La période post-conciliaire a connu un certain déni de la piété mariale, en réaction à des dévotions populaires réputées athéologiques. S’il ne s’était agi que d’une sorte de recentrement doctrinal, fruit d’une recherche exigeante, on se serait félicité de ce qui pouvait se traduire en progrès spirituel. Malheureusement, ce ne fut pas toujours le cas, la mariologie étant sacrifiée au même titre que certains articles de la foi, dans une perspective que le Père de Lubac dénonçait comme une apostasie.
Ce n’est pourtant pas de Vatican II que pouvaient se réclamer les tenants de cette tendance. Certes, il y avait eu un désaccord à propos de la rédaction d’un document particulier sur la Vierge Marie. Le choix avait été d’introduire dans la constitution Lumen gentium sur l’Église le rôle de Marie dans l’histoire du Salut. C’était donc à une présentation d’ensemble du mystère de Marie au sein du mystère de l’Église que s’étaient livrés les Pères conciliaires. Il s’agissait notamment de s’attarder aux fondements bibliques et patristiques d’un culte rendu à la Mère de Dieu dans la tradition de l’Église. Au fur et à mesure que s’était développée la réflexion théologique, notamment dans le domaine christologique, était apparue la nécessité de préciser la qualité de Marie, non seulement Mère du Christ mais aussi Mère de Dieu. Ce qui fut fait au concile d’Éphèse en 431.
Mais Vatican II pouvait se prévaloir aussi de la pensée de saint Irénée au IIe siècle, développant le thème de « la nouvelle Ève » et de saint Augustin montrant que Marie « a coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont membres du Christ ». La réflexion conciliaire allait d’ailleurs aboutir, à la surprise de certains, à la proclamation par Paul VI de « Marie Mère de l’Église ». Ainsi, loin de mettre obstacle au développement de la mariologie, Vatican II allait lui donner un nouvel élan.
Les protestants et Marie
Loin d’étouffer la ferveur populaire, il s’agissait de la mieux éclairer, en évitant notamment les déviations d’une piété séparée, indépendante du mystère central de la foi.
Il faut bien reconnaître que de ce point de vue, il y a divergence grave avec les divers courants de la Réforme protestante. Pourtant à l’origine, les premiers réformateurs, Luther et Calvin, manifestaient leur adhésion à plusieurs dogmes mariaux. Ce sont leurs successeurs qui se sont opposés de plus en plus violemment à ce qu’ils considéraient comme de l’idolâtrie. Cela peut s’expliquer en raison des grandes divergences doctrinales, liées notamment à la foi seule qui justifie à l’exclusion des œuvres, ce qui suppose l’exclusion de la médiation mariale à l’instar de la médiation ecclésiale.
Des interventions mariales toujours aussi nombreuses
On ne conçoit pas, notamment chez les évangéliques particulièrement remontés sur le sujet, de théologien principalement voué à cette médiation mariale. J’ai assez bien connu l’abbé René Laurentin pour avoir apprécié à quel point la ferveur mariale universelle avait besoin d’un interprète complètement voué à cette mission. Jour et nuit, retentissait dans son bureau de la communauté Notre-Dame-de-Sion d’Évry, le bruit des dépêches venant de tous les continents et témoignant des interventions mariales toujours aussi nombreuses. Ainsi, pouvait-il se rendre, bien que presque complètement aveugle, à l’autre bout du monde, pour s’informer, éclairer, encourager.
Qu’on le veuille ou pas, la piété mariale demeure un des ressorts les plus puissants de la vitalité de la foi au siècle présent.