Iran : vers un changement réel ? - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Iran : vers un changement réel ?

Les mouvements de contestation qui agitent l’Iran et pourraient s’avérer décisifs. Avec, à la clé, la chute espérée d’un bastion de l’islam politique.
Copier le lien

À peine plus de trois ans après les grandes émeutes qui ont agité l’Iran, à la suite de la mort en garde à vue de l’étudiante Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs en septembre 2022, le pays est de nouveau en proie à de vives contestations depuis le 28 décembre. Rien à voir avec une « manifestation contre la vie chère » à laquelle les ont réduites, en France, les élus LFI dans un euphémisme grotesque. Selon les informations qui ont pu filtrer, relayées par l’ONG Human Rights Watch le 11 janvier, 192 personnes auraient été tuées et 2 600 manifestants arrêtés, particulièrement au cours du week-end dernier à l’issue duquel les autorités iraniennes ont affirmé que la situation était « sous contrôle ». C’est bien d’une insurrection politique dont on parle.

« La mort du dictateur »

Sur les vidéos qui ont pu être diffusées, malgré le blocage d’Internet, les slogans sont explicites : ils réclament la « mort du dictateur » et même le retour du Shah. Sur certaines séquences, on a pu voir des femmes dévoilées brûlant le portrait d’Ali Khamenei, ou des manifestants brandissant le drapeau rouge, blanc et vert, frappé d’un lion solaire, qui était celui de l’Iran avant 1979. Jusqu’où iront ces émeutes ? Seront-elles en mesure, cette fois, de faire chuter les mollahs ?

Il n’y aura « aucun compromis avec les saboteurs », a fait savoir vendredi dernier le Conseil national de sécurité iranien. Ali Khamenei, le Guide suprême de la Révolution, n’a pas manqué d’accuser Donald Trump de piloter clandestinement le mouvement, mais il semble bien que ce qui se déroule dans les principales villes du pays dépasse largement une opération montée par la CIA ou une officine comparable. La Maison Blanche de très près la situation : le 11 janvier, son bouillant locataire, après avoir agité le spectre d’une intervention militaire en cas d’aggravation de la répression, affirmait que Téhéran était prêt à négocier.

« Il semble qu’il y ait quelque chose de totalement inédit qui soit en train de se cristalliser, puisqu’aujourd’hui le régime joue clairement sa survie. Mais cela a pris de plus en plus un tour politique, avec des slogans appelant au renversement du régime des mollahs », observait David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), interrogé sur France Info (09/01). Didier Idjadi, sociologue franco-iranien, demeure prudent : « Le régime conserve, pour l’instant, des leviers de contrôle importants, tant sur le plan sécuritaire qu’institutionnel. Néanmoins, ces mobilisations contribuent à l’érosion progressive de la légitimité du pouvoir, en particulier lorsque la contestation s’installe dans la durée et touche des villes de plus en plus nombreuses », expliquait-il dans La Nouvelle Revue Politique (08/01). Il se veut pourtant optimiste : « Le peuple iranien est en train d’écrire un nouveau chapitre de son histoire. »

Marge de manœuvre réduite

La résilience de la dictature de Téhéran est réelle. Au cours des dernières années, elle a su résister au régime des sanctions économiques et commerciales ; au chaos qui a frappé son environnement immédiat en Afghanistan à l’est, en Syrie et en Irak à l’ouest ; ou encore aux frappes aériennes conduites par Israël, et même par les États-Unis en juin dernier. Saura-t-elle étouffer cette nouvelle révolte ? Sa marge de manœuvre se rétrécit inexorablement, bien que l’opinion internationale ne semble se mobiliser en faveur du peuple iranien que poussivement, ce qui conduisait récemment Anne Rosencher à s’indigner dans son billet sur France Inter (09/01) : « Cette fois, ou la prochaine, les mollahs tomberont. Cette perspective devrait ici, en France, faire beaucoup plus parler. Je ne comprends pas, et je n’ai jamais compris depuis le premier jour, pourquoi tant de discrétion de la part de certains militants dits progressistes. » L’enjeu est pourtant capital : bien accompagnée, la chute de la République islamique – bientôt cinquantenaire – pourrait marquer un bouleversement majeur et positif de l’équilibre géopolitique dans la région.