Michel de Saint Pierre, catholique résistant - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Michel de Saint Pierre, catholique résistant

Sorti en 1964, son roman, Les Nouveaux Prêtres, le plaça au cœur des controverses sur l’application du concile Vatican II. Une biographie lui est consacrée.
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La biographie très complète – on peut même dire minutieuse – que Thierry Bouclier vient de consacrer à Michel de Saint Pierre me renvoie personnellement à tout un passé que j’ai quelque peine à conter à mes petits-enfants. Il se rapporte d’abord à un écrivain, notamment romancier, qui connut des succès remarquables avec Les Aristocrates en 1954, Les Écrivains en 1957, où l’auteur déployait tout son talent à décrire des milieux sociaux qu’il connaissait pour y appartenir. Sans s’y enfermer. Curieux aristocrate que le jeune homme qui délaisse ses études en Sorbonne pour s’engager aux chantiers navals de Saint-Nazaire et mène la rude existence de ses compagnons.

Mais comme si cela ne suffisait pas, il lui faudra encore s’engager dans la Marine nationale, toujours au bas de l’échelle. Puis ce sera la guerre, la défaite et l’engagement total dans la Résistance qui lui vaudra toutes les décorations possibles. Mais avec la Libération s’ouvre l’aventure littéraire à laquelle il semblait voué depuis toujours, avec les nouvelles sollicitations de l’actualité. C’est ainsi qu’il entre à la rédaction de l’hebdomadaire Témoignage chrétien, où il tient la rubrique cinématographique. Dans la même équipe, on trouve Pierre Debray qui tient la rubrique littéraire. Les deux hommes se retrouveront dans les années suivantes pour un combat commun contre les déviations postconciliaires. Mais ce n’était pas écrit d’avance, Debray étant devenu compagnon de route très actif du parti communiste de Maurice Thorez. Il faudra que Pierre Boutang intervienne dans son itinéraire intellectuel pour qu’il change radicalement de position.

« Les Nouveaux prêtres »

Michel de Saint Pierre, en dépit de son appartenance à un hebdomadaire réputé progressiste, n’était nullement enclin à se laisser déporter à l’extrême gauche. C’est ainsi qu’il va se retrouver complice avec Pierre Debray d’une rude offensive, dont la publication retentissante, en 1964, du roman intitulé Les Nouveaux Prêtres constitue le sommet. Il faut dire que le sujet est explosif. Alors que l’Église en France se trouve divisée sur les perspectives ouvertes à Vatican II, la mise en scène d’un jeune clergé complètement acquis à l’engagement communiste fait scandale. Les protestations indignées se multiplient alors que l’épiscopat est dans l’embarras.

Avec la distance, Les Nouveaux Prêtres apparaît comme significatif d’un moment crucial, de plus en plus éloigné dans la mesure où les problématiques changent selon les époques. Au tournant des XXe et XXIe siècles, alors que l’écrivain a quitté ce monde, les interlocuteurs ne sont plus les mêmes et ses successeurs investis dans d’autres combats. Il n’empêche que Michel de Saint Pierre demeure une figure de référence, du fait de ses convictions et de son courage.

Son biographe Thierry Bouclier nous entraîne dans d’autres chapitres de sa vie, notamment ceux qui touchent à ses prises de position politiques. Plus complexes qu’on peut le penser. Une question se pose toutefois. L’auteur des Aristocrates et des Nouveaux prêtres, depuis son décès le 19 juin 1987, est entré dans ce purgatoire littéraire qui voue à l’oubli tant d’auteurs qui furent célèbres de leur temps. Ce purgatoire est-il destiné à durer ? Certaines œuvres réémergent-elles en dépit du décalage des temps ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec ce travail de Thierry Bouclier, une personnalité du siècle passé se trouve réanimée et remise en situation, au point de rendre justice à celui qui continue à s’inscrire dans une certaine lignée d’écrivains catholiques, de Léon Bloy à Jean de La Varende. 

Michel de Saint Pierre. Une biographie, Thierry Bouclier, Éditions Via Romana, 324 pages + cahier photos de 8 pages, avril 2026, 24 €.