fermeté cette opération intolérable, perversement appelée « obscurité éternelle », ainsi que le cynisme de son déroulement au moment même où entrait en vigueur un cessez-le-feu entre les belligérants ». À l’issue du Regina Caeli du 12 avril, Léon XIV a souligné de manière très claire : « Le principe d’humanité, inscrit dans la conscience de chaque personne et reconnu par le droit international, implique l’obligation morale de protéger la population civile contre les effets atroces de la guerre. J’appelle les parties au conflit à cesser le feu et à rechercher d’urgence une solution pacifique. » Réponse de Donald Trump, qui se sentait évidemment concerné : « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon »…