«Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir », disait saint Augustin, et il ajoutait : « Cette réalité mystérieuse que nous désirons, quelque nom que nous prétendions lui donner, c’est Dieu. » Et c’est en cela que la prière est la seule vraie thérapie de l’âme. Comme l’explique saint Thomas d’Aquin (1224-1274), « la prière est en effet comme l’interprète de notre désir devant Dieu. Nous ne lui demandons à bon droit que ce que nous pouvons désirer de même. Or la prière du Seigneur non seulement demande tout ce que nous sommes en droit de désirer, mais elle le fait dans l’ordre même où l’on doit le désirer ; si bien qu’elle ne nous enseigne pas seulement à demander, mais à régler tous nos sentiments » (Somme théologique, IIa IIae, q. 83, a. 9).
Retrouver la vérité de son désir
À propos de la direction spirituelle, saint Jean de la Croix souligne que tout le progrès de l’âme priante revient à « mettre ses amours à la raison ». Autrement dit, à retrouver la vérité de son désir de Dieu, et à partir de là, à remettre de l’ordre dans tous ses désirs. Et en nous réapprenant à être fils, l’oraison nous réapprend à être frères, à vivre sainement nos relations, assure saint Jean Chrysostome (vers 350) : « Car Jésus ne dit pas : ʻʻMon Pèreʼʼ qui êtes dans les cieux ; mais ʻʻnotre Pèreʼʼ… Il bannit aussi par là toutes les aversions et les inimitiés ; il réprime l’orgueil, il chasse l’envie, et il introduit dans les âmes la charité, cette mère divine de tous les biens. Il égale admirablement le pauvre avec le riche, et le sujet avec le prince, puisque nous nous trouvons tous unis dans les choses les plus importantes et les plus nécessaires, qui sont celles du salut » (Homélie XIX, sur le Notre Père).
Mais si la prière a une vertu thérapeutique, elle n’est pas pour autant un exercice d’hygiène mentale : elle est « l’amour de Dieu déversé dans nos cœurs » (Ro 5, 4). Si bien que recherchée pour elle-même, elle cesserait d’être prière parce qu’elle cesserait d’être une relation. Elle ne ferait que nous enfermer davantage en nous-mêmes, ce qui est le risque de certaines techniques à la mode qui oublient que l’amour est une grâce, et que la grâce se reçoit, mais ne se fabrique pas, comme le rappelle le bienheureux Ruusbroec l’Admirable (1293-1381) : « Cette absolue simplicité intérieure qu’obtiennent leurs adeptes, ils la prennent pour Dieu, parce qu’ils y trouvent un repos naturel… Il leur manque la foi véritable, l’espérance et l’amour… » (Livret de l’explication).
Quelle guérison intérieure ?
Méfions-nous donc des séances de « Jésus-thérapie » ou des promesses d’une « guérison intérieure » mal définie. Ou du moins, ayons l’honnêteté d’appeler les choses par leur nom, et s’il n’est pas interdit d’entrer dans une église pour s’y reposer et réfléchir tranquillement, voire pour s’y abriter de la pluie, n’oublions pas qu’elle n’est pas d’abord faite pour cela, mais pour la rencontre de Quelqu’un. Certes, Jésus nous apporte la guérison, mais en frappant surnaturellement, et non pas naturellement, à la porte de notre cœur.