Malaise dans la civilisation - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Malaise dans la civilisation

Faut-il s’étonner que des jeunes sans repères détruisent pour détruire, alors que l’époque a systématiquement mis à bas les interdits moraux ?
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Les événements violents que nous vivons en ce moment obligent à une réflexion de fond sur l’avenir des nouvelles générations. Les sociologues les plus pertinents, comme Jérôme Fourquet et Jean-Pierre Le Goff, ont entrepris une analyse qui part d’un constat de changement de régime et même de rupture de civilisation. Nous avons changé d’époque. Cela était déjà très sensible en mai 1968, où toute une génération adolescente marquait sa différence avec ceux qui les avaient lancés dans la vie. Même les dirigeants et les formations gauchistes, qui avaient pourtant été à l’origine du mouvement, se trouvaient dépassés, le déroulement des événements allant à l’encontre de leurs repères idéologiques les mieux ancrés. Non, on ne revivait pas la révolution léniniste de 1917.

Un nouveau Mai-68 ?

Le général de Gaulle lui-même trouvait la situation « insaisissable », et son départ du pouvoir fut bien autre chose que la conséquence d’un référendum perdu. Il avait bien tenté de répondre aux attentes de changement par le recours à l’idée de participation, qu’il avait retenue de la doctrine sociale de l’Église et d’un René de La Tour du Pin. Mais il sentait qu’il n’avait plus les armes adaptées au monde nouveau, qui ne pouvait que déconcerter un homme né à la fin du XIXe siècle.

Depuis 1968, les choses ont encore évolué, à cause de divers facteurs d’ordres différents. À l’heure de la mondialisation des échanges qui n’a nullement amené l’unification attendue par certains et de la résurgence des aires civilisatrices, l’univers est à nouveau menacé par la guerre et la rivalité des empires.

Par ailleurs, l’utopie soixante-huitarde a fait faillite dans son projet global, et il ne reste plus grand-chose des idéologies qui enflammèrent les esprits. Reste sans doute ce que Jean-Pierre Le Goff a appelé le « gauchisme culturel », celui qui a entraîné les réformes dites sociétales, celles dont on constate de plus en plus qu’elles ont désarticulé la société, laissant un goût de néant. Cela a commencé dès 1974 avec la libéralisation de l’avortement et cela s’achève avec la loi sur la fin de vie, autorisant l’euthanasie et le suicide assisté.

Précisément, c’est dans un tel climat désenchanté que beaucoup de jeunes se débattent. On peut parler aussi avec le sociologue Gilles Lipovetsky de « culture du vide ». Il peut conduire jusqu’à un nihilisme, celui qui produit l’actuelle insurrection. Elle détruit pour détruire et recherche l’affrontement avec les forces de l’ordre, uniquement par provocation. C’est ce qui est apparu très nettement lors du 17 octobre avec des bandes s’attaquant aux commerces et visant même les bâtiments publics.

Les effets de la mutation

Voilà qui n’incite guère à l’optimisme, même si les casseurs ne représentent qu’une minorité bruyante. On ne saurait pour autant sous-estimer les effets généralisés d’une mutation qui affecte l’ensemble des mentalités et des mœurs. Ce qui nous ramène à ce que Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch décrivent à l’enseigne d’une « société liquide », d’un « autre régime psychique », de la rupture des digues de l’ancien régime psychique, « le gendarme à l’intérieur de la tête de chacun, l’instance qui limitait l’acte de violence » ayant disparu.

Mais, si l’on retient du grand philosophe Giambattista Vico (1668-1744), l’idée des ricorsi, c’est-à-dire des retours qui scandent le temps de l’histoire – on peut même parler de retournements –, il est fort possible qu’un « malaise dans la civilisation » produise une autre mutation inattendue