Violences et déshérence - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Violences et déshérence

Le « mouvement lycéen » se déploie dans la violence, sans que soit évoqué le vrai problème : l’absence de repères intellectuels et moraux de nombreux jeunes.
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Face à un mouvement lycéen dont on ne perçoit pas la fin, c’est une certaine perplexité qui résulte du caractère complexe sinon ambigu de l’événement. Il ne s’agit pas, en effet, d’une simple revendication face à la situation des lycées – situation matérielle ou pédagogique. Le problème le plus fondamental de notre système scolaire ne s’y trouve pas posé. La toute récente enquête PISA (programme international pour le suivi des performances scolaires des élèves) avait pourtant attiré l’attention sur la dégradation du niveau des études dans notre pays. Il n’en est nullement question dans les revendications actuelles. Certes, on peut comprendre qu’on s’inquiète des bâtiments dégradés et du manque d’enseignants dans beaucoup d’établissements. Mais on ne s’inquiète guère de la compétence du corps enseignant qui n’a cessé de décliner depuis une vingtaine d’années.

Ni insurrection, ni révolution

Mais au-delà même de l’aspect revendicatif, il faut retenir l’aspect souvent violent de certaines manifestations, avec le rôle politique des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et le rôle provocateur de ceux qu’on appelle les « black blocs ». Pourrait-on aller jusqu’à une révolte mettant en péril la sécurité de l’État ? Nous n’en sommes pas encore là. Pour diverses raisons. La première est le caractère très minoritaire d’une mobilisation qui est très loin de rassembler l’ensemble des lycéens et même des étudiants qui les ont rejoints. On n’est toutefois pas à l’abri d’un embrasement comme ceux qui se sont produits après l’affaire Nahel en 2023 avec les jeunes de cités, et même plus avant en 2005, Nicolas Sarkozy étant ministre de l’Intérieur.

Mais ce type de révolte n’induit ni une insurrection organisée, encore moins une révolution. Cela n’empêche pas que l’on puisse redouter un climat de violence entraînant un véritable chaos dans le pays. On peut s’interroger à ce propos sur la stratégie des Insoumis qui ne cachent pas qu’en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, ils s’engageraient dans une contestation de rue de grande ampleur. Est-ce alors à un prodrome de guerre civile qu’on assisterait ? On peut et on doit le redouter, tout en s’interrogeant sur les soubassements idéologiques d’une telle stratégie. La référence à Mai 1968, souvent faite en ce moment, est sans doute intéressante, puisqu’il s’agit d’un repère historique à propos d’une révolte qui prend l’allure d’une révolution et produit la paralysie du pays. Mais nous n’en sommes pas là.

Les black blocs mènent la danse

Quel programme alternatif propose l’extrême gauche, en dehors d’une emprise étatique renforcée sur l’économie ? Une telle emprise n’a plus le caractère mobilisateur d’autrefois. De même, si le gauchisme issu de Mai 1968 a produit ses effets dans le domaine culturel, comme n’a cessé de le montrer le sociologue Jean-Pierre Le Goff, il n’a plus du tout la consistance politique révolutionnaire des années 1960-1970. On peut parler aussi de dégradation d’une culture idéologique. En 1968, ce sont les normaliens de la rue d’Ulm qui menaient la danse, à coups de références marxisantes à Althusser, Lucáks ou autres vedettes du moment. Et même la référence à Mao Zedong en pleine mythologie de la révolution des Gardes rouges. A contrario, ce sont les actions provocatrices des black blocs qui caractérisent les manifestations actuelles. Actions qui relèvent du pur nihilisme et ne font qu’ajouter à la perplexité des analystes de la situation présente.