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Le nom du père

par Gérard Leclerc

mardi 5 février 2013


Pour ceux qui en ont la possibilité, il y a beaucoup à retenir des débats actuels de l’Assemblée nationale, parce qu’ils touchent, encore une fois, des aspects essentiels de notre vie. Je crois que Jacques Lacan n’en aurait pas manqué une séance et que celle qui concernait le nom du père l’aurait particulièrement passionné. Je ne suis pas, évidemment, spécialiste de la question, mais il m’arrive assez souvent de m’informer auprès d’amis qui sont du métier et sont très alertés par la modification du droit de la famille, dont ils mesurent les conséquences à plus ou moins long terme. Je sais bien que dans la psychanalyse actuelle, il y a toute une tendance qui s’est ralliée à la réforme du mariage, mais il n’est pas possible de sous-estimer sur le terrain purement théorique les transformations radicales qu’implique la fin de la référence aux principes formulés par Freud et réélaborés par un Jaques Lacan.

J’ajoute qu’il ne faut pas non plus sous-estimer le bouleversement culturel général, qu’implique la rupture de nos représentations, avec les mythes fondateurs de notre culture, notamment dans ses origines helléniques. C’est la grammaire de nos intelligences, le substrat de nos codes sociaux qui se trouvent en quelque sorte dynamités par la perspective d’un espace où le triangle œdipien ne structurerait plus les rapports avec le père et avec la mère. Le père n’intervient pas arbitrairement pour signifier la séparation et la loi. Et comme l’avaient prévu quelques anticipateurs de génie, la fin des références fondatrices signifierait la destruction de tous nos repères mythiques et littéraires. C’est un nouveau code de l’humanité qui se prépare, c’est une nouvelle langue qui se forge et qui s’élabore avec l’élision du nom du père.

Mais ce qui se conçoit dans l’ordre symbolique se réalise très concrètement. J’entendais le Père Jean-Marie Petitclerc décrire ce qu’est aujourd’hui réellement l’absence du père dans les familles monoparentales. Il y a la maman toute seule en face de ses enfants. À l’école, aux divers degrés, il n’y a que des enseignants femmes. Quand le jeune des cités commet une bêtise, il se retrouve au tribunal avec des magistrats au féminin. Finalement, la rencontre avec la figure masculine se produit les jours d’émeute, dans l’affrontement avec les CRS. Le CRS serait-il donc le retour moderne du refoulé, comme la réalité qui nous éclate en pleine figure ?

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 5 février 2013.

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