« Léon XIV porte sa charge avec humilité » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Léon XIV porte sa charge avec humilité »

Le Père Xavier Lefebvre connaît bien le pape Léon XIV pour avoir travaillé à ses côtés au dicastère pour les Évêques. Entretien sur sa première année de pontificat et sur le « style » Léon XIV qui se dégage.
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Le pape Léon XIV a porté lui-même la croix lors du traditionnel Chemin de croix du Vendredi Saint, au Colisée, à Rome, le 3 avril 2026. © Vatican Media

Léon XIV a récemment souligné la force de la vie contemplative. Quel homme de prière est-il ?

Père Xavier Lefebvre : Ceux qui approchent le Pape, malgré un emploi du temps chargé, pressentent qu’il n’est pas seul, mais avec le Seigneur. Il a gardé, au cœur d’un rythme dense, l’équilibre entre action et contemplation : c’est la meilleure manière de porter du fruit. Sa vie intérieure se manifeste dans sa manière de célébrer et de présider la prière du Peuple de Dieu. On le voit unifié par la présence de Dieu en lui. Cela laisse deviner une prière intérieure continuelle, une attention fidèle à cette présence qu’il entretient par l’oraison quotidienne, et le besoin de cette amitié divine. Sa prière privilégiée est ce dialogue ininterrompu avec le Seigneur.

Sur le plan humain, quels traits de caractère se révèlent chez ce pape en exercice ?

Dès l’enfance, il se distinguait par son calme et sa grande écoute. Je me souviens des visites qu’il m’a faites alors que j’étais hospitalisé, deux mois avant son élection : des échanges simples, allant à l’essentiel. Il s’agissait d’être là, proche, présent auprès du malade. Sa présence amicale était profondément réconfortante. Il a gardé cette simplicité, ce désir d’écouter avec attention, de discerner la foi et le désir qui habitent chacun pour les encourager, sans jamais s’imposer. Il demeure aussi un modèle pour les prêtres. Le chef de l’Église sait s’arrêter, notamment le mardi à Castel Gandolfo. Prendre du recul et du repos pour mieux servir, sans précipitation. Cette interruption hebdomadaire rappelle une vérité essentielle : ce n’est pas l’activisme qui fait avancer l’Église, mais le souffle de l’Esprit Saint.

Il est le premier pape à savoir utiliser personnellement Facebook et WhatsApp. Est-il sensible aux nouvelles technologies ?

Léon XIII, face à la révolution industrielle, a donné à l’Église sa première grande encyclique sociale, Rerum novarum. Léon XIV sait qu’il affronte aujourd’hui une seconde révolution, technologique et numérique, aux conséquences tout aussi profondes. Il a abordé ces enjeux dans la communication, la médecine, l’éducation, et même la préparation des homélies – non sans avertir les prêtres. Tout semble prêt pour un document majeur, dont le titre pressenti serait Magnifica humanitas. Il sait utiliser sans difficulté les outils numériques. Mais il ne faut pas en faire un pape « 2.0 ». Face au virtuel, rien n’est plus réel que l’Incarnation, cœur de la foi. La dignité humaine n’est pas définie par le discours d’une intelligence artificielle : elle se révèle dans le réel, avec ses limites. C’est l’une des grandes tentations humaines : s’affranchir de nos limites, de notre être de chair.

Le Pape a revêtu de nouveau la mosette de soie pourpre dès le soir de son élection. Il a porté la même croix pectorale que Jean-Paul II et Benoît XVI pour la messe des Rameaux. Que veut-il nous dire en retrouvant ces ornements pontificaux ?

Revenons à la signification de ces habits. Lors des rencontres officielles non liturgiques, mosette et étole constituent les insignes majeurs de sa fonction et de sa souveraineté. Le Pape est chef d’État, mais il est avant tout chef de l’Église. La mosette représente le pouvoir de juridiction ; elle est rouge, évoquant le sang du Christ et du martyre. L’origine de toute autorité dans l’Église se trouve dans la Passion du Serviteur souffrant. L’étole est le signe de la charge pastorale et du pouvoir d’ordre. Ces signes permettent de ne tromper personne. Le Pape a conscience d’habiter la fonction qu’il a reçue. Il sait les porter avec humilité.

Léon XIV est retourné vivre dans les appartements du palais pontifical. Un consentement à se fondre dans plus grand que soi ?

Ce qu’a vécu François lui appartient : il avait lui-même souligné son besoin d’échanges spontanés. Mais ce choix ne facilitait pas toujours la vie à la Maison Sainte-Marthe et imposait des contraintes de sécurité accrues. Pendant ce temps, les appartements du palais pontifical demeuraient inoccupés, nécessitant restaurations et entretien. Jean-Paul II et Benoît XVI y avaient vécu avec une grande sobriété, loin des idées reçues. Les papes savent bien que les linceuls n’ont pas de poche : rien à posséder, rien à emporter. Léon XIV se montre ici pragmatique. Il sait que cet appartement, lié à la fonction plus qu’à la personne, est conçu pour accueillir sans perturber la vie du Vatican. Il offre aussi des garanties de sécurité indispensables.

Le Saint-Père invite à prier pour les prêtres en crise en ce mois d’avril. Que retenez-vous de ses messages à l’attention des prêtres ?

Les prêtres présents lors de la rencontre jubilaire du mois de juin 2025 ont été très touchés par la proximité fraternelle et l’amitié du Pape qu’il leur a manifestée. Je vous invite à faire vôtre et à méditer la si belle prière à leur intention (voir encadré), qu’il a écrite pour ce mois d’avril. Elle jaillit véritablement de son cœur de Pasteur. Il y a là une vraie paternité vis-à-vis des prêtres, et il est un modèle et un exemple entraînant de vie sacerdotale.

Léon XIV a critiqué ceux qui invoquent la religion pour faire la guerre. Comment jugez-vous ses premiers pas sur la scène internationale ?

Deux points sont décisifs : lors de ses vœux au Corps diplomatique, le Pape a appelé à un retour au multi-
latéralisme, à une époque où certaines initiatives unilatérales entraînent des conséquences mondiales graves. Il faut aussi rappeler son expérience missionnaire au Pérou dans les années 1990. L’ignorer conduirait à mal comprendre la portée de ses paroles. Le pays traversait de fortes tensions politiques, marqué par le terrorisme et une grande pauvreté. « Seigneur, où m’as-tu donc amené ? » confiait-il. Ce Pape porte en lui les tensions Nord-Sud, entre consumérisme des uns et ressentiment des autres. Son appel à la paix et à la réconciliation naît de la souffrance des plus pauvres et de l’affirmation que la dignité humaine ne se réduit ni à la rentabilité ni à l’efficacité.

Nous connaissons l’intérêt de Léon XIV pour le tennis. A-t-il encore le temps de jouer ?

En écoutant son entourage, on apprend que le mardi matin, le Pape aime « taquiner » les balles et pratiquer d’autres sports. Arrivé à 69 ans sur le Siège de Pierre, il montre une forme physique remarquable. On l’a vu porter de bout en bout la Croix lors du Vendredi Saint. Moment magnifique ! Pour moi, c’est l’une des images les plus émouvantes et révélatrices : le Pasteur qui conduit son troupeau, dans la joie et l’espérance, marchant et chantant vers la Maison du Père.