« Trois attitudes permettent de lutter contre l'action du démon » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Trois attitudes permettent de lutter contre l’action du démon »

En ce temps de Carême qui enjoint de résister à la tentation, comment com-prendre les mécanismes de l’emprise démoniaque ? Entretien avec le Père Jean-Baptiste Edart, doyen de la faculté de théologie de l’Université catholique de l’Ouest et auteur de Le diable dans ses œuvres (Artège).
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© Fred de Noyelle / Godong

Quelles sont les formes classiques de l’action du démon?

Jean-Baptiste Edart: Le démon agit essentiellement de deux manières sur l’homme. Soit il le tente pour le conduire à pécher, soit il l’oppresse pour susciter la désespérance. Mener l’homme à se damner, là est la raison d’être du démon. Dans l’oppression, nous distinguons différentes formes selon l’objet et l’intensité. Nous parlons de vexation lorsque le démon agit sur le corps, d’obsession s’il agit sur la psychologie, et de possession lorsqu’il prive totalement la personne de son libre arbitre. Son action sur les lieux, objets, animaux ou plantes s’appelle l’infestation.

Le démon peut-il pervertir notre intelligence? Quelle différence faire entre combat spirituel et trouble psychologique?

L’homme possède des facultés psychologiques : la mémoire, les émotions, l’imaginaire ; et des facultés spirituelles : l’intelligence et la volonté. Bien que nous ayons besoin du cerveau pour que notre intelligence s’exprime, celle-ci transcende le fonctionnement chimique des neurotransmetteurs. Le démon ne peut pas agir directement sur l’intelligence et la volonté parce qu’elles ont été créées directement par Dieu. C’est une prérogative divine de pouvoir agir de l’intérieur sur ces facultés spirituelles. Ceci signifie que la liberté de l’homme est toujours préservée. Il peut toujours exercer son jugement et poser ses choix. Le démon ne peut qu’essayer de le persuader, en agissant sur les conditions du fonctionnement de l’intelligence. Il va susciter des émotions comme la colère, la peur ou l’envie pour obscurcir le jugement et faire apparaître comme un bien ce qui est un mal.

Le combat spirituel s’inscrit dans la psychologie, mais ne s’identifie pas aux troubles psychologiques. L’objet de la tentation est un mal moral. Ce qui distingue le trouble psychologique de la tentation est la capacité à exercer notre liberté. Dans la tentation, je ressens une inclination vers le mal, mais je reste capable de résister. Dans le trouble psychologique, la compulsion ou les pensées intrusives s’imposent à moi, sans mon consentement. Ce qui fait le péché est le consentement.

Peut-on parler d’emprise au sujet de l’action du démon?

Le récit du péché originel dans le livre de la Genèse illustre son mode opératoire. Le démon est rusé : il ne tente pas Ève directement. Il commence par un travail de sape psychologique, en fixant le cadre de la tentation. Le commandement divin mettait en avant la bonté divine : l’homme peut «manger de tous les arbres», sauf de celui de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le démon, lui, braque le projecteur sur l’interdit : «Alors, Dieu vous a vraiment dit: “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ?” » C’est le biais d’amorçage. Ève corrige : «Nous mangeons les fruits des arbres du jardin», mais elle subit déjà l’influence de l’Ennemi et se sent obligée de redoubler l’interdit : «Mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.”» La question faussement naïve du serpent « prépare » le cerveau d’Ève à considérer surtout l’interdit. Le démon peut alors la tenter, car le cœur d’Ève a été préparé. Il affirme que c’est par peur de l’homme que Dieu a formulé cet interdit, déformant ainsi le visage de Dieu. Et propose aussitôt un bien apparent : «vous serez comme des dieux». Ève accueille cette suggestion, ce qui l’amène à interpréter ce qu’elle voit comme une confirmation.

Dans la tentation, le démon mobilise donc toutes les ressources que la psychologie humaine lui offre. Quand cette psychologie est blessée, les ressorts sont encore plus efficaces. Dans le cas d’une oppression, le démon a acquis un pouvoir particulier et peut exercer une véritable emprise, enfermant la personne dans des raisonnements mortifères.

Quelles sont nos marges de manœuvre pour résister? Quelle liberté avons-nous si l’on parle d’emprise?

L’homme reste libre face à l’ennemi parce que l’intelligence échappe à l’action directe du démon. Trois attitudes permettent de lutter contre cette action. La première est un acte de foi envers Dieu qui se traduit par la vie dans la gratitude : si nous gardons présent à l’esprit que toute chose vient de Dieu et que la Providence est à l’œuvre, nous éviterons les idées négatives et resterons habités par la conviction de la bonté divine. Cela nous aidera à ne pas chercher notre satisfaction dans les réalités mondaines, indépendamment de Dieu.

La deuxième façon de lutter est de chercher à entrer dans l’intelligence de la loi divine. En comprendre le bien-fondé permet, face à la tentation, de trouver l’aide dont on a besoin dans le souvenir de la loi qui nous dit le mal à éviter et le bien à faire.

Lorsque cette action devient à proprement parler une emprise, la liberté est beaucoup plus difficile à exercer. Elle consiste alors à savoir se faire aider pour être libéré de ce qui nous oppresse par un exorciste ou par un prêtre, formé à la prière de libération.

Quels exercices spirituels conseillez-vous pour faire échouer la stratégie du démon?

Le premier est l’adoration et la gratitude, j’insiste sur ce point. «En toute chose rendez grâce», nous dit saint Paul (1 Th 5,18). Cela empêche grandement la tentation de prendre racine en nous. Une confession fréquente, au moins mensuelle, et la participation à la messe, aussi en semaine, sont les principales sources de la grâce qui éclaire notre intelligence et nourrit notre volonté. Bien sûr, la présence de la Vierge Marie par la prière du chapelet ou toute autre forme de dévotion mariale est un grand secours. La méditation des Saintes Écritures et du témoignage des saints nous enseigne à reconnaître la voix divine et à la différencier de celle de l’Ennemi. Enfin, la prière à saint Michel Archange est bienvenue lorsque le combat se fait présent.