Progrès, moindre mal, ou étape vers l’euthanasie ? - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Progrès, moindre mal, ou étape vers l’euthanasie ?

Copier le lien

Si l’élaboration de cette loi (définitivement adoptée le 27 janvier) s’est déroulée avec toutes les précautions quant aux auditions des autorités religieuses, des associations et des professionnels de santé, en prenant le temps nécessaire et en associant plusieurs sensibilités politiques, la recherche du consensus a échoué. Elle n’a pu rallier évidemment les militants pro-euthanasie ni convaincre les tenants de l’accompagnement du mourant, inquiets des brèches législatives pouvant induire des comportements euthanasiques. Il est vrai que ce sujet qui nous concerne tous, met en jeu, nos angoisses personnelles, nos valeurs de vie, voire nos convictions religieuses, et même nos tendances individualistes transgressives parfois déguisées en compassion. Alors que les progrès de la médecine pourraient nous permettre de mieux accompagner nos semblables en ces moments, une tentation nous saisit de confier au médecin, veilleur sur nos vies, de nous administrer la mort pour tenter d’échapper à l’épreuve ultime.

Manipulation d’une opinion fragilisée ?

Si, d’après les sondages, plus de 80 % des Français sont favorables à l’euthanasie, le texte se tient en deçà de l’opinion générale, même s’il est convenu que, mal informée, l’opinion ne réagit qu’en fonction de l’angoisse que produit sur elle la douleur et la mort, suractivée par des cas d’actualité hypermédiatisés. Sur une personne apeurée, la manipulation est aisée : ne suffit-il pas de l’assurer que la fin de vie étant forcément abominable et indigne, que les souffrances étant insupportables, il vaut mieux en finir au plus vite pour soulager tout le monde ? Mais « la sédation profonde et continue jusqu’au décès » (coma artificiel) ne s’appliquerait, théoriquement, qu’aux douleurs réfractaires aux traitements usuels et tout à fait en fin de vie. Or, bon nombre de mourants peuvent finir leur vie terrestre de façon apaisée et dans 98 % des cas, l’accompagnement familial ou spécialisé et le recours aux antidouleurs permettent de « franchir le seuil » comme un passage naturel certes pénible, mais ni effroyable, ni cause d’indignité.

Malaise des personnels de santé

Si pour le Conseil de l’Ordre des médecins, l’euthanasie par injection létale et le suicide assisté ne sont absolument pas en accord avec la déontologie et que cette nouvelle loi semble en écarter la possibilité, elle ne laisse cependant pas d’en inquiéter beaucoup : des formulations vagues pourront permettre des interprétations mortifères. La loi Leonetti de 2005, à peu près considérée par tous comme équilibrée mais mal appliquée et mal enseignée aux futurs médecins, n’a pas empêché la pression politique de s’exercer pour franchir une marche de plus : la nouvelle loi n’est- elle pas, alors une loi de transition avant d’autoriser l’euthanasie ou, déjà, une loi interprétable, pour transgresser, mine de rien, l’interdit de tuer ?

Des ambiguïtés lourdes de conséquences

La nouvelle loi introduit des formulations ambiguës : « la sédation terminale, profonde et continue jusqu’au décès » qui consiste à altérer la conscience du malade n’est nullement encadrée et repose sur l’intention ou la non-intention de précipiter la mort. Tout est question de dosage de produits ! On peut donc parfaitement euthanasier tout en prétendant ne pas en avoir l’intention…
De même, l’hydratation et l’alimentation sont considérées comme des thérapeutiques (?) pour pouvoir les interrompre au titre d’une « obstination déraisonnable » et « d’actes inutiles et disproportionnés ». Il est étonnant de constater que le Conseil de l’Ordre ait accepté cette confusion sans réagir…
Enfin, les directives anticipées, consignées éventuellement par le patient, si elles permettent au malade de s’approprier légitimement ce moment crucial, s’imposent désormais au médecin et peuvent entrer en conflit avec sa conscience de soignant.

Des moyens pour « prendre soin de l’autre » ?

Si un plan de développement des unités de soins palliatifs a été décidé, sera-t-il appliqué ou subira-t-il des contraintes budgétaires telles qu’il restera dans les cartons ? C’est pourtant par cet accompagnement des personnes en fin de vie, qu’une société reste solidairement plus humaine jusqu’au bout et que, rassurant ses membres sur cette échéance difficile, elle refuse le « faire mourir » et consent au « laisser partir » que les croyants peuvent intégrer comme « la bonne mort » où celui qui part vers sa destination finale prend le temps d’être en paix avec lui-même, ses proches et avec Dieu.

http://www.france-catholique.fr/Offre-speciale-Careme-Ste-Therese.html