Une société américaine, 23andMe, a récemment déposé un brevet portant sur une technique statistique qui permet de sélectionner des gamètes de donneurs en fonction des desiderata des parents dans le cadre d’une Procréation Médicalement Assistée (PMA). La Fondation Jérôme Lejeune se réjouit que des chercheurs européens s’élèvent contre ce brevet. Cependant elle dénonce la limite de leur logique : ils s’opposent à la sélection en fonction de la couleur des yeux, de la taille ou du sexe mais acceptent la sélection dite « médicale ». Pour la Fondation Jérôme Lejeune, c’est précisément cette catégorisation qui fait le terreau de l’eugénisme.
La Fondation Jérôme Lejeune dénonce le brevet en question mais ne s’en étonne pas. Certes, cette technique passe un cap symbolique pour l’opinion et il est logique que des européens, marqués par leur histoire, aient été les premiers à s’en indigner. Mais sur le plan des principes, la ligne jaune est franchie depuis longtemps et cet épisode n’est qu’une conséquence prévisible de la banalisation de l’eugénisme.
Un principe de sélection acté et pratiqué depuis des années
Il ne faut d’ailleurs pas aller jusqu’aux Etats-Unis pour entendre parler « d’eugénisme positif », il suffisait en septembre d’assister à Paris à l’anniversaire des 40 ans des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS). Sous bannière médicale et drapés de la volonté d’éviter des souffrances aux couples qui s’engagent dans une PMA, les intervenants y ont vanté les techniques de séquençage haut débit du génome pour sélectionner les donneurs de gamètes et écarter ceux qui présentent des risques de développement de pathologies. Dès lors qu’avec la PMA, le principe de sélection est acté, aucune barrière ne peut durablement contenir le cadre de cette sélection.
« La banalisation de l’eugénisme sous pavillon de complaisance de la médecine »
Pour Jean-Marie le Méné, Président de la Fondation Jérôme Lejeune, « nous serions bien avisés d’analyser collectivement ce qui se déroule à l’aune de l’expérience que nous avons des techno sciences depuis 20 ans. Les limites pseudo éthiques sont des barrages de pacotille systématiquement balayées par la poussée de l’industrie procréatique vers de nouveaux débouchés financiers et par le fantasme de l’enfant parfait. Le repli symbolique des bien-pensants vers l’eugénisme médical est d’une part indécent pour les personnes handicapées et leurs famille mais il ne fait qu’amplifier le phénomène : la banalisation de l’eugénisme sous pavillon de complaisance de la médecine. »
Pour aller plus loin :
- Pierre Simon, eugéniste et figure tutélaire du mouvement pro-euthanasie
- La PMA pour toutes ?
- La Fondation Jérôme Lejeune alerte les autorités françaises sur le nouveau test de diagnostic de la trisomie 21
- Ouverture de la PMA : quelle opposition politique ?
- INTRUSION DE LA THEORIE DU GENRE A L’ECOLE ET DANS LA SOCIETE