Estelle Faguette, la voyante de Pellevoisin - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Estelle Faguette, la voyante de Pellevoisin

La voyante de Pellevoisin est le témoin discret d’un message d’abandon aux Cœurs de Jésus et de Marie. Sylvie Bernay, historienne, éclaire la personnalité de cette figure lumineuse.
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Estelle Faguette à l’époque des apparitions, en 1876. © Sanctuaire de Pellevoisin

Qui est Estelle Faguette et d’où vient-elle ?

Sylvie Bernay : Estelle est née à Saint-Memmie, en Champagne, en 1843. Ses parents sont de condition très modeste. Ruiné, le père emmène sa famille à Paris dans l’espoir de trouver un travail. Estelle, qui a un grand amour des pauvres et des malades, veut se consacrer au Seigneur. Elle entre chez les augustines hospitalières, à l’Hôtel-Dieu de Paris. Mais une mauvaise chute lui tord le genou et sa santé ne lui permet pas de continuer. La voilà privée de sa vocation. Sa famille ne pouvant subvenir à ses besoins, elle devient domestique chez le comte et la comtesse de La Rochefoucauld, qui possèdent le château de Poiriers-Montbel, près de Pellevoisin. Elle est alors le seul soutien financier de sa famille : ses parents, sa petite sœur Augustine, et les enfants de feue sa sœur aînée, Geneviève.

Cela fait longtemps que sa santé est déficiente. On pense qu’elle est atteinte de la tuberculose, « la maladie du pauvre », ou d’une tumeur à l’utérus, selon les dossiers médicaux de l’époque. Soignée par le médecin des La Rochefoucauld, elle est gardée dans une pièce à part, pour éviter la contagion. En janvier 1876, on la transporte dans la chambre des apparitions.

Sa sainteté se manifeste-t-elle déjà ?

Estelle est une jeune femme très pieuse, connue pour son amour de l’Eucharistie. Elle se rend le plus souvent possible à la messe. Elle a une bonne formation chrétienne, un sens profond de Dieu. La lettre qu’elle écrit à la Vierge Marie a fait l’admiration de beaucoup. On y décèle une très grande confiance en Marie. Elle est très généreuse, aime les pauvres.

Pourquoi est-elle choisie par la Vierge Marie ?

C’est sa lettre qui amène la Reine du Ciel à lui apparaître. Le 5 novembre 1876, elle la regarde avec tendresse et lui dit : « Je t’ai choisie. Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire. »

Que devient-elle après les apparitions ?

Elle a demandé à la Vierge Marie si elle devait rentrer au couvent. Et Marie lui a répondu : « On peut se sauver dans toutes les conditions. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire. » Estelle vit ces paroles en restant à Pellevoisin, près des habitants, témoin humble et discret de ce que la Vierge lui a confié. Elle essaie de reprendre son travail auprès de la comtesse, qui lui offre une petite pension, et se met au service de la paroisse. Elle demeure d’une santé délicate. Elle s’occupe de sa vieille maman, puis de sa nièce Marie, jusqu’au mariage de celle-ci en 1899. Puis, elle termine sa vie seule. Elle meurt en 1929, à l’âge de 86 ans.

Quelle est la personnalité d’Estelle ?

On note un très grand changement de caractère après les apparitions. Auparavant, c’était une personnalité vive. On la disait « loquace ». Puis, elle devient beaucoup plus calme et discrète. Elle est assez impressionnable et d’une piété sans ostentation, se confesse régulièrement. Elle apprend humblement. La force du message de Pellevoisin se déploie dans la faiblesse d’Estelle : elle est la meilleure illustration de la pédagogie que la Vierge lui a enseignée.

Comment est-elle restée fidèle au message livré par Marie ?

Comme toujours, la Vierge Marie apprend à prier. Estelle, déjà très pieuse, le devient alors encore plus. Elle écrit souvent à ses correspondants qu’elle les porte dans sa prière. La deuxième phase de la spiritualité de Pellevoisin est de vivre avec le Sacré-Cœur, par le scapulaire, de vivre du trésor du Cœur de Jésus. De septembre à la dernière apparition, le 8 décembre, Marie apparaît avec le scapulaire. « Les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient. » Estelle confectionne des scapulaires, fait connaître le Cœur du Christ comme la Sainte Vierge le lui a demandé. La dernière chose qu’elle fait avant de voir Marie s’estomper le 8 décembre est d’embrasser le scapulaire, elle sent sous ses lèvres le cœur vivant de Jésus. C’est un chemin d’union au Christ que la Vierge Marie lui propose de vivre. Et elle le vivra jusqu’à sa mort, se laissant peu à peu dépouiller. Elle termine sa vie aveugle.

Quelles leçons spirituelles peut-on tirer de la vie d’Estelle Faguette ?

On peut emprunter son chemin. La Sainte Vierge lui a aussi demandé de prier pour la France et l’Église, où « il n’y a pas ce calme que je désire ». Le fidèle est appelé, à la suite d’Estelle, à être un humble témoin du cœur du Christ et à vivre de son message. Elle propose une sainteté simple et cachée.

À Pellevoisin, Marie est particulièrement maternelle. Et aujourd’hui, nous avons besoin d’être consolés par elle. « La Vierge Marie est une bonne mère qui nous gâte », écrit Estelle au début de son récit des apparitions. Marie se définit elle-même comme « toute miséricordieuse » et « Maîtresse de son Fils ». Elle nous mène à Jésus. C’est un message de calme, de confiance et de courage, dans une période difficile. Estelle nous montre que la sainteté est ouverte à tous.

Où en est son dossier de béatification ?

Après les apparitions, Estelle a été lourdement persécutée. Une partie du clergé du diocèse de Bourges s’est acharnée sur elle. On a tenté de la discréditer auprès du pape Léon XIII. On a mis très longtemps à la rétablir dans sa dignité. Elle a affronté ces persécutions avec courage et espérance, ce qui fait aussi sa sainteté. En tant que voyante de la Sainte Vierge, Estelle est devenue témoin, et a été confrontée à l’incroyance de son temps, aux curiosités, aux indiscrétions, aux jalousies féroces, dont celles de ses maîtres. Elle a révélé avoir beaucoup souffert de ces calomnies, mais a pardonné. Elle nous enseigne le pardon chrétien. Elle est très impressionnante dans sa simplicité.

En août 2024, le nihil obstat des apparitions, et donc l’ouverture de sa cause, a été accordé par le dicastère pour la Doctrine de la foi. Mgr Sylvain Bataille, archevêque de Bourges, ouvrira la cause lorsqu’elle sera mise en route, dans les prochains mois.