De Clovis à Saint Louis, comment naquit la chrétienté - France Catholique
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Le journal de la semaine

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De Clovis à Saint Louis, comment naquit la chrétienté

Du baptême de Clovis à la mort de Saint Louis en 1270, les papes, les prêtres, les moines et les rois édifièrent ce que l’on a appelé plus tard la chrétienté.
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Charlemagne reçoit Alcuin, qui lui présente les manuscrits écrits par ses moines, par Jean Victor Schnetz. Galerie Campana, musée du Louvre.

André Malraux écrivait : « La chrétienté avait été un Tout mais ce Tout n’était pas totalitaire. » Il continuait : « Elle avait connu au moins le Pape et l’Empereur. » Le secret de ce Tout non totalitaire résidait justement dans la distinction du pouvoir spirituel, le Pape, et du pouvoir temporel, l’Empereur. Cette distinction devint parfois une séparation, voire une opposition, et le conflit du Sacerdoce et de l’Empire occupa la série des siècles de Charlemagne au traité de Westphalie, en 1648. Le royaume de France s’est pourtant tenu un peu à l’écart de ce conflit car les Capétiens étaient retenus contre la tentation de construire un Empire et la tentation d’édifier une Église nationale. Le gallicanisme ne parvint en effet jamais à l’outrance de l’anglicanisme. Un auteur agnostique n’a pas hésité à chanter l’épopée de la chrétienté dans des vers brillants :

« Pères sacrés de notre Europe
Fondateurs de la chrétienté
Ô plus modestes que l’hysope
Qui le grand chêne avez planté
Pâtres, Pêcheurs, Docteurs, ô Prêtres
Toute raison sut reconnaître
L’ample pitié qui vînt de vous
Qui dans sa honte et sur sa fange
Fîtes chanter le chœur des anges
Pour apprivoiser l’Homme-loup. »

Le caractère sacré de la personne humaine

Ces fondateurs ne savaient pas qu’ils édifiaient la chrétienté, pas plus que les Capétiens ne savaient qu’ils édifiaient le royaume de France en accomplissant chaque jour leur devoir d’état quotidien. Leur but commun était simplement de créer ce que l’historien Pierre Chaunu appellera plus tard « des espaces de paix et de sociabilité ». On voit dans cette civilisation se dessiner, dès Charlemagne et son brillant conseiller Alcuin, le trait fondamental de l’Europe consistant « au respect du caractère sacré de la personne humaine ». Moine anglo-saxon originaire d’York, Alcuin l’avait définie au concile de Francfort en 794 à la demande de celui qui deviendrait l’Empereur : il démontrait que la personne humaine était sacrée parce qu’elle était orientée vers Dieu et qu’elle était souveraine dans la mesure où elle régnait sur les appétits et les passions. Sa dignité résidait donc dans son caractère raisonnable ; sa raison devenant ainsi le réceptacle de la grâce.

Dante et saint Thomas

Deux auteurs apparaissent plus tard comme la fleur de cet effort civilisateur : Dante, avec sa Divine Comédie (cf. FC n° 3926), et saint Thomas d’Aquin avec sa Somme théologique.

Dante rêvait de la reconstitution de l’empire qu’il décrit dans son ouvrage De Monarchia, et sa Divine Comédie est sévère à l’égard d’Hugues Capet qu’il place au purgatoire parce qu’il empêcha cette reconstitution. Mais Dante est bien le vrai successeur de Virgile par son œuvre poétique qui unit dans ses trois grands chants – l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis – toute la civilisation de son temps. La Divine Comédie se lisait à Florence en lecture publique, commentée comme un texte sacré avec les différents niveaux de lecture : historique, allégorique, moral et
spirituel.

La Somme de saint Thomas avait quant à elle achevé de placer Aristote aux fondements de notre civilisation. Le XIIIe siècle, ou siècle de Saint Louis, peut être considéré comme l’apogée d’une Renaissance dont les fruits s’étendront au monde entier.